Feuille verte

Grève féministe, grève climatique

Les mouvements syndicaux consacrent cette année le 1er mai aux revendications féministes. C’est l’occasion de rappeler ici que nous vivons en 2019 une double mobilisation : une grève féministe et une grève climatique. Ces deux thématiques sont liées de manière intrinsèque.

Les femmes vont être les victimes directes, majoritairement et avec violence des catastrophes climatiques à venir. Parce qu’elles sont, partout et encore aujourd’hui, minorisées, discriminées, appauvries, violentées par un système qui ancre son pouvoir sur leur exploitation : le patriarcat. Il est donc indispensable de lier émancipation féminine, égalité entre les sexes et protection du climat.

En Suisse tout d’abord, parce que les femmes vivent plus souvent dans la précarité et pourront donc plus difficilement se prémunir face aux catastrophes climatiques et sanitaires. Par exemple il est plus complexe pour ces femmes de déménager dans les cas où leur lieu de vie représente soudain un danger (inondation, insalubrité, etc) ou de payer de nouveaux soins pour elle-même ou l’entourage dont elles s’occupent (allergies, cancers, etc..). Parce que selon vous qui sera en charge de protéger les enfants des aliments pollués ou des nouveaux dangers comme les tiques ? Et qui sera en charge de s’occuper des personnes âgées durant les vagues de grande chaleur qui ne vont qu’augmenter ? Les femmes ! Parce que ce sont les femmes qui supportent aujourd’hui encore maintenant la majorité du travail de soin non rémunéré, offert à une société bien peu reconnaissante.

Ailleurs, le problème de l’impact climatique sur la condition féminine se pose encore dans d’autre terme. Dans certains pays, ce sont par exemple les femmes qui assurent l’approvisionnement de la famille en eau, en bois de chauffage, en nourriture, qu’il faudra aller chercher encore plus loin, dans des contrées encore plus hostiles. Et nous portons une lourde part de responsabilité, car l’impact climatique de la Suisse se ressent plus à l’étranger qu’à l’intérieur des frontières helvétiques. Grands consommateurs de produits importés, nous produisons en effet la majorité de nos émissions de gaz à effet de serre hors du pays.

Convergence des grèves

La convergence des luttes climatiques et féministes à travers les grèves qui s’annoncent sont donc les meilleurs moyens pour défendre le climat, la (bio)diversité et pour parvenir enfin à l’égalité effective entre les femmes et les hommes. C’est pour cela que la grève des femmes appelle aussi à une grève de la consommation le 14 juin : ne pas nourrir le système ni donner de travail aux femmes à qui la grève est interdite, en évitant de faire les courses, d’aller chez la coiffeuse ou chez tous les professionnels qui emploient des secrétaires et assistantes, pas de baby-sitter ni de femme de ménage.

Les mobilisations qui s’organisent cette année, pour le climat et pour l’égalité, ont de plus un but et un destin communs. Fondamentaux, les manifestes portés par ces mouvements sont déjà relayés auprès des élu.e.s. Mais ces revendications ne sont pas entendues par la majorité de droite qui domine notre Parlement!

Des mobilisations citoyennes sont donc indispensables pour faire pression sur les majorités politiques. Pressions qui fonctionnent : même le PLR semble ébranlé par les exigences des grévistes, et se donne un grand coup de peinture verte. À vérifier en juin déjà, lors du second débat autour de la loi sur le C02.

La grève du 14 juin est quant à elle une journée spéciale. En 1991, les Suissesses avaient obtenu la loi sur l’égalité. En 2019, nous espérons obtenir des vrais changements politiques et sociétaux. Et pourquoi pas mener à une profonde remise en question de cette société qui exploite nature et humains, en particulier les femmes.

Léonore Porchet

Intervention communale, Xavier Company

Lutte contre le harcèlement de rue : une problématique masculine

Rapport-Préavis N° 2017/59 – Lutte contre le harcèlement de rue: bilan et perspectives – Réponse aux postulats et résolution de Mme Léonore Porchet
Intervention

Au début des discussions sur le sujet, je ne me sentais pas vraiment légitimé à parler de la problématique du harcèlement de rue. Instinctivement, je me disais, comme beaucoup de gens à mon avis et comme on le voit avec les interventions ce soir, qu’il s’agissait d’un sujet sur lequel je ne pouvais pas intervenir, ne sachant pas ce que c’est que de risquer d’être harcelé simplement parce qu’on sort de chez soi, que l’on marche dans la rue, ou que l’on prend le train.

Mais petit à petit, je me suis rendu compte de mon erreur. De ma grossière erreur. C’est une problématique masculine, et exclusivement masculine. Le 100% des harceleurs de rue, ou presque, sont des hommes, les victimes sont majoritairement féminines (mais non exclusivement, il y a aussi de nombreux cas de harcèlement de rue à l’encontre des personnes LGBT par exemple). C’est cette prise de conscience, que j’ai dû avoir moi, qui me semble le premier point à soulever dans ce rapport préavis, et des réactions qu’il a suscité. La prise de conscience est indispensable et pourtant, elle peine à se faire, il n’y a qu’à lire le postulat qu’avait déposé notre collègue Voiblet, pour lire l’année dernière encore, qu’il s’agissait d’un phénomène nouveau ! Mais je suis fier de faire partie du Conseil de la première ville en Suisse qui empoigne sérieusement ce problème de société. Je suis fier de faire partie du parti politique qui a amené ce sujet au premier plan politique, qui l’a sorti des tabous, pour que maintenant, il se retrouve dans un préavis fort que notre Municipalité veut traiter en urgence. Et je suis fier aussi que la presque totalité des partis de notre Conseil veuille s’arroger les crédits de cette prise de conscience, à l’instar de M. Carrel félicitant, par un tweet, M. Hildebrand pour le très bon clip de Yann Marguet. Merci, Messieurs, j’ai envie de dire. Merci d’être fiers de ce qui est fait pour lutter contre ce fléau et de nous rejoindre dans cette lutte, pour que le silence cesse.

Parce que c’est celui-ci le premier problème, le silence. Le silence des hommes, ou pire, l’acceptation, voire l’encouragement. Car assister à des scènes des harcèlement de rue en ne disant rien, ou en ricanant, voire en commentant, c’est cautionner ces agissements. Et pour ça aussi, le rapport préavis qui nous est présenté ce soir est satisfaisant, car il sort ce tabou du silence, le met sur la place publique. Mais comme l’a dit ma collègue Sara Gnoni, il ne suffit pas d’un bon post vidéo, c’est une campagne que l’on devra gagner sur le long terme et nous serons attentifs à ce que la Municipalité, celle-ci et les suivantes, le fasse.

Finalement, je rejoins aussi ma collègue sur son constat du fait que la réponse trop sécuritaire n’est pas idéal, et nous avions insisté, dans nos postulats, sur l’aspect de prévention et de sensibilisation, pour deux raisons :

–      une partie de ces actes, comme les sifflements, les interpellations dans la rue, etc. ne sont pas pénalement répréhensible, alors quelle réponse sécuritaire dans ce cas ? A part celle que peuvent faire (et que font) les correspondants de nuits au cas par cas, je ne vois pas.

–      le problème est inscrit dans notre société patriarcale, ce n’est pas uniquement par l’intervention sur des cas isolés qu’on va le résoudre. Ca fait évidemment partie des réponses qu’on doit apporter, mais ça ne doit pas être la majorité des réponses, car on ne règlera pas le problème comme cela.

En résumé, je crois qu’on peut applaudir le travail de la Municipalité, qui a eu le cran de présenter un programme clair, une prise de position déterminée et des actions pragmatiques. C’est un premier pas, qui, nous l’espérons, permettra à la société d’ouvrir réellement les yeux. Mais les Verts comptent sur la Municipalité pour aller plus loin, pour maintenir la pression sur la distance et continuer de chercher des nouvelles pistes pour combattre ce fléau qui ne va pas disparaître du jour au lendemain, mais que l’on doit réduire chaque jour, en tant qu’individus comme en temps qu’institution. Nous resterons attentifs à l’application de ces mesures et à leur évolution, notamment en ce qui concerne le formulaire, mais nous vous encourageons naturellement à accepter « par acclamation » ce rapport-préavis.

Xavier Company

Postulat Pour une application mobile contre le harcèlement de rue à Lausanne

Postulat Pour une lutte contre le harcèlement de rue fondée sur l’éducation

Résolution Hey mad’moiselle… Il se passe quoi avec le harcèlement de rue à Lausanne ?

Intervention communale, Sara Gnoni

Lutte contre le harcèlement de rue : une action sur le long terme

Rapport-Préavis N° 2017/59 – Lutte contre le harcèlement de rue: bilan et perspectives – Réponse aux postulats et résolution de Mme Léonore Porchet

Intervention

Nous discutons ce soir d’un préavis qui découle d’un processus de deux ans et qui est le début d’un travail de longue haleine contre le harcèlement de rue, dans laquelle notre Ville se veut pionnière.

Il répond globalement de manière satisfaisante à deux postulats, une résolution et une interpellation des Verts.

Nous pouvons aussi saluer la posture de la municipalité et en particulier du municipal en charge de ce dossier, de son discours féministe et qui a traité le sujet avec tout le sérieux qu’il mérite.

A titre personnel, je suis fière de pouvoir espérer que ma fille pourra un jour se promener à Lausanne dans tous les espaces publics, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, dans n’importe quelle tenue sans avoir peur, sans devoir changer son comportement, son habillement ou son trajet, sans être importunée.

Le harcèlement de rue peut se manifester par des sifflements, des insultes, des attouchements, recevoir des propositions qu’il serait inconvenant de répéter dans ce plénum, être suivie et peuvent aller jusqu’à une agression.

La conséquence de ces comportements inacceptables est un sentiment d’insécurité et un problème d’accès des femmes à l’espace public, un problème de liberté individuelle.

Pour prendre l’ampleur du phénomène, notre Municipalité avait demandé en 2016, une étude et nous pouvons par ailleurs remercier Monsieur le Syndic, à l’époque en charge de la sécurité, de l’avoir fait et d’avoir donc réagi au-delà de la réponse à l’interpellation de Madame Léonore Porchet.

63% des femmes interrogées dans le cadre de cette étude et plus de 72% des femmes âgées de 16 à 25 ans, ont répondu avoir été confrontées à au moins un épisode de harcèlement de rue à Lausanne au cours des 12 derniers mois.

La moitié de ces personnes ont été harcelées au moins une fois par mois.

De plus, 63% des victimes ont dit avoir été insultées et 32% ont dit avoir subi des attouchements.

Les Lausanoises vivent donc constamment avec le risque d’être victimes d’actes qui sont pénalement répréhensibles.

Ces chiffres nous donnent une idée le l’omniprésence de ce phénomène et les résultats sont similaires à ce qu’il se passe dans toutes les villes, partout dans le monde.

Ce problème de harcèlement a comme conséquence que les femmes renoncent à occuper l’espace public.

Alors qu’elles représentent la moitié de la population, leur fréquentation dans les rues piétonnes baisse de 50% la nuit par exemple.

On se rend ainsi compte que la Ville devient un lieu fait et pensé par les hommes et destiné à être occupé par ceux-ci, comme justement les rues, les espaces sportifs ou les bars.

Certains comportements mentionnés ne sont pas pénalement répréhensibles et par conséquent ce préavis reflète, à juste titre les mesures qui sont de la compétence de la Ville.

Dès lors nous devons continuer de solliciter également nos autorités cantonales et fédérales, comme le font Mme Léonore Porchet et Mr Mathias Reynard, pour que ce thème soit traité à tous les échelons à l’exemple de ce qui se fait à Lausanne.

Nous relevons au passage la mauvaise réponse du CF à ce sujet qui remet toute la responsabilité sur les Villes, comme si le problème du harcèlement de rue n’était qu’un problème urbain. On peut en revanche souligner que Lausanne y est citée comme exemple que devraient suivre les autres villes.

Ce préavis a en effet une très bonne posture, il est très détaillé et présente beaucoup d’actions différentes, complémentaires et qui seront déployées à court, moyen et long terme.

Il propose 3 axes:

  • la préservation du domaine public
  • le renforcement des parties prenantes
  • la prévention.

Vous avez tous vu, il y a quelques semaines la première mesure qui était la vidéo de qui est très bien faite et joue avec l’humour.

Néanmoins, comme toutes les mesures de préventions, celles-ci ne font une différence que si elles sont répétées fréquemment et sur le long terme. Cette action sera donc à réitérer dans le futur.

Pour citer Monsieur Hildbrand, ce phénomène vient après plusieurs milliers d’années de patriarcat donc encore une fois, c’est un travail de longue haleine.

Bien que le préavis ait une bonne posture, nous regrettons toutefois qu’il soit très centré sur la thématique de la sécurité et la majorité des réponses sont policières.

Nous aimerions vraiment souligner que le sentiment d’insécurité est une conséquence de ces expressions de sexisme mais en soi, il ne se résout pas comme certains l’ont suggéré, à coups de sifflets, de caméras de surveillance  ou de présence policière accrue.

Nous souhaitons avant tout éviter que la problématique du harcèlement devienne, comme cela a déjà été le cas ailleurs, une question uniquement sécuritaire.

En sur-sécurisant on oublie que cela est, en fait, une question des droits des femmes et plus spécifiquement de leur droit à occuper l’espace public.

De plus, la police n’a pas le rôle de remettre en cause les rapports de genres qui sont sous-jacents à notre société.

En confiant la lutte contre le harcèlement de rue presque exclusivement à la police, nous ne sommes pas à l’abri que les milieux xénophobes en profitent pour pointer du doigt comme les seuls auteurs de violences sexistes une certaine catégorie de la population qui se trouve être dans la rue.

Il est dès lors primordial de garder à l’esprit que les auteurs de violences sexistes n’ont pas de couleur,  de culture, de métier, d’habillement ou de langage spécifique.

En effet nous parlons de harcèlement de rue mais dans les faits nous devrions parler de sexisme dans les espaces publics ET nous pourrions remplacer rue par bars, par vestiaires sportifs, par université, par bureau et même par conseil communal.

Concernant cet aspect sécuritaire nous resterons attentifs au risque de sur-sécurisation au détriment de la prévention. Nous aurions pu espérer une équipe de sensibilisation plus diverse avec des spécialistes de lutte contre le patriarcat et cette équipe pourrait avoir un champ d’action plus large, sur demande de clubs sportifs, des associations de quartier,  des écoles professionnelles, etc

A l’image de ce qui se fait avec le label nuit la lutte contre le harcèlement est l’affaire de tous.

Concernant maintenant la création d’un formulaire permettant de signaler des cas ne relevant pas du droit pénal, celui-ci est positif, même s’il reste bien plus limité que la demande du postulat.

Une application en ligne, loin d’être un gadget, serait un outil de réponses à celles et ceux qui actuellement ne peuvent que subir.

Les cibles et témoins du harcèlement ont besoin de pouvoir dénoncer les actes auxquelles ils sont confrontés, mais aussi de récupérer du contrôle, de recevoir une validation et de l’information. Un formulaire ne répond qu’improprement à ces objectifs, car il lui manque la facilité d’usage, l’instantané et l’interaction. De plus, des barrières à son efficacité existent, notamment l’accès, mais aussi les risques de fiabilité des données récoltées.

L’application aurait pu contenir également un module pour appeler directement la police.

Les Verts seront très attentifs à la qualité du formulaire et à son accessibilité, ainsi qu’aux informations qui lui seront jointes.

Pour conclure sur le préavis, le Groupe des Verts remercie la municipalité pour sa réponse, qui est de manière générale très bonne, et nous allons donc l’accepter à l’unanimité.

Nous vous invitons, chèrEs collègues, à en faire de même.

Je souhaiterais encore prendre un moment pour répondre aux craintes de certains et certaines qui peut-être n’oseront les soulever.

Cette lutte pour l’égalité des femmes et pour leur présence dans les espaces publics n’est pas une lutte des femmes contre les hommes. Elle n’est pas une lutte des femmes contre les hommes.

Les hommes aussi sont victimes d’une poignée d’hommes qui ont un comportement inadéquat et qui entachent les bonnes manières des autres.

Après le déferlement de témoignages relatifs au hashtag #metoo ou #balancetonporc, beaucoup d’hommes et de femmes également, qui n’avaient certainement pas lus les témoignages, ont émis leurs craintes quant au fait que l’on ne puisse plus draguer.

Il ne s’agit pas du tout de cela, la drague et le harcèlement sont deux choses complètement différentes et il est très facile de les distinguer.

L’un est un acte courageux, l’autre est un acte lâche et vil.

L’un demande à mettre de côté son ego et d’accepter un refus si la personne n’est pas disposée à entrer dans le jeu de la séduction.

L’autre profite d’une situation de pouvoir pour rabaisser et asservir sa cible.

L’un tient compte du consentement, l’autre pas.

Le consentement est donc la clef.

Rappelons donc que le consentement n’est jamais donné sur la durée et pour n’importe quel acte: je peux donner mon consentement pour boire un verre mais ça ne veut pas dire que je consent à autre chose.

C’est donc cette lutte là qu’ ENSEMBLE nous devons mener, une lutte contre la lâcheté des violences sexistes et contre ces personnes peu courageuses et non pas une lutte contre les hommes ou contre la séduction et là nous avons TOUS une responsabilité.

Nous sommes TOUS responsables en tant que témoins d’actes sexistes d’agir pour qu’ils ne se produisent plus.

Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas individuellement auteurs de violences sexistes que nous ne devons pas questionner tous les comportement et les rapports hommes-femmes qui y sont sous-jacents.

Depuis le dépôt des postulats et interpellation de Madame Léonore Porchet  sur le harcèlement de rue en 2016, beaucoup de choses ont changé: il y a eu l’affaire Weinstein, le mouvement #metoo et #balancetonporc.

Il faut donc continuer cette bataille jusqu’à ce qu’il ne soit plus un sujet et ce que nous n’ayons plus à en parler.

Et c’est ce que nous souhaitons de tout coeur pour toutes les femmes de Lausanne et ailleurs.

Merci pour votre attention

Sara Gnoni

Postulat Pour une application mobile contre le harcèlement de rue à Lausanne

Postulat Pour une lutte contre le harcèlement de rue fondée sur l’éducation

Résolution Hey mad’moiselle… Il se passe quoi avec le harcèlement de rue à Lausanne ?

Intervention communale, Sara Gnoni, Xavier Company

Comment la Ville de Lausanne lutte-t-elle contre le harcèlement sexuel au travail

Interpellation

L’affaire « Harvey Weinstein » et la marée de témoignages de femmes victimes de harcèlement sexuel qui en a découlé nous a montré que ce fléau est présent partout, dans tout pays, dans toutes les sphères, tous les corps de métier, à tout âge, à tout moment de la journée et dans n’importe quel contexte.

Ces comportements qui sont, en apparence, moins graves que des actes de violence plus flagrants sont rarement dénoncés, encore moins condamnés. Cela s’explique par de nombreuses raisons : la victime a honte ou se sent coupable, le harceleur est un supérieur hiérarchique, les bourreaux sont rarement poursuivis, la peur des représailles,… mais aussi que ces comportements sont tellement ancrés et tellement courants, que la victime elle-même ne se rend parfois compte que bien plus tard que ce que le harceleur lui a fait subir n’est pas normal. Pourtant, les conséquences psychologiques sur les victimes peuvent être très graves.

La Ville de Lausanne, en tant qu’employeur, n’est certainement pas épargnée par de tels cas dans le cadre du travail. Par ailleurs, dans le cadre du conseil communal, le harcèlement sexuel pourrait également être présent. Dès lors, l’interpellatrice et l’interpellateur posent les questions suivantes à la Municipalité :

  1. Quelles sont les mesures de sensibilisation que la Municipalité met en place pour prévenir le harcèlement sexuel (lors de la formation des RH, engagement de nouveaux employés, mise en place d’un code d’éthique, …) ?
  2. Le règlement pour le personnel de l’administration communale prévoit à l’art. 56bis une série de mesures que la Municipalité doit mettre en place pour protéger la personnalité et la santé des employé-e-s notamment face au harcèlement sexuel. Quelles mesures concrètes ont été mises en place depuis l’adoption de cet article ?
  3. La Ville a-t-elle un service de référence, une ligne d’appel ou un email où les personnes victimes peuvent se confier (en toute confidentialité si elles le souhaitent) ? Cas échéant, est-elle aussi disponible pour les Conseillers communaux et Conseillères communales?
  4. La Municipalité peut-elle nous confirmer qu’en cas de faute grave avérée, comme du harcèlement sexuel, un licenciement immédiat est prononcé ?
  5. Dès lors, la Municipalité pense-t-elle donner un message de « tolérance zéro » vis-à-vis des auteurs de tels actes ?
  6. En respectant la sphère privée et les données personnelles, la Municipalité peut-elle nous fournir des statistiques sur les cas de harcèlement sexuel au travail ?

Nous remercions par avance la Municipalité de ses réponses

Sara Gnoni

Xavier Company

Alice Genoud, Intervention communale, Lausanne

L’allaitement en milieu urbain

Intervention

Ce postulat part d’un constat : l’allaitement en milieu urbain peut être difficile et parfois laborieux. Pas de lieux dédiés et problèmes d’information (actuellement seulement un site internet qui met en avant les établissements qui ont un lieu pour l’allaitement) font que la Ville de Lausanne peut être un lieu compliqué pour les femmes voulant s’asseoir tranquillement pour allaiter des enfants, principalement en hiver. Pourtant des initiatives pourrait être facilement mise en place, que ce soit celle que je propose dans mon postulat (qui pour rappel est un réseau d’établissements volontaires – café, salles d’administrations, lieux publics, centres communautaires, magasins…- où les femmes ont la possibilité d’allaiter en toute sérénité. Souvent, aucun équipement supplémentaire n’est même nécessaire. Ces emplacements sont simplement répertoriés sur le site Internet de la ville et un autocollant sur la porte signale leur appartenance à ce programme).
Je profite de ce postulat pour parler aussi des questions de l’allaitement au niveau de l’administration. Aujourd’hui, la volonté de la Ville affiche clairement sa volonté d’aider les femmes à pouvoir allaiter tout en reprenant le travail, objectif extrêmement louable. Mais il se peut que la bonne volonté ne suffit pas forcément et il me semblerait, il nous semblerait judicieux de faire un bilan et de proposer d’éventuelles améliorations pour permettre une transition facile et agréable entre le congé maternité et la reprise du travail.
Ces deux demandes me semblant facilement réalisable et pourrait avoir des effets rapides pour une grande partie de la population lausannoise, je demande le renvoi directement en municipalité.

Alice Genoud

Intervention communale, Lausanne

Pour une lutte contre le harcèlement de rue fondée sur l’éducation

Postulat

Les résultats de l’étude sur la harcèlement de rue faisant suite à l’interpellation « Hey mad’moiselle… il se passe quoi avec le harcèlement de rue à Lausanne » montrent des chiffres graves, mais pas très surprenants pour celles, et ceux, qui subissent régulièrement le phénomène. Rappelons les chiffres : 63% des femmes interrogées disent avoir été victime de harcèlement de rue (72% des 16 – 25 ans), dont la moitié une fois par mois, avec des actes allant jusqu’à l’insulte (42%) et l’agression sexuelle (32%).

La Municipalité a présenté ces chiffres en annonçant des mesures variées, mais principalement basées sur une sur-sécurisation de la rue, ce qui dénote d’abord d’une méconnaissance du phénomène, mais aussi d’importantes lacunes dans la volonté de lutter contre ce fléau en amont.

Tout d’abord, il n’y a aucun lien entre une plus grande présence policière et le harcèlement de rue. Les policiers ne peuvent légalement souvent rien faire face au harcèlement de rue, mais surtout il ne se passe jamais sous leur nez. Ils ne sont de plus bien souvent au bénéfice d’aucune formation spécifique concernant les violences sexistes. Ensuite, l’amélioration de l’éclairage public, qui est par ailleurs déjà réfléchie sous l’aspect sécuritaire à Lausanne, n’aura pas d’impact sur les actes, mais sur le seul sentiment de sécurité. Pour terminer, l’idée de trajets nocturnes sécurisés est particulièrement inquiétante, car elle risque de cantonner les femmes à des lieux spécifiques, tout en les excluant du reste de l’espace public et en justifiant en quelques sorte les actes qui se passeraient ailleurs.

Or le harcèlement de rue (comme de manière générale les violences sexistes) a des causes, le sexisme et le patriarcat, et c’est contre ces causes qu’il faut lutter d’abord, par l’éducation de toutes et tous au consentement et à l’égalité : ni la lumière, ni la présence policière ne sont efficaces contre un système ancré ainsi dans les mœurs.

Dans ce cadre, la Ville de Lausanne pourrait, notamment :

  • mettre en place rapidement une campagne de sensibilisation contre le harcèlement et mieux faire connaître les sanctions contre ses formes pénalement répréhensibles ;
  • proposer des cours pour aider les victimes de harcèlement à réagir et les témoins à intervenir ;
  • en collaboration avec le canton, améliorer et moderniser les cours d’éducation sexuelle dispensés dans ses classes pour en axer une partie du contenu sur le consentement et le harcèlement ;
  • former la police aux problématiques spécifiques des violences sexistes ;
  • donner aux femmes et aux personnes LGBT(I) les moyens de lutter elles-mêmes contre le harcèlement de rue notamment en facilitant le dépôt de plainte et l’identification des harceleurs dans la mesure du possible (par une application par exemple) ;
  • encourager la population à parler des cas de harcèlement pour dissiper le tabou qui existe autour de ses actes ;
  • participer à la semaine internationale contre le harcèlement de rue ;
  • etc.

La lutte contre le harcèlement de rue passe d’abord par un travail de changement des mentalités et de l’imaginaire collectif. Les Verts demandent donc que la Municipalité étudie les moyens pour mener la lutte contre le harcèlement de rue grâce à une éducation scolaire et populaire.
Léonore Porchet

Intervention communale, Lausanne

Pour une application mobile contre le harcèlement de rue à Lausanne

Postulat

Le fléau du harcèlement de rue touche la majorité des Lausannoises et des personnes LGBT(I), qui se trouvent souvent démunies face à leurs harceleurs. Souvent, ces agressions ne sont même pas légalement répréhensibles, et par volonté d’éviter les ennuis, les victimes préfèrent marcher plus vite pour fuir les harceleurs plutôt que de chercher à les dénoncer ou à se défendre.

Dans ce cadre, il serait utile qu’un système de signalement des cas de harcèlement, voire de dénonciation des harceleurs dans les possibilités du cadre légal et d’appel à l’aide existe. Plusieurs applications mobiles ont été développées dans ce sens1. Elles semblent un outil intéressant dans les différentes mesures à mettre en place contre le harcèlement de rue.

Une application mobile lausannoise contre le harcèlement de rue permettrait par exemple d’en  signaler les cas2, afin de libérer la parole des victimes. Avec la géolocalisation, elle pourrait aussi permettre aux personnes confrontées, en tant que victime ou témoin, à une situation les mettant mal à l’aise ou en cas de sentiment de danger, de prévenir des personnes proches des lieux, d’un simple clic sur son smartphone. Elle pourrait même éventuellement permettre de déposer une plainte de manière facilitée en ligne, sur le modèle de la plateforme ePolice par exemple.

Tout en assurant le cadre légal et la présomption d’innocence (puisqu’il s’agit de signaler des cas et non des personnes et d’appeler à l’aide), une telle application permettrait de lutter contre le harcèlement de rue en faisant tomber le silence qui entoure le plus souvent ces actes. Cette application pourrait aussi être étendue à tous les types de violences verbales et physiques qui prennent place dans l’espace public, comme par exemple les actes de racisme.

La peur doit changer de camp et ce sont les harceleurs qui doivent redouter que leurs victimes aient les moyens de dénoncer les violences sexistes et d’agir contre elles. C’est pourquoi les Verts demandent à la Municipalité d’étudier l’opportunité de développer une application mobile participant à la lutte contre le harcèlement de rue.

Léonore Porchet

1 Voir par exemple : http://www.stopharcelementderue.org/?p=1201 et http://handsaway.fr .
2 Ce qui permettrait également à la Ville de Lausanne de disposer de données plus fiables concernant le harcèlement de rue.

Intervention communale, Lausanne

Hey mad’moiselle… Il se passe quoi avec le harcèlement de rue à Lausanne ?

Résolution

Le harcèlement de rue peut se définir comme une sollicitation non désirée, a caractère sexuel, d’une personne envers une autre. Il se manifeste par des bruitages, des remarques, des gestes, des regards ou des insultes qui importunent ou dénigrent l’individu. On parle de harcèlement car ces sollicitations sont régulières (c’est-à-dire plusieurs fois par mois, par semaine, parfois par jour), de jour comme de nuit, et finissent par peser sur la personne qui les subit. À tel point que celle-ci peut se sentir obligée de modifier son comportement, ses trajets ou son habillement pour s’en protéger.

Selon les témoignages et les articles qui sont consacrés à ce phénomène, les victimes du harcèlement de rue sont majoritairement des femmes ou des personnes de la communauté LGBT, de tout âge et de tout origine. Les harceleurs de rue sont quant à eux, majoritairement des hommes, de tout âge et de toute origine.

Le harcèlement de rue est un fléau mondialement répandu. Des statistiques impressionnantes montrent par exemple que, dans le monde et suivant les pays, entre 60 et 90% des femmes disent avoir déjà été confrontées au harcèlement de rue. Aux Etats-Unis, les statistiques parlent de 41% des femmes qui ont déjà été agressées dans la rue et 60% harcelées dans la rue. En France, 20% des femmes disent être insultées au moins une fois par an, alors que 10% parlent de caresses ou de baisers forcés. En France toujours, le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) a remis un rapport révélant que 100% des femmes ont déjà été importunées, suivies ou agressées dans les transports publics. Suite à ce rapport et à la mobilisation croissante, plusieurs campagnes contre le harcèlement de rue, dans l’espace public mais aussi dans les transports, ont été mises en place.

En Suisse, un récent sondage montre qu’en Romandie, 82% des femmes disent avoir été confrontées au harcèlement de rue. Cette réalité pose un grave problème d’égalité devant la jouissance de l’espace public, à Lausanne aussi.

Les récentes agressions en séries commises en Allemagne, honteusement récupérée par les mouvements d’extrême droite pour proférer des accusations xénophobes envers les immigrés, montrent qu’il faut étudier et agir contre le harcèlement de rue. Il s’agit notamment de le caractériser correctement (aucune culture n’a le monopole du harcèlement de rue, sauf la culture du viol) et de prendre des mesures concrètes avant que l’impunité actuelle ne mène à des exactions similaires. La réaction maladroite des autorités allemandes suggère qu’une information générale aux citoyens et que la formation des premiers répondant (les policiers et les policières) sont aussi de la responsabilité des villes.

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Pour ces raisons, j’ai déposé au Conseil communal de Lausanne une interpellation afin de poser les questions suivantes à la Municipalité :

  • La Ville dispose-t-elle de moyens pour surveiller le phénomène du harcèlement de rue à Lausanne ?
  • Si oui, lesquels ? Si non, pourquoi ?
  • De quelles données la Municipalité dispose-t-elle en ce qui concerne le harcèlement de rue ?
  • Le nombre et la gravité des cas de harcèlement de rue sont-ils connus de la Municipalité ?
  • Existe-t-il une cartographie des lieux particulièrement sujets à ce phénomène ou considérés comme anxiogènes à Lausanne ?
  • Quelles sont les mesures mises en place ou prévues par la Municipalité pour endiguer le problème du harcèlement de rue ?

Une interpellation peut être suivie d’une résolution pour exiger de la Municipalité telle ou telle action. Suivant la réponse que je recevrai à ces questions, il est possible que je dépose une résolution ou que je revienne avec un postulat plus fouillé.

Léonore Porchet le 19 janvier 2016

Intervention communale

Un hommage à Madame Françoise Giroud pour les 100 ans de sa naissance

Au Conseil communal de la Ville de Lausanne le 28 septembre 2015

Postulat

Née à Lausanne le 21 septembre 1916 de parents turcs et juifs séfarades, Françoise Giroud est femme de lettres, journaliste et politicienne.

Active pendant la seconde guerre mondiale comme agent de liaison, elle tombe dans les filets de la Gestapo. En 1953, elle fonde le magazine L’Express avec Jean-Jacques Servan-Schreiber. C’est entre 1974 et 1976 qu’elle exerce la fonction de Secrétaire d’Etat à la Condition féminine, puis Secrétaire d’Etat à la Culture jusqu’en 1977.

« Une histoire de femme libre » comme celle de Madame Françoise Giroud mériterait d’être honorée par la terre qui l’a vue naître.

Ainsi, ce postulat demande à la Ville de Lausanne d’étudier la possibilité d’honorer, de la manière qui lui siéra, les 100 ans de la naissance de Françoise Giroud, en 2016.

Natacha Litzistorf