Benjamin Rudaz, Intervention communale

Une gestion des marchandises compatible avec une ville agréable

Postulat : Pour une stratégie municipale de gestion des marchandises cohérente, compatible avec une ville dynamique et agréable à vivre

La Ville de Lausanne se piétonnise et sa mobilité se transforme pour favoriser les transports doux ou transports publics. De nombreux secteurs sont donc progressivement réaffectés vers des rues passantes, vivantes et souvent commerçantes. Simultanément, les moyens de livraison «durables» via le train sont progressivement démantelés ou abandonnés pour des raisons économiques (historiquement Ouchy-Ficelle, LEB, plateforme ferroviaire du Flon, Rasude puis Sébeillon). Que ce soit pour des commerces de détail ou d’alimentation, de nombreux véhicules de livraison circulent à travers l’agglomération jusque dans les rues piétonnes, soit pour livrer directement les commerces depuis le trottoir, soit sur des quais de déchargement. Ces véhicules sont d’un gabarit de plus en plus imposant allant jusqu’au poids-lourd, et l’absence de coordination entre les différents commerces aboutit à des trajets à vide ou des véhicules partiellement remplis. Des accidents surviennent parfois (rue de la Mercerie) et la cohabitation est parfois difficile entre piétons, mobilité douce, habitants, sans compter les nuisances autour des quais de déchargement, parfois mal aménagés ou mal situés. S’y ajoutent plus récemment, avec l’émergence du commerce en ligne et la libéralisation du transport postal des colis, la multiplication des acteurs de livraison à domicile, et de ce fait la multiplication des tournées de livraison, créant de fâcheuses redondances.

Étonnamment, aucune étude ou planification du Projet d’agglomération Lausanne-Morges (PALM) ne se penche sur l’aspect du fret routier ou ferroviaire, ni de l’approvisionnement de la région en produits manufacturés ou alimentaires. Pourtant, le Plan des mesures OPair 2018 de l’agglomération Lausanne-Morges préconise la réalisation d’une analyse globale des transports de marchandise et défini notamment deux mesures associées, « Analyse du transport logistique » (LO-1) et « Réduction des nuisances du transport logistique » (LO-2). De plus, le Grand Conseil vaudois a accepté l’an dernier l’exposé des motifs et projet de décret (EMPD) « accordant au Conseil d’Etat un crédit d’étude de CHF 1’400’000 pour financer l’élaboration de la stratégie cantonale du transport de marchandises ».

Alors que la motorisation de ces véhicules est actuellement très majoritairement thermique, cette source de pollution atmosphérique et sonore, et les conflits d’usage de l’espace public (tant sur la route, en bord de route ou dans les zones piétonnes) pourraient être réduits, pour le bénéfice des habitantes et habitants de Lausanne, ceci sans impacter négativement les commerces du Centre-Ville. Plusieurs pistes sont possibles, comme par exemple une collaboration public-privée permettant de gérer de manière efficiente un système de transbordement péri-urbain des marchandises vers des véhicules plus petits, plus propres et surtout mieux utilisés (remplis à l’aller comme au retour, évitant les redondances).

D’autres alternatives pourraient à l’avenir être envisagées, comme l’usage nocturne de la future ligne de tram pour le passage de marchandises jusqu’au centre-ville, ou encore la réaffectation de certains sites de fret ferroviaire, comme les halles de Sébeillon dont les rails vont être conservés malgré les installation provisoires qui y sont prévues.

En vue de développer une stratégie municipale de gestion des marchandises, de manière concertée avec le PALM et le Canton, ce postulat demande à la Municipalité d’examiner l’opportunité de :

  • Quantifier les impacts de cette activité de transports en termes d’émissions de gaz à effet de serre, de particules fines, de bruit, de sécurité et d’occupation de la voirie ;
  • Consulter les associations de commerçants et les acteurs économiques générateurs de mouvements de fret entrants et sortants de l’agglomération ;
  • Faire un état de la situation du trafic de fret ferrovaire et des plate-formes d’échange rail-route de la région lausannoise ;
  • Faire un état de la situation du trafic de fret routier à travers la Ville, de et jusqu’aux points de livraison ;
  • Faire un état de la situation du trafic de livraison directe à domicile (Amazon, Zalando, DPD, TNT, La Poste, etc) ;
  • Établir une stratégie de réduction des impacts, en collaboration avec les acteurs économiques pré-cités.

Benjamin Rudaz