Lausanne, Sara Gnoni

Limites planétaires : prenons nos décisions pour le bien-être de chacune et chacun

Postulat

Une étude de l’EEA et de OFEV publiée le 17 avril 2020, intitulée «Est-ce que l’Europe vit dans les limites planétaires ?», montre les limites planétaires 1 et comment elles sont dépassées par les pays européens, et étaye le cas particulier de la Suisse pour la biodiversité. Le fait que la Suisse est une petite économie très ouverte a pour conséquence que la plupart de nos limites sont dépassées non pas directement en Suisse mais au-delà de nos frontières. Ce rapport montre, par exemple pour la biodiversité, que nous dépassons notre quota d’un facteur 3.7 au niveau national, c’est à dire que nous exerçons une pression sur la biodiversité de la planète près de quatre fois plus intense que ce qu’elle est capable de supporter. Notre pays avait déjà fait une évaluation des limites planétaires au niveau national et avait utilisé celles-ci dans la stratégie de développement durable 2016-2019. Nous savons que de nombreuses limites sont d’ores et déjà dépassées.

La crise sanitaire du COVID-19 que nous vivons est un symptôme de cette transgression des limites planétaires. Comme indiqué par le PNUE 2 , l’émergence de ce virus, comme d’autres, est lié à la déforestation et à la destruction d’écosystèmes jusqu’à récemment préservés.

De ce point de vue, cette pandémie zoonotique n’est que la pointe de l’iceberg d’une société mondialisée en profond mal-être. Cette situation ne fait par ailleurs qu’exacerber les inégalités présentes dans nos sociétés ainsi qu’entre pays riches et pays pauvres. Nous avons pu être témoins du fait que les métiers qui nous ont permis de «survivre» pendant la pandémie sont bien souvent des métiers mal valorisés.

Cette crise sanitaire est donc également un révélateur de dysfonctionnement de notre société en termes de valorisation des tâches et des personnes. La durabilité sociale doit nécessairement la durabilité environnementale.

Si nous voulons éviter la prochaine crise ou du moins nous y préparer au mieux, nous allons devoir changer les principes fondamentaux sur lesquels notre société est basée. Nous pouvons dès lors saisir l’opportunité de la sortie de la crise actuelle pour créer une société réellement inclusive et durable à tous les niveaux, des plus globaux jusqu’aux communes/villages. C’est une opportunité pour repenser les infrastructures et solutions pour la reprise et pour poser les piliers qui prémuniront la société des crises qui vont venir, et de nous positionner stratégiquement en trouvant des solutions à de nombreux problèmes de société.

Au cours des dernières semaines, de nombreuses personnes ont découvert une forte solidarité et entraide, le plaisir d’une ville plus tranquille et moins polluée, l’importance des circuits courts pour l’approvisionnement et, peut-être, des valeurs essentielles à leur vie.

La pandémie pourrait permettre après cette “pause forcée” de repenser ce que nous désirons comme société. Il ne faut en outre pas oublier que les crises environnementales et sociales qui nous attendent en raison du changement climatique vont être autrement plus graves et aucun confinement ne pourra y pallier. Pour les prévenir, seules des mesures fortes et volontaires se révèleront efficaces, mais elles doivent aussi être l’opportunité d’une société plus égalitaire, où tout un chacun peut se développer, tout en respectant les limites planétaires qui sont les limites indépassables pour assurer notre survie.

Ce postulat propose d’utiliser dès lors un cadre pour les prises de décisions futures pour notre Ville, y compris les investissements, les marchés publics entre autres mais en fait, l’ensemble des instruments publics pour soutenir un modèle de société viable. Cette approche servirait les intérêts à long terme des citoyens et le cadre suggéré serait l’outil de l’économiste Kate Raworth, le “doughnut”.

Le “doughnut” de Kate Raworth Image issue de La théorie du doughnut (Plon, 2018)

Ce modèle vise à avoir un développement qui permette à chaque habitant d’avoir accès aux besoins fondamentaux sociaux (logement, réseaux, énergie, eau, nourriture, santé, éducation, revenu et travail, paix et justice, représentation politique, équité sociale et égalité des genres) tout en respectant les limites planétaires (climat, pollution de l’air, perte de biodiversité, pollutions chimiques, acidification des océans, phosphore et nitrate, eaux douces, conversion des terres,) qui sont, il est utile de le répéter, les limites dans lesquelles nous pouvons nous développer pour nous donner une chance d’un avenir vivable. Les limites sont calculées au niveau communal en prenant en compte des principes tels que la justice, l’équité, le partage international de la charge et le droit au développement économique et pas simplement les limites planétaires divisées par le nombre d’habitants.

Ce modèle permettrait de pouvoir prendre les bonnes décisions en les alignant aux limites planétaires avec un nombre d’opportunités pour notre ville et région: potentiels de relocalisation ou régénération régionale dans les chaînes d’approvisionnement, créer des capacités localement en favorisant la résilience future pour l’économie et la société.

Par exemple, si un objectif pour la Ville est de fournir des logements abordables aux habitant-e- s lausannois-es, mais que construire plus de logements n’est pas possible dans ce nouveau cadre car la ville de Lausanne a comme ambition d’être neutre en carbone avant 2030 (objectif qui devrait être revu à 2025 pour être plus résilients), une solution pourrait donc être de faire des constructions avec des matériaux recyclés. Pareillement, construire de nouveaux logements va détruire des espaces de biodiversité qui est une des limites largement dépassées, donc il faudra plus densifier et moins construire pour ne pas dépasser ces limites.

Ce postulat demande donc à la Municipalité de commander une étude en utilisant par exemple le modèle du Doughnut pour trouver une manière de mobiliser les pouvoirs publics et le secteur privé dans un cadre qui permette d’avoir une feuille de route pour le développement actuel cohérente avec celui des générations futures. Elle pourrait ainsi emboîter le pas à Amsterdam qui est la première ville à le faire. Cette étude pourrait ainsi nous servir de guide pour toutes les décisions à prendre pour la sortie de crise et les futures décisions: les décisions prises devraient être uniquement celles qui visent l’amélioration du bien-être humain tout en créant une société réellement inclusive et égalitaire.

Les limites planétaires ont été décrites puis affinées dans une série d’articles, dont: Steffen W, Richardson K, Rockstrom J, et al (2015) Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet. Science (80- ). doi: 10.1126/science.1259855

Sara Gnoni, Vincent Rossi, Marie-Thérèse Sangra, Ilias Panchard, Sima Dakkus, Benjamin Rudaz

1 Les limites planétaires ont été décrites puis affinées dans une série d’articles, dont: Steffen W, Richardson K, Rockstrom J, et al (2015) Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet. Science (80- ). doi: 10.1126/science.1259855

2 PNUE: Programme des Nations Unies pour l’Environnement, dans un rapport de 2016 cité par l’AGEFI: https://www.agefi.com/home/ news/detail-ageficom/edition/online/article/lactivite-humaine-a-favorise-le-passage-du-coronavirus-du-monde-animal-a-lhomme- pour-les-chercheurs-il-faut-repenser-notre-relation-avec-les-ecosystemes-naturels-et-les-services-quils-495622.html
Egalement étayé dans une chronique du New York Times https://www.nytimes.com/2020/01/28/opinion/coronavirus-china.html? smtyp=cur&smid=tw-nytopinion

Intervention communale, Sara Gnoni

Quels plans pour 2020 en attendant le plan climat?

Question écrite

Il est demandé une réponse urgente à la présente question écrite compte tenu de l’urgence climatique et environnementale déclarée par la Ville de Lausanne.

Le 17 janvier, nous fêtions le premier anniversaire de la Grève du Climat. 10’000 personnes sont encore descendues dans la rue pour demander les actions nécessaires pour nous assurer un avenir à toutes et tous. La pression de la rue n’a pas diminué car aucune action concrète, à la hauteur de l’enjeu, n’a été prise, à aucun niveau. L’année 2019 a été la plus chaude jamais enregistrée, les émissions de gaz à effet de serre ont également battu tous les records, la vie et la biodiversité continue sa chute libre et l’année a laissé sa place à 2020 pour de nouveaux records, comme nous avons déjà pu le constater avec le mois de janvier, le plus chaud de l’histoire.
Par ailleurs, le programme de l’ONU pour tenter d’endiguer la sixième extinction de masse demande de protéger au minimum un tiers du
territoire mondial d’ici 2030.

Rappelons qu’en octobre 2019, le Conseil communal de Lausanne avait également entériné l’urgence climatique et environnementale et la Municipalité a annoncé qu’elle allait prendre toutes les mesures nécessaires pour y faire face, notamment en atteignant la neutralité carbone en 2030.
Rappelons également que, pour respecter l’objectif de contenir les températures en dessous des 1.5°C, les émissions doivent diminuer de 7.6% par an dès 2020.

Le plan climat de la Ville de Lausanne nous sera livré fin 2020 selon les conclusions amendée du rapport-préavis 2019/30 et les mesures mettront ensuite nécessairement du temps à être implémentés.

Au vu des éléments ci-dessus, nous posons la question suivante à la
Municipalité:

Quelles mesures immédiates la Municipalité va-t-elle prendre pour respecter la baisse des émissions d’au moins 7.6% en 2020 demandée pour atteindre l’objectif de 1.5°C maximum d’augmentation de la température pour nous assurer un avenir dans des conditions encore supportables ? Par exemple, la Municipalité va-t-elle décourager significativement le trafic en transport individuel motorisé dans les mois qui viennent ou prendre des mesures pour se rendre exemplaire dans sa restauration collective en diminuant, voire en éliminant, les produits provenant d’animaux, donc directement ou indirectement responsables de la déforestation ?

Sara Gnoni

Intervention communale, Sara Gnoni

Notre maison est en feu…

Intervention

Notre humanité se trouve dans une situation d’urgence sans précédent, ici comme partout ailleurs. Cette situation d’urgence, si on n’y répond pas immédiatement, risque de nous propulser encore plus rapidement dans la destruction de tout ce qui nous est cher et qui assure notre survie: notre maison, ses habitants et ses écosystèmes, notre futur et celui des générations à venir.

La science est indiscutable: nous avons provoqué la 6ème extinction de masse, nous avons perdu 70% de vertébrés, plus de 75% des insectes et chaque nouvelle étude ou rapport est plus grave que les précédent, par exemple le niveau de montée des eaux attendus jusqu’à présent pour 2100 est attendu pour 2050 déjà, engloutissant des villes et des régions entières et engendrera des centaines de millions de réfugiés climatiques. Dans nos Alpes, 10% de volume glaciaire a encore disparu en cinq ans.

Absolument tous les voyants sont au rouge et nous n’allons absolument pas dans la bonne direction: chaque année est pire la précédente: plus d’émissions de GES, le jour du dépassement arrive toujours plus tôt, nous produisons plus de déchets que nous recyclons moins, le continent de plastique ne cesse de s’agrandir, la biodiversité continue sa chute libre, les océans se vident, les températures augmentent, septembre ayant encore battu son triste record.

N’importe quelle personne doit l’avoir compris, nous sommes dans une situation de menace existentielle et si cette même menace était générée par une autre nation par exemple, nous serons, depuis longtemps, tous unis pour y faire face. Mais malgré nous parlons de raser des forêts pour construire des routes, d’augmenter la capacité des aéroports, de construire des autoroutes à six pistes: nous sommes en train de marcher tels des somnambules vers une catastrophe.

L’ampleur de la tâche pour inverser la tendance est énorme  et la fenêtre d’opportunité pour agir se réduit de jour en jour.

C’est dans cette optique que nous avions déposé en janvier dernier le postulat “urgence climatique, il est temps d’agir au rythme exigé par la science” qui demandait 1) de déclarer l’urgence climatique et environnementale, de dire la vérité sur la crise à laquelle nous faisons face pour obtenir une forte adhésion de la population et 3) de pouvoir accélérer le traitement des objets en lien direct avec la sauvegarde du climat.

C’est donc avec une énorme déception que nous avons reçu ce postulat, qui si il a le mérite d’avoir été rédigé rapidement et de faire l’inventaire des mesures prises jusqu’à ce jour, pour lesquelles nous félicitons la Muni, il n’est pas à la hauteur de l’enjeu.

Notre maison est en feu…et avec ce préavis nous nous félicitons du petit pas de bébé que nous avons fait vers la sortie.

Le préavis dit “le programme climatique ne constitue pas l’entier de la politique communale” mais dites-moi qu’il y a-t-il de plus important, de plus essentiel dans le rôle des autorités que de préserver la VIE des ses habitants dans de bonnes conditions ?

Où sont les mesures drastiques et sans précédent qui nous sont demandées par le SR 15, rapport du GIEC de octobre 2018, pour pouvoir permettre de globalement, maintenir l’augmentation de la température globale en dessous de 1.5C° par rapport à l’ère pré-industrielle et préserver, justement la survie des terriens dans de bonnes conditions.

Tellement de thèmes centraux sont omis de ce postulat, thèmes pour lesquels des mesures concrètes peuvent être prises immédiatement, sans attendre la rédaction du plan climat dans deux ans et demi : la mobilité: réduction drastique des voitures en ville, alimentation: passage à une alimentation majoritairement végétarienne, travailler sur la réduction du gaspillage alimentaire, aller vers une baisse des températures de chauffage des logements et des bâtiments communaux, passer à une agriculture et une agroforesterie régénérative, implémenter des solutions de rafraîchissement de la ville pour éviter à tout prix le recours aux climatiseurs qui ne font qu’amplifier le problème du réchauffement de par leur consommation et leur émission de CFC et de HCFC, le désinvestissement.

Au lieu de ceci, on nous propose un postulat qui se félicite de tout ce qui a été fait mais qui pour ce qui est du futur a un scope de loin pas assez ambitieux, mal défini et restreint, qui comprend principalement des mesures qui concernent l’administration mais pas l’ensemble de la population de la Ville et un timing trop long: deux ans et demi pour écrire le plan climat et neuf ans pour l’implémenter: nous n’avons pas ce temps. On nous a présenté un classique Business as Usual amélioré, loin, très loin de ce qui nous est demandé pour répondre à la crise à laquelle nous faisons face.Comme dit, il ne répond en aucun cas aux demandes de mon postulat et en ce qui concerne le postulat de Mr Dupuis, il n’y répond pas non plus, tout au plus nous pouvons prendre acte de la stratégie de la Municipalité.

Nous allons donc proposer un amendement pour demander de répondre aux demandes de mon postulat, sans quoi nous refuserons, comme en commission cette réponse et soutiendrons l’amendement pour la réponse au postulat Dupuis.

Concernant le postulat Company, il interviendra après moi et sera je pense plus clément envers cet objet que je ne l’ai été.

Sara Gnoni