Feuille verte, Lausanne

Le temps nous donnera raison

Tous les indicateurs sont au vert. Les sondages préconisent une vague verte aux élections fédérales. On dit que nous dépasserons les 10% et que les autres partis s’empressent de se verdir pour ne pas manquer le train. A la radio, on dit même que, quoi que nous fassions, les Vert·e·s gagneront ces élections dans le Schlafwagen (wagon-lit). Il faudra peut-être un peu plus pour en arriver là: l’engagement non seulement de nos candidat-e-s dans les médias, les débats et sur le terrain, mais aussi celui de nos militant-e-s dans la rue jusqu’au 20 octobre, et au-delà, car il faudra certainement un deuxième tour pour regagner le siège aux Etats.

Mais il est certainement vrai que les Vert·e·s sont comme jamais synchrones avec les mouvements sociaux de ce pays, voire même du continent, autant avec le mouvement écologiste qu’avec le mouvement féministe qui réclame cette égalité longtemps promise mais jamais obtenue. Car le climat n’est pas notre préoccupation de hier, il est constitutif de notre mouvement. Longtemps, nous avons été minorisés, ignorés, moqués, parfois insultés, mais nous tenions fermes, car au fond, nous pensions : «Le temps nous donnera raison». Longtemps, les gouvernements ont ignoré aussi l’avis quasi unanime de la communauté scientifique. Il a fallu une adolescente têtue pour réveiller le continent et reconnaître l’urgence. Maintenant, ce temps est venu.

Je pense que vous êtes d’accord que sur ce sujet là – l’urgence climatique – on aurait préféré ne pas avoir raison. Car le temps court. On n’est plus dans une logique de transformation douce vers une économie un peu plus verte, un peu plus circulaire, un peu plus respectueuse. Il ne nous reste plus que quelques années pour éviter que cette terre ne devienne inhabitable, et actuellement, le train roule à plein régime dans le mauvais sens.

Les premières mesures vont être plutôt faciles à mettre en oeuvre. Il y a un grand potentiel d’économie d’énergie dans la mobilité et dans le bâtiment. Le solaire a un grand potentiel qui attend d’être exploité. Mais ces mesures ne suffiront pas. Il faudra aussi agir sur notre empreinte à l’extérieur de la Suisse. Les banques suisses incitent à elles-seules, via leurs investissements, une production de CO2 qui dépasse celle du pays.

Il faudra faire des choix. La politique de la responsabilité individuelle n’a pas porté ses fruits, car le climat est un bien public. Il faudrait arrêter de brûler des énergies fossiles, mais les puits tournent encore à plein régime: les industries canadiennes continuent à exploiter les schistes et des pauvres Malaysiens fouillent même la terre de leurs propres mains pour extraire quelques litres de pétrole par jour. Le protocole de Kyoto date de 1992, mais c’est dans les trente dernières années qu’on a émis plus de la moitié des émissions de CO2 de l’énergie fossile. Actuellement, on est plutôt du côté du problème que de celui de la solution.

Pour ces mesures, il faudra des majorités. Dans le scénario optimiste, les Vert·e·s dépasseront les 10%. On est loin de la majorité. Il faudra donc trouver des alliances. Il faudra donc aussi travailler avec des partis qui veulent aller moins vite, qui ont d’autres idées, s’ils ne s’approprient pas simplement les nôtres, ou qui ont des motivations opportunistes. Tout ceci est bon à prendre, on peut agir bien pour de mauvaises raisons, si seulement on avance à temps avec des mesures concrètes.

Le rôle des Vert·e·s dans ce processus politique est majeur. Les mouvements sociaux et le monde politique attendent que nous soyons la principale force de proposition, ce qui implique un travail de réflexion, de conception et de négociation, pour lequel il faudra mettre des ressources. Nous n’allons plus être ignorés, mais de nouveau être minorisés, moqués, insultés et devrons encore et toujours tenir ferme, pour que parfois nos idées passent. Et nous devons aussi, et surtout, veiller à ce que ces mesures soient compatibles avec la cohésion sociale, qu’elles soient justes et supportables, pas seulement pour la nature, mais aussi pour les humains. Si on n’intègre pas tout-e-s les citoyen-ne-s dans ce processus, la première victime du dérèglement climatique sera notre société et le vivre-ensemble tel qu’on le connaît.

Matthias Bürcher

Intervention communale, Lausanne, Sara Gnoni

Urgence climatique

Intervention

Chèr·e·s collègues,

Nous sommes en ce moment deux à la tribune pour vous parler du plus grand défi que l’humanité ait connu mais je souhaiterais que nous soyons TOUTES ET TOUS unis pour y faire face. 

En ce moment je me tiens devant vous non pas comme conseillère ni comme Verte, mais comme terrienne, citoyenne, maman, porte-parole du message scientifique qui nous est communiqué depuis plus de 30 ans, sans que nous l’entendions vraiment. 

Le sujet dont nous traitons ce soir est apolitique, n’est pas partisan et que vous soyez de droite, de gauche ou du centre, vous vous devez tous de répondre à la question “quel genre de futur vous souhaitez pour vous-même vos amis, votre famille, vos proches?” 

Nous sommes face à une crise climatique et écologique sans précédent. Si les rapports du GIEC d’octobre 2018 ou l’extrait du rapport de l’IPBES qui va être présenté cette fin d’année ne vous sont toujours pas familiers, j’aimerais brièvement vous parler de deux rapports récents.

Le premier qui est le Global Risk Report du WEF de 2019 donc la matrice que vous voyez qui montre que les risques qui sont les plus probables et qui ont le plus d’impact – carré en haut à droite, sont des risques liés au climat et à la perte de biodiversité.

Dans ce rapport, une des phrases clé est celle-ci “de tous les risques, c’est en relation avec l’environnement que le monde sombrera le plus clairement dans la catastrophe”. 

Un deuxième rapport récent, une approche par les scénarios (identique au WEF, donc multiplier la probabilité qu’un événement arrive par son impact pour donner le risque) appelé “existential climate-related security risk” dit plusieurs choses essentielles:

1. Historiquement les scientifiques ont été très prudents dans leur communication, et nous le voyons maintenant c’est que la réalité dépasse même les prévisions les plus pessimistes. Comme par exemple les 31°C au cercle arctique le 13 mai passé. Le réchauffement global et la fonte des glaces se fait à un rythme beaucoup plus élevé qu’initialement prévu.

2. Pour réduire les risques que nous venons de mentionner et préserver la civilisation humaine, il est essentiel de mettre en place très rapidement un système industriel à zéro émission. Cela nécessite la mobilisation globale de ressources pour faire face à l’urgence.

3. L’institut qui publie cette étude se déclare incapable, en raison de leur ampleur, de modéliser le niveau de destruction lié au changement climatique en 2050 déjà, pour les scénarios les moins optimistes et 2050, c’est demain

Je ne vais pas vous faire l’inventaire des scénarios films d’horreur auxquels nous devrons faire face si nous n’agissons pas ou pas assez vite, mais plutôt vous dire que c’est une opportunité unique d’agir ensemble et de créer un futur beaucoup plus agréable pour nous tous, avec une société inclusive, des villes plus belles propres et résilientes, respectant les limites de la biosphère.

En effet, la protection du climat et de la biodiversité s’accompagne de nombreuses aubaines en matière d’emplois locaux, que ce soit dans l’agriculture, l’industrie locale ou l’artisanat, en particulier dans le domaine de la réparation. Cela ouvre des perspectives pour résoudre, au moins en partie, les problèmes de socitété auxquels nous faisons face et que personne ne peut nier, comme la précarisation de la population, l’insécurité, les migrations, les pertes d’identité ou les inégalités.

Un autre extrait du WEF dit  Innovative and collaborative approaches may be needed to ensure that action is taken globally before it is too late

Le but de notre postulat est donc de déclarer l’urgence climatique pour donner enfin à la crise climatique et environnementale l’importance qu’elle doit avoir, c’est à dire une situation de crise qui menace la vie humaine.

Nous nous joindrons ainsi au mouvement de pays, de Villes, de Etats et régions qui l’ont fait avant nous et qui couvrent à présent une population de 70 millions de personnes au niveau mondial. Nous pouvons citer comme exemples Le Royaume-Uni qui a été le premier pays au monde à déclarer l’urgence climatique et qui a été suivi par l’Irlande, l’Ecosse ou, plus près de chez nous, Yverdon, Delémont  le canton de Bâle Ville, du Jura ou le canton de Vaud.

Au delà du geste hautement symbolique, le but est double: tout d’abord d’informer, sensibiliser et éduquer la population, les collectivités, les entreprises et créer une large adhésion pour passer à l’action. En effet on a beau lire des rapports, ou des informations scientifiques, rien ne vaut un message clair, transmis par des personnes qui nous sont proches et auxquelles on peut se relier. 

Dans le cadre de ce premier but se trouve également un rôle d’exemplarité: par notre déclaration d’urgence climatique, nous pouvons inspirer d’autres villes à faire de même et créer un cercle vertueux vers l’action.

Le 2e but de ce geste symbolique est d’accélérer le traitement des objets en lien direct avec la sauvegarde du climat. La déclaration permettra ainsi de mettre la priorité sur ces objets, par exemple le plan climat qui vient de vous être présenté, que nous avons co-signé et que nous soutenons fortement, pour que le groupe de travail qui se penche dessus puisse y travailler de toute urgence – soit à la hauteur de l’enjeu auquel nous faisons face. Nous avons un peu moins de 11 ans pour agir, pas pour mettre en place un plan mais pour agir concrètement et nous ne pouvons pas accepter les délais usuels de traitements des objets pour un enjeu vital tel que celui-ci, 11 ans c’est demain

En commission il y a évidemment eu des objections telles que le fait que ceci créerait un précédent pour apporter des sujets en urgence de toutes parts, comme le harcèlement par exemple. Vous l’aurez compris et j’en appelle à votre bon sens, qu’il ne s’agit pas du tout du même degré d’urgence, on parle, encore une fois de la survie de notre société. Une autre objection était celle qu’il est difficile objectivement de savoir quels objets sont liés au climat, sur ce point j’en appelle encore une fois au bon sens et à l’expertise du groupe de travail qui se penchera sur la mise en place des mesures concrètes pour nous sortir des énergies fossiles pour déterminer la pertinence ou non de l’urgence.

Je vous rappelle enfin que nous avons une responsabilité morale, en tant que pays riche, d’agir au plus vite et au-delà de ce qui est demandé par le GIEC pour que les pays qui n’ont pas encore accès à l’électricité ou à l’eau courante puissent atteindre un niveau de vie digne. L’urgence n’est donc pas seulement dans notre intérêt de préserver notre climat, nos alpes, nos cultures, mais aussi notre devoir de pays riche.

J’espère que vous l’aurez compris, nous sommes face au plus grand défi de notre espèce et la réponse que vous donnerez ce soir avec votre vote sera déterminante pour assurer un futur à vous ainsi qu’aux personnes que vous aimez.

Sara Gnoni

Références:

Rapport WEF Global Risks Landscape 2019

The year 2018 was another one of storms, fires and floods.19 Of all risks, it is in relation to the environment that the world is most clearly sleepwalking into catastrophe. The Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) bluntly said in October 2018 that we have at most 12 years to make the drastic and unprecedented changes needed to prevent average global temperatures from rising beyond the Paris Agreement’s 1.5oC target. In the United States, the Fourth National Climate Assessment warned in November that without significant reductions in emissions, average global temperatures could rise by 5oC by the end of the century.20 GRPS respondents seem increasingly worried about environmental policy failure: having fallen in the rankings after Paris, “failure of climate-change mitigation and adaptation” jumped back to number two in terms of impact this year. And the most frequently cited risk interconnection was the pairing of “failure of climate-change mitigation and adaptation” and “extreme weather events”. The accelerating pace of biodiversity loss is a particular concern. The Living Planet Index, which tracks more than 4,000 species across the globe, reports a 60% decline in average abundance since 1970.21 Climate change is exacerbating biodiversity loss and the causality goes both ways: many affected ecosystems—such as oceans and forests—are important for absorbing carbon emissions. Increasingly fragile ecosystems also pose risks to societal and economic stability. For example, 200 million people depend on coastal mangrove ecosystems to protect their livelihoods and food security from storm surges and rising sea levels, as discussed in Chapter 5 (Fight or Flight).22 One estimate of the notional economic value of “ecosystem services”—benefits to humans, such as drinking water, pollination or protection against floods—puts it at US$125 trillion per year, around two-thirds higher than global GDP.23

In the human food chain, loss of biodiversity affects health and socio- economic development, with implications for well-being, productivity and even regional security. Micronutrient malnutrition affects as many as 2 billion people. It is typically caused by a lack of access to food of sufficient variety and quality.24 Nearly half the world’s plant-based calories are provided by just three crops: rice, wheat and maize.25 Climate change compounds the risks. In 2017, climate-related disasters caused acute food insecurity for approximately 39 million people across 23 countries.26 Less obviously, increased levels of carbon dioxide in the atmosphere are affecting the nutritional composition of staples such as rice and wheat. Research suggests that by 2050 this could lead to zinc deficiencies for 175 million people, protein deficiencies for 122 million, and loss of dietary iron for 1 billion.

Feuille verte

Grève féministe, grève climatique

Les mouvements syndicaux consacrent cette année le 1er mai aux revendications féministes. C’est l’occasion de rappeler ici que nous vivons en 2019 une double mobilisation : une grève féministe et une grève climatique. Ces deux thématiques sont liées de manière intrinsèque.

Les femmes vont être les victimes directes, majoritairement et avec violence des catastrophes climatiques à venir. Parce qu’elles sont, partout et encore aujourd’hui, minorisées, discriminées, appauvries, violentées par un système qui ancre son pouvoir sur leur exploitation : le patriarcat. Il est donc indispensable de lier émancipation féminine, égalité entre les sexes et protection du climat.

En Suisse tout d’abord, parce que les femmes vivent plus souvent dans la précarité et pourront donc plus difficilement se prémunir face aux catastrophes climatiques et sanitaires. Par exemple il est plus complexe pour ces femmes de déménager dans les cas où leur lieu de vie représente soudain un danger (inondation, insalubrité, etc) ou de payer de nouveaux soins pour elle-même ou l’entourage dont elles s’occupent (allergies, cancers, etc..). Parce que selon vous qui sera en charge de protéger les enfants des aliments pollués ou des nouveaux dangers comme les tiques ? Et qui sera en charge de s’occuper des personnes âgées durant les vagues de grande chaleur qui ne vont qu’augmenter ? Les femmes ! Parce que ce sont les femmes qui supportent aujourd’hui encore maintenant la majorité du travail de soin non rémunéré, offert à une société bien peu reconnaissante.

Ailleurs, le problème de l’impact climatique sur la condition féminine se pose encore dans d’autre terme. Dans certains pays, ce sont par exemple les femmes qui assurent l’approvisionnement de la famille en eau, en bois de chauffage, en nourriture, qu’il faudra aller chercher encore plus loin, dans des contrées encore plus hostiles. Et nous portons une lourde part de responsabilité, car l’impact climatique de la Suisse se ressent plus à l’étranger qu’à l’intérieur des frontières helvétiques. Grands consommateurs de produits importés, nous produisons en effet la majorité de nos émissions de gaz à effet de serre hors du pays.

Convergence des grèves

La convergence des luttes climatiques et féministes à travers les grèves qui s’annoncent sont donc les meilleurs moyens pour défendre le climat, la (bio)diversité et pour parvenir enfin à l’égalité effective entre les femmes et les hommes. C’est pour cela que la grève des femmes appelle aussi à une grève de la consommation le 14 juin : ne pas nourrir le système ni donner de travail aux femmes à qui la grève est interdite, en évitant de faire les courses, d’aller chez la coiffeuse ou chez tous les professionnels qui emploient des secrétaires et assistantes, pas de baby-sitter ni de femme de ménage.

Les mobilisations qui s’organisent cette année, pour le climat et pour l’égalité, ont de plus un but et un destin communs. Fondamentaux, les manifestes portés par ces mouvements sont déjà relayés auprès des élu.e.s. Mais ces revendications ne sont pas entendues par la majorité de droite qui domine notre Parlement!

Des mobilisations citoyennes sont donc indispensables pour faire pression sur les majorités politiques. Pressions qui fonctionnent : même le PLR semble ébranlé par les exigences des grévistes, et se donne un grand coup de peinture verte. À vérifier en juin déjà, lors du second débat autour de la loi sur le C02.

La grève du 14 juin est quant à elle une journée spéciale. En 1991, les Suissesses avaient obtenu la loi sur l’égalité. En 2019, nous espérons obtenir des vrais changements politiques et sociétaux. Et pourquoi pas mener à une profonde remise en question de cette société qui exploite nature et humains, en particulier les femmes.

Léonore Porchet

Intervention communale, Sara Gnoni

Déclaration d’urgence climatique

Intervention

Postulat: Urgence climatique : il est temps d’avancer au rythme exigé par la science

Chers collègues,

L’année 2018, sans surprise, s’est révélée la quatrième plus chaude depuis que l’on mesure la température à la surface du globe, après 2016, 2015 et 2017. Nous avons atteint 1° de température moyenne de plus qu’avant l’époque préindustrielle. Avec la trajectoire actuelle, nous nous dirigeons vers une élévation de 3-4° en moyenne globale, et 5-6° en Suisse. Pour comparaison, lorsque nous avions 5° de moins que la température globale actuelle, il y a 20’000 ans, un glacier d’un km se trouvait là où nous sommes.

D’ici 2050, 2 milliards de personnes, seront exposées à des températures extrêmement élevées. Cela reviendra à vivre la canicule de 2003 chaque été, avec son lot de morts.

Plus de 800 millions de personnes seront vulnérables à l’élévation du niveau des eaux et aux inondations. Ici, à Lausanne, des épisodes comme celui du 11 juin passé sont appelés à se répéter.

650 millions de personnes seront à court d’eau potable. Ici en Suisse, certains glaciers auront totalement disparu d’ici 20 ans, ce qui rendra notre approvisionnement plus incertain.

Des parties entières du globe seront devenues inhabitables, la quasi-totalité des coraux auront disparu, tout comme de nombreuses espèces animales et végétales. Nous compterons des centaines de millions de réfugiés climatiques.

Personnellement, j’aurais souhaité un futur différent pour nos enfants. Hélas, c’est ce que nous leur léguons: nous sommes dans un train qui est sur une trajectoire qui nous mène à pleine vitesse contre un mur.

Les tentatives d’accords internationaux, comme les COP, ont tout juste servi, à peine, à se mettre d’accord sur la manière de mesurer les gaz à effet de serre. Même au niveau national, une loi CO2, déjà largement insuffisante a été dénudée de tout sens et de ce fait a été récemment refusée.

Il apparaît donc que c’est aux Villes de s’organiser pour agir, avec des mesures fermes, drastiques et surtout rapides de réduction de GES pour atteindre le scénario 1 du GIECC et mettre en place des mesures d’adaptation au changement climatique.

Ces mesures doivent devenir nos préoccupations premières, car c’est tout simplement de la survie de notre société / civilisation dont il s’agit ici.

Nous avons une toute petite marge de manœuvre pour créer un nouveau projet de société, un avenir pour nos enfants avec un fort engagement civique. Partout des alternatives se créent, à Lausanne aussi, mais il nous faut les développer massivement et les rendre prioritaires.

C’est pour cela qu’avec ce postulat, nous demandons que la Municipalité étudie l’opportunité de déclarer l’urgence climatique, à l’instar de ce qui a été fait dans d’autres villes à travers le monde, comme Londres ou Vancouver et pour répondre à la demande des milliers de personnes qui ont se sont mobilisées cet hiver dans les rues lausannoises et dans d’autres villes de Suisse et ailleurs dans le monde.

Outre la portée symbolique de cette déclaration d’urgence, il y a lieu d’accélérer les procédures permettant d’adopter les mesures qui nous permettrons de faire face à ce qui est, selon les scientifiques, le plus grand défi que l’humanité ait connu. Ainsi, il est nécessaire de faire usage du traitement prioritaire, au sein de l’administration ainsi qu’auprès du Conseil communal, pour tous les objets liés de manière directe à la lutte contre le réchauffement climatique et ses conséquences.

Afin que cet objet soit, justement traité le plus rapidement possible, je demande le renvoi direct à la municipalité.

Sara Gnoni

Intervention communale, Sara Gnoni

Urgence climatique : il est temps d’avancer au rythme exigé par la science

Postulat

Le 8 octobre 2018, le GIEC publiait son dernier rapport¹ et celui-ci est sans équivoque : “Pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C, il faut modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société”. Les conséquences d’un réchauffement supérieur à 1.5°C seraient catastrophiques pour l’humanité en général et en particulier pour les pays et populations les plus vulnérables. Des écosystèmes entiers seraient détruits, par exemple 99% des récifs coralliens seraient anéantis avec une augmentation de 2°C, toujours selon ce rapport.

Quelques semaines plus tard, le Living Planet Report 2018 du WWF² était publié et ses conclusions sont sans appel, au même titre que des nombreux scientifiques le relèvent depuis des années³: nous sommes entrés dans la 6ème extinction de masse, et l’homme en est la cause. Depuis les années 1970, les populations de vertébrés ont été réduites de 60%. Ceci est un fait dont l’importance se situe au niveau géologique.

Encore plus récemment, le 13 novembre 2018, étaient publiés les scénarios climatiques suisses4 qui montrent des scénarios de sécheresse prolongée, des précipitations extrêmes, des températures tropicales de plus en plus fréquentes et peu d’enneigement l’hiver, sauf si des mesures drastiques sont prises pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Malgré toutes ces nouvelles qui confirment ce que la communauté scientifique répète depuis longtemps, à savoir que la survie même de notre civilisation est en danger si nous n’agissons pas rapidement, les transports en véhicules motorisés privés ne cessent d’augmenter5, et ceci de manière encore plus accrue pour les vols en avion. De même, on continue d’importer de la nourriture de l’autre bout de la planète, de produire des déchets et de consommer démesurément.

Il est évident qu’il y a un décalage entre la réalité scientifique et la compréhension de la population, du danger auquel l’humanité fait face.

L’histoire nous a montré que les accords et les engagements globaux ont du mal à se matérialiser en mesures concrètes (cas récent de la loi sur le CO2 en Suisse) et que les villes s’organisent indépendamment pour atteindre des objectifs du GIEC, viser une décarbonisation de l’énergie, créer une économie inclusive et des communautés durables à l’instar de Los Angeles, Paris, New York ou Amsterdam6. Un sommet sur l’action climatique7, une sorte de COP non étatique, regroupant des villes, régions, entreprises et ONG, a même été organisée en septembre 2018.

Quelques jours avant ce sommet, Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, déclarait que si nous ne changeons pas d’orientation d’ici 2020, nous risquons des conséquences désastreuses pour les humains et les systèmes naturels qui nous soutiennent.

Or nous constatons, qu’au sein de notre ville, pour traiter un objet, entre son dépôt, son traitement en commission, la rédaction d’un préavis et la mise en place effective, il peut se passer plusieurs années. Nous n’avons pas ce temps en ce qui concerne les actions liées au climat.

Ce postulat demande donc à la Municipalité d’étudier l’opportunité de déclarer l’urgence climatique, à l’instar de ce qu’a fait en début d’année Sadiq Kahn, maire de Londres, ou comme vient de le voter le conseil communal de Vancouver et de faire usage du traitement prioritaire, au sein de l’administration ainsi qu’auprès du Conseil communal, pour tous les objets liés de manière directe à la lutte contre le réchauffement climatique et ses conséquences.

La population doit être informée de l’urgence écologique au sens large afin de susciter une vaste adhésion de sa part à ce défi, probablement le plus grand que notre espèce ait connu.

Sara Gnoni
Vincent Rossi
Daniel Dubas

1 http://www.ipcc.ch/pdf/session48/pr_181008_P48_spm_fr.pdf
2 http://wwf.panda.org/knowledge_hub/all_publications/living_planet_report_2018/
3 Accelerated modern human–induced species losses: Entering the sixth mass extinction, Ceballos G, Ehrlich P. et al, Science Advances  19 Jun 2015: Vol. 1, no. 5, e1400253
4 https://www.nccs.admin.ch/nccs/fr/home/changement-climatique-et-impacts/scenarios-climatiques-suisses.html
5 https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/mobilite-transports/transport-personnes/prestations.html
6 https://www.amsterdam.nl/bestuur-organisatie/organisatie/ruimte-economie/ruimte-duurzaamheid/making-amsterdam/amsterdam-outlines/ et Sustainability Agenda Amsterdam
7 Global Climate Action Summit (GCAS), https://globalclimateactionsummit.org/fr/

Intervention communale, Lausanne, Sara Gnoni, Vincent Rossi

Sécheresse, quelles mesures d’adaptation à cette nouvelle donne ?

Interpellation

La Suisse a toujours été appelée “le château d’eau de l’Europe” 1, les Alpes Suisses étant la source et la ligne de partage des eaux continentales. Les ressources en eau ont donc paru longtemps inépuisables dans notre pays. La consommation d’eau, ou le manque de celle-ci n’a par conséquent jamais été une vraie préoccupation pour notre pays.

Cependant, la canicule de cet été, la continuation de celui-ci jusqu’à fin octobre, ainsi que la grande sécheresse qui a touché tout le pays nous montrent que cette situation pourrait changer. La tempête du 11 juin renforce ce sentiment d’insécurité climatique. Le dernier rapport du GIEC nous demande de contenir l’augmentation de la température moyenne mondiale à 1.5 C° pour éviter des catastrophes incommensurables. Or, avec l’inaction actuelle, on se dirige vers des scénarios de plus de 4 C°, en sachant que la Suisse sera touchée en moyenne de 2 C° supplémentaires par rapport à la moyenne mondiale.

Sachant que les glaciers suisses fondent à toute allure – 20% sur les dix dernières années – et que nous devrons faire face à des pénuries d’eau de plus en plus fréquentes, il nous semble opportun de poser les questions suivantes à la Municipalité, afin que nous puissions agir, à notre niveau, pour la préservation de la ressource essentielle qu’est l’eau. Ces questions viennent en complément du préavis 2017/35 et les réponses pourraient être intégrées dans “la stratégie de l’usage de l’eau dans la ville en préparation” (préavis 2017/28, conclusion 2)

  1. Quelle est la situation de l’eau de la Ville de Lausanne, suite à la sécheresse 2018 : quelles ont été les activités impactées (p. ex. agricoles, parcs) et il y a-t-il eu un plan d’action pour y pallier ?
  2. Quels effets la sécheresse de cette année a-t-elle eues sur les ressources en eaux souterraines de la Ville de Lausanne ?
  3. Malgré la grande sécheresse qui a sévi cet été jusqu’à fin octobre, il ne nous semble pas avoir vu de directives pour la préservation de l’eau, comme par exemple, éviter d’arroser son jardin, de laver ses voitures, éviter les bains, et d’autres activités non essentielles qui sont grandes consommatrices d’eau. Est-ce que de telles recommandations ont été émises et sinon pourquoi ?
  4. Est-ce que la Ville possède des réservoirs d’eau qui collectent l’eau de pluie ?
  5. Si non, est-ce qu’il serait envisageable d’en construire par exemple dans des parcs ou dans d’autres zones qui s’y prêtent ? Ou d’utiliser des tunneliers actuellement enterrés pour creuser des galeries de stockage d’eau ?
    Nous remercions la Municipalité pour ses réponses.
    Sara Gnoni
    Vincent Rossi

    1Bien que ne couvrant que 0,4% de la surface de l’Europe, la Suisse recèle 6% des réserves d’eau de celle-ci.
Intervention communale

Le développement durable de Lausanne

Intervention Préavis 2015/43

Ce rapport-préavis est important. Pas seulement parce qu’il s’agit en quelque sorte du dernier étage d’une fusée allumée il y a des lustres par notre Syndic Daniel Brélaz et qui met en orbite la stratégie du développement durable de la Ville de Lausanne. Mais parce que cette stratégie illustre, plus que tout, une vision caractéristique des Verts : une vision qui englobe le long terme, qui prend en compte les influences à l’échelle mondiale et qui vise les équilibres systémiques.

Vous le savez, les Verts ne font pas de la politique de court terme, ils pensent sur le temps long. Que ce soit lié aux enjeux énergétiques, particulièrement mis en avant dans ce préavis, ou liés à la fertilité du sol ou la respirabilité de l’air, ou encore lié au vivre-ensemble et au renouvellement de pratiques culturelles, nous estimons qu’il y a des sacrifices à ne pas faire pour garantir la qualité de vie de nos descendants.

Ainsi, ce rapport-préavis vient compléter un précédent préavis sur ce thème, le numéro 2012/03, Politique communale en matière de développement durable. A l’époque, ce Conseil avait accepté ce préavis mais refusé la réponse partielle au postulat Perrin et les Verts avaient demandé que la Ville nous présente une véritable stratégie énonçant 1) les défis clés relatifs au développement durable identifiés pour notre Ville, 2) les objectifs généraux que notre Muni veut se donner, 3) les indicateurs et outils de monitoring nécessaires et enfin 4) le déploiement dans l’administration pour la mise en œuvre.

Nous avons la satisfaction de voir le rapport-préavis d’aujourd’hui accompagné de riches annexes qui remplissent les trois premiers points que nous avions demandés. Le quatrième, la mise en œuvre, reste un peu flou mais est déjà en cours, comme le décrit la nouvelle réponse au postulat Perrin.

Enfin, ce préavis aborde deux thèmes liés au développement durable : les réponses aux postulats Mayor sur l’alimentation et Felli sur l’adaptation aux changements climatiques. Le fait que ces réponses soient inclues dans ce rapport-préavis tient de l’opportunité davantage que d’une pratique généralisable, car à ce moment pourquoi ne pas y mettre le tram, les chauffage à distance et les éoliennes ? Ces sujets sont également liés au développement durable. Peu importe, au fond, nous nous intéresserons au contenu de ces réponses en temps utile lors de la discussion.

Pour l’heure, je peux annoncer que notre groupe approuvera ce rapport-préavis et accordera une importance particulière aux annexes, qui ne doivent pas être considérées comme un décor mais comme un véritable héritage qui devra être porté par la prochaine Municipalité. C’est l’héritage d’un homme et de toute une équipe dont les Verts saluent ce soir le travail accompli.

Discussion Mayor

Les Verts sont très attentifs à la qualité de l’alimentation. D’une part nous sommes ce que nous mangeons. D’autre part nous pouvons consommer le produit de notre planète, mais il ne faut pas consommer notre planète elle-même. Ces notions méritent réflexion dans notre société du fast-food, de la course aux prix les plus bas, d’obésité infantile, des suicides paysans, de Cassis de Dijon, de déforestation, de lasagnes au cheval et de torture animale dans les abattoirs.

Avec ce regard, comment voyons-nous la réponse de la Municipalité au postulat Mayor ? Plutôt bien ! Le plan stratégique de restauration collective durable qui nous est proposé nous satisfait en grande partie et nous donne l’occasion, une fois encore, de saluer le travail accompli sur cet aspect de la durabilité.

Nous constatons cependant que la réponse qui nous est donnée ne mentionne pas, ou alors de manière trop indirecte, quelques points précis relevés par Mme Mayor : il s’agit de 1) la prévention envers les boissons sucrées, 2) la lutte contre le gaspillage de nourriture, 3) la réduction de l’utilisation des huiles issues de la déforestation, au premier rang desquelles on trouve l’huile de palme, et enfin 4) les efforts de conscientisation citoyenne par rapport à l’alimentation.

Nous allons néanmoins accepter la réponse et nous viendrons avec des propositions plus ciblées, si nécessaires, lors de la prochaine législature.

Discussion Felli

Les Verts déplorent le réchauffement climatique et demandent que des mesures soient prises afin de limiter ses conséquences néfastes. Par ailleurs, la notion de participation de la population est chère aux Verts. Il n’est cependant pas facile de voir comment ces deux notions peuvent être accordées pour répondre de manière satisfaisante au postulat de M. Felli. En tout cas, la réponse qui nous est donnée ne semble pas y parvenir.

Pourtant, nous aurions aimé avoir quelque chose de plus concret. Nous voyons deux axes majeurs prioritaires pour lutter contre les effets du réchauffement à notre échelle :

  • L’organisation de l’aide en cas de canicule ou de tempête, en faisant intervenir des acteurs locaux, les associations, les maisons de quartier, et pourquoi pas d’autres volontaires.
  • La végétalisation massive et l’élimination progressive des fours urbains, c’est à dire des lieux où les matériaux au sol et sur les parois, l’absence de verdure et de courants d’air se conjuguent pour former des poches particulièrement chaudes.

La réponse ne traite pas du premier point et ne montre pas de grande ambition sur le second. Au contraire, la Municipalité prévoit de détruire le dernier poumon vert du Flon pour y mettre une route, le barreau Vigie-Gonin, que nous avons toujours combattu. Et le projet de nouvelle Place de la gare ne comprenait à l’origine qu’environ 8 arbres en tout. Certes, ce projet va être amélioré sur cet aspect, mais il a au moins démontré que la végétalisation n’était pas un critère clé !

Laissons cet exemple et venons-en au fond : cette réponse ne nous donne pas l’impression que la Municipalité accorde assez d’importance aux enjeux considérés ici. Les Verts souhaitent savoir plus clairement comment Lausanne va appliquer les objectifs et actions décrits par l’OFEV dans les publications citées par la réponse. Nous ne serons donc, a priori, qu’une maigre majorité à accepter cette réponse.

Vincent Rossi, le 26 avril 2016