Intervention communale, Lausanne, Sophie Michaud Gigon

Sophie Michaud Gigon quitte le Conseil communal

Madame la Présidente,

il y a 12 ans jour pour jour, j’étais assermentée au sein de notre Conseil. Aujourd’hui, c’est avec émotion que je vous remets ma lettre de démission.

Amoureuse des institutions politiques, je suis convaincue que les personnes qui s’y engagent sont des personnes qui contribuent au mieux vivre ensemble et qui sont au niveau communal mues par la volonté de participer à la bonne marche de leur lieu de vie.

La politique, c’est aussi la chose la plus chronophage qui soit ! Car derrière tout ce qui se voit au Conseil, il y a parallèlement ces échanges, cette vie de parti, ces discussions… Vouloir rentabiliser le temps investi en politique, c’est comme vouloir entrer dans du 36 quand on fait du 42 : une mauvaise idée. Bref, la politique exige de notre part à toutes et tous forcément un peu de passion.

Et de la patience ! Ah, la patience… Peut-être du reste que dans une cinquantaine d’années, on aura une place des Bergières et qu’on y apposera une plaque “SQUARE de l’enquiquineuse Sophie Michaud Gigon”, comme reconnaissance à titre posthume (quoique, 50 ans, ça m’a l’air quand même un peu serré).

En 12 ans, j’ai travaillé pour mon quartier et pour la qualité de vie dans ma ville, en touchant à tous les domaines : sport, santé, écoles, pollution de l’air, politique régionale, logements, économie locale, aménagements extérieurs et lieux de vie, etc.

J’ai ainsi eu l’impression qu’on peut finalement faire beaucoup en faisant preuve de bon sens, en investissant aux bons endroits, en créant du lien et en partageant l’adage que là où on habite, eh bien on s’y engage. Quel que soit la forme de l’engagement finalement.

Nous avons la chance dans ce Conseil d’avoir affaire à une Municipalité de grande qualité, et le rythme effréné auquel les astreint la gestion d’une ville comme Lausanne est coloré par nos interventions plus ou moins dans la cible, qu’ils accueillent avec professionnalisme, teinté d’un certain fatalisme face à nos exigences multiples – mais souvent légitimes, bien sûr. Ce Conseil joue son rôle et le groupe des Verts n’est pas en reste, je l’avoue, avec un brin de fierté.

En quittant le Conseil communal, je quitte donc une famille. J’ai tissé des liens avec des collègues de tous les partis, de gauche à droite, et développé même de belles amitiés avec certaines et certains d’entre vous; ce qui nous a réuni au fil des ans, ce ne sont pas forcément nos positions politiques mais des valeurs humaines, un lien affectueux particulier au-delà des attaches partisanes.

Après 10 ans de lobbying fédéral en faveur de la nature et de l’environnement, puis en faveur des consommateurs, je poursuis dès décembre mon travail à Berne en tant que Conseillère nationale, tout en le combinant avec mon poste à la FRC. Gageons que je ne pourrai pas – comme dans notre Conseil – y défendre mes projets, un bonnet de water-polo vissé sur la tête, et que cette liberté me manquera. Comme vous tous d’ailleurs me manquerez.

Mais nous nous reverrons, car Lausanne reste ma ville, comme elle est la vôtre.

Madame la Présidente, chères et chers collègues, chère Municipalité, cher Monsieur Tétaz, il ne me reste plus qu’à vous remercier pour ces 12 années, à vous demander de transmettre mes remerciements à l’administration communale, et à vous souhaiter de continuer à mener les affaires de notre ville avec passion et tambour battant.

Sophie Michaud Gigon

Feuille verte, Lausanne

La gratuité des transports publics: la balle en argent du transport durable ?

La notion de service public appliquée aux transports fait couler beaucoup d’encre, depuis l’émergence des compagnies ferroviaires, leur nationalisation, puis les lignes de tramway ou bus urbains, les cars postaux, etc… Ces modes de transport collectifs permettent de rationaliser beaucoup de paramètres, notamment les frais et la charge mentale de la conduite (un seul conducteur pour plusieurs dizaines ou centaines de personnes), l’emprise spatiale, et finalement les ressources (énergie directe ou énergie grise). La concurrence directe est le transport individuel, incarné par le transport individuel motorisé (TIM) et la sacro-sainte voiture couronnée au XXème siècle. La politique suisse des transports a permis de fortement développer les deux modes, collectifs et individuels, publics et privés avec toutefois des effets indésirables massifs causés par la pollution (chimique, sonore) et une consommation de sol importante.

A l’heure de l’urgence climatique, et dans un pays fortement motorisé comme la Suisse, nos autorités font preuve d’un somnambulisme routier catastrophique en maintenant des projets routiers pharaoniques. Or la quantité d’émissions de gaz à effet de serre découlant du transport est la seule à ne pas diminuer en Suisse. Comme cité plus haut, une planche de salut se situe sur le report modal de la route vers le rail/bus/métro, ou même des modes encore plus doux (marche, vélo). Une idée revient donc sur la table : enlever l’argument du prix et rendre les transports publics gratuits pour les usagers.

De nombreux arguments en faveur de la gratuité existent. L’accès à ces modes de transports publics serait ainsi égalitaire et solidaire à travers toutes les classes de revenu de la population. La concurrence serait claire et directe avec les frais fixes que représentent l’entretien et la possession d’un véhicule privé. Les ressources consacrées aux frais de perception, de gestion, d’entretien des automates à billet, au personnel de contrôle peuvent être affectées directement aux prestations ou à d’autres aménagements. L’accès facilité aux transports publics permet de soutenir le commerce, ou constitue une facilitation pour les touristes, qui actuellement galèrent à comprendre la structure tarifaire complexe. Il s’agit surtout de contrecarrer l’argument massue du prix, et surtout le désavantage de payer à chaque prise de transport (en amont), par rapport aux coûts « retardés » du TIM.

Toutefois, d’autres arguments viennent ternir ce tableau. La gratuité peut avoir comme effet une hausse des déprédations et incivilités, combiné à une perte de confort en cas de hausse soudaine de l’affluence en décalage avec l’augmentation des capacités (ces dernières nécessitant des achats, investissements et autres procédures longues). Plusieurs études indiquent que le report modal se produit plutôt des piétons et des modes doux vers les transports publics que d’un report modal TIM sur les transports publics. Si ce report de la voiture vers les transports publics s’effectue, même de manière mineure, et qu’aucun accompagnement n’est fait (réaffectation de la voirie, par exemple), la fluidification du trafic routier induit un effet rebond en rendant le trajet en TIM plus agréable et plus rapide qu’un bus ou un tram bondé. Finalement, les frais supplémentaires causés par la gratuité pourraient retarder ou rendre impossible des investissements lourds dans le développement de l’offre.

Finalement, au-delà de cette bataille d’arguments, se pose une montagne de questions quant aux modalités et à l’échelle spatiale ou temporelle à considérer. En effet, faut-il rendre les transports publics gratuits partout dans le canton, tout le temps, pour tout le monde, ou doit-on partir sur des offres plus ciblées, par exemple à l’échelle de l’agglomération Lausanne-Morges, ou au contraire sur des régions moins bien desservies ? Doit-on fournir la gratuité aux ménages modestes uniquement, aux jeunes, aux retraités ? Peut-on imaginer de combiner des dimanches sans voiture avec la gratuité des transports publics, ou comme c’est le cas à Morges de combiner marché local et gratuité des transports (le sac de course sert de billet). Le mode de financement est également déclinable en plusieurs versions, du tout public (financé entièrement par l’impôt) jusqu’à des financements mixtes en taxant les entreprises, notamment celles qui ne disposent d’aucun plan de mobilité. Comment se chevillerait la combinaison avec une politique de renchérissement ou de découragement de l’usage des TIM ? Doit-on réellement encourager les citoyens à effectuer des distances immenses, même si ces distances sont parcourues dans des transports en commun, ou doit-on développer une politique plus concrète de réduction des parcours, via une politique du logement et d’aménagement du territoire digne de ce nom ?

Pour débattre de ce thème et des scénarios à soutenir ou promouvoir, les Vert·e·s vaudois·es organisent un comité élargi le 13 novembre, à Lausanne. Si ce thème vous intéresse, c’est la soirée à ne pas manquer !

Benjamin Rudaz

Alice Genoud, Anne Berguerand, Benjamin Rudaz, Daniel Dubas, Intervention communale, Lausanne, Valéry Beaud, Vincent Rossi, Xavier Company

Le barreau Vigie-Gonin et le tram

Interpellation urgente

Le barreau routier Vigie-Gonin retardant encore le tram, il est temps de proposer des alternatives respectueuses du climat et de la biodiversité
Depuis 2011, tout en soutenant fermement le projet de tram Renens-Gare – Lausanne-Flon (t1), les Verts lausannois, ainsi qu’Ensemble à Gauche, ont régulièrement critiqué la mesure d’accompagnement consistant à construire un barreau routier entre la Rue de la Vigie et l’Avenue Jules-Gonin au travers et au détriment de la forêt du Flon. Au fil des années, nous sommes intervenus à plusieurs reprises au sein du Conseil communal de Lausanne (question écrite, interpellations, postulat et débats dans le cadre des préavis) pour tenter de ramener les autorités à la raison, proposer des alternatives à la construction de cette nouvelle route en plein centre-ville et demander que ces alternatives soient sérieusement étudiées afin de trouver une solution réfléchie plutôt qu’imposée par manque d’information. Malheureusement, tant la Municipalité que le Conseil communal ne nous ont pas suivis, estimant notamment, à tort, qu’examiner des alternatives allait entraîner un retard des travaux et de la mise en service du tram.

Il y a un peu plus d’une année, les Verts lausannois et Ensemble à gauche s’étaient par contre félicités 1 de l’arrêt du Tribunal administratif fédéral (TAF) du 2 février 2018 2 , par lequel, en substance, le TAF validait l’autorisation de construire pour le tram et le bus à haut niveau de service (BHNS) attendus depuis de nombreuses années et indispensables pour notre politique de mobilité, tout en renvoyant le projet routier du barreau Vigie-Gonin à une procédure ad hoc, estimant que l’Office fédéral des transports (OFT) n’était pas compétent pour valider cette mesure d’accompagnement, faute de lien suffisamment étroit entre les deux infrastructures (ferroviaire et routière).

Les transports publics lausannois (tl) ont fait recours au Tribunal fédéral (TF) contre cette décision du TAF, retardant d’autant le début des travaux du tram. Là encore, lors du débat, les Verts lausannois et Ensemble à Gauche ont regretté cette volonté des tl de recourir, portant ainsi préjudice à leur propre projet de tram. La décision du TF est tombée le 8 mai 2019 et, par 3 juges contre 2, il a annulé la décision du TAF et renvoyé le dossier à cette autorité pour examiner la validité des plans routiers du barreau Vigie-Gonin. Nous accueillons cette dernière décision avec un certain regret, car elle est la pire qui pouvait arriver : celle qui retarde encore le plus le projet de transports publics. Avec encore au minimum un temps de traitement de 18 mois devant le TAF, puis à nouveau une douzaine devant le TF en cas de nouveau recours, suivi de 4 à 5 ans de travaux, le tram n’arrivera donc vraisemblablement pas avant 2027 à la Place de l’Europe.

Dans le courant de l’été, le Tribunal a publié les considérants des arrêts rendus à ce sujet (il y en a quatre au total, dont un principal : l’arrêt du Tribunal fédéral 1C_125/2018 du 8 mai 2019), ce que nous attentions notamment avant de demander l’urgence à cette interpellation, afin de permettre à la Municipalité de nous répondre en toute connaissance de cause. Le TF retient en substance que la décision du TAF était trop formaliste et qu’il fallait admettre la compétence de l’OFT à valider les plans routiers, de même que de retenir que tel avait été le cas. En plus de cet élément purement formaliste, le TF a admis qu’il existait un lien suffisant entre le barreau routier et le projet de tram, qui nécessitait de les examiner en commun. Il a donc été renvoyé au TAF pour que celui-ci examine juridiquement « les problématiques liées au défrichement et aux expropriations nécessaires à la réalisation de cet ouvrage », ainsi que la validité et la proportionnalité de cette nouvelle route. Toutefois, les seules études évoquées par le TF pour indiquer la (prétendue) surcharge du carrefour Chauderon- Sud datent de 2010, 2012 et 2013, puis une note de 2014 qui indiquerait une charge de 90% avec les mesures de compensation (dont la rampe en question) et non plus de 100% comme retenu en 2012… alors que nous sommes bientôt en 2020 !

Il existe une voie qui permettrait de mettre fin à ces procédures judiciaires dommageables, qui ne font que retarder la mise en service du tram : démarrer les travaux du tram et des BHNS sans délai, puisqu’ils sont maintenant validés par les instances judiciaires, et rechercher une alternative concertée avec les opposants au barreau Vigie-Gonin plutôt que de porter à nouveau le même dossier devant les tribunaux, raccourcirait possiblement la mise en service du tram.

En effet, le nouveau jugement à venir devant le TAF est relativement imprévisible. Etant donné qu’il impacte la forêt, le projet de barreau doit être conforme à l’article 5 de la Loi fédérale sur les forêts (LFo), qui part du principe que tout défrichement est interdit (le défrichement étant un des éléments expressément mentionné par le TF comme devant être examiné par le TAF, à son considérant 4.4). Pour qu’une autorisation puisse être accordée à titre exceptionnel, il faut répondre à deux conditions impératives : un intérêt prépondérant, ce qui semble être accordé par le récent jugement du TF qui lie le projet routier à celui du tram, mais aussi la preuve que l’ouvrage pour lequel le défrichement est sollicité soit indispensable et ne puisse être réalisé qu’à l’endroit prévu. Cette démonstration ne sera pas des plus faciles à faire pour les porteurs de projet, car comment démontrer en 2019 que le barreau Vigie-Gonin est nécessaire et qu’aucune alternative ne soit possible hors de l’aire forestière?

Il est utile de rappeler que lors de la demande de concession ferroviaire du 15 mars 2010 pour le tram t1, la liaison routière Vigie-Gonin ne figurait pas dans le projet. Les études de trafic avaient alors démontré que le tram était réalisable sans elle. Ce n’est que le 16 décembre 2010 qu’il a été ajouté, parce qu’il constituait l’accès à un futur tunnel routier imaginé sous Saint-François. L’ajout du barreau Vigie-Gonin dans le projet de tram a alors été imposé aux tl. De nouvelles études de trafic ont été réalisées, démontrant cette fois-ci l’utilité de cette liaison.

Mais aujourd’hui, les choses ont changé, nous sommes en 2019! D’une part, le Plan directeur communal (PDCom) a fort heureusement supprimé toute référence à un éventuel futur tunnel sous Saint-François dans sa version finale. D’autre part, plus le temps passe, moins le barreau Vigie-Gonin ne sera nécessaire. En effet, le taux de motorisation des Lausannois continue sa décroissance et les parts modales des transports publics et de la mobilité douce continuent à augmenter. Les études de trafic ayant conclu à la nécessité du barreau Vigie-Gonin sont de surcroît trop vieilles et ne prenaient même pas en compte les développements futurs de l’offre en transport public, comme le métro m3, qui, les années passant, va finalement se réaliser très peu de temps après le tram t1, diminuant significativement le trafic au carrefour Chauderon Sud. De nouvelles études doivent donc être réalisées sur la base des données actuelles et du retour d’expérience très positif des monitorings réalisés lors de récentes fermetures provisoires de tronçons routiers (Pont Chauderon et Vieux-Moulin), qui ont montrés un intéressant phénomène d’évaporation du trafic. Tout cela devrait naturellement conduire à renoncer au barreau routier Vigie-Gonin, économisant des millions de francs et sauvant un poumon vert du centre-ville.

La Municipalité vient par ailleurs d’établir un rapport-préavis 2019/30 qui sera prochainement soumis à l’approbation du Conseil communal, pour une politique climatique et l’élaboration d’un plan climat. La sortie de ce rapport-préavis constitue la deuxième raison de la demande d’urgence de cette interpellation, compte tenu de l’urgence aux mesures climatique qu’il implique, et à la place qu’il donne au patrimoine arboré, comme base de compensation (« puit ») carbone, mais aussi de barrière climatique citadine pour lutter contre les canicules toujours plus importantes.

Il est aussi utile de rappeler que l’arrêt du TAF de l’an dernier avait débouté des opposants sur toute la ligne à propos de la diminution de l’accès routier au centre-ville et du nombre de places de stationnement.

Enfin, il faut encore relever que la réalisation du barreau Vigie-Gonin est contraire avec la politique de mobilité durable que les autorités cantonales et communales ont elles-mêmes inscrits dans le Plan directeur cantonal (PDCn), le Projet d’agglomération Lausanne-Morges (PALM), le nouveau Plan des mesures OPair 2019 de l’agglomération Lausanne-Morges ou le Plan directeur communal (PDCom) de Lausanne.

Alors que la quasi-totalité des partis politiques a fait de la protection du climat et de la biodiversité leur priorité en cette année électorale, il est temps de passer à l’action et de prouver que ce ne sont pas là que des mots, mais que des actes concrets et locaux doivent suivre, à commencer par la préservation de la forêt du Flon et le renoncement à une route supplémentaire en plein centre ville. L’urgence climatique décrétée par le Canton de Vaud, ainsi que les postulats déposés au Conseil communal de Lausanne et renvoyés à la Municipalité concernant un Plan climat,ainsi que l’urgence climatique, permettront aussi de fixer des exigences claires en terme de protection du climat pour la Ville de Lausanne.

Sur la base des éléments présentés ci-dessus, l’objet de cette interpellation est de poser les questions suivantes à la Municipalité :

  1. La Municipalité peut-elle préciser les prochaines étapes prévisibles de la procédure et le calendrier indicatif associé ?
  2. Est-ce que dans l’attente du futur jugement du TAF, de nouvelles études de trafic ont été ou vont être réalisées, notamment en tenant compte du M3 et sans le barreau Vigie-Gonin ?
  3. Est-ce que dans l’attente du futur jugement du TAF, des alternatives au barreau routier Vigie-Gonin ont été ou vont être étudiées ?
  4. En fonction du résultat de ces études, la Municipalité est-elle prête, le cas échéant, à renoncer à la réalisation du barreau Vigie-Gonin et à la destruction de la forêt du Flon ?
  5. Existe-t-il un « plan B » notamment au cas où le TAF devait refuser la réalisation du barreau Vigie-Gonin au travers de l’aire forestière ?
  6. Comment la Municipalité explique-t-elle les différences ressortant des deux études de trafic de 2010 relatives aux mesures d’accompagnement du tram, l’une indiquant que la réalisation du tram était possible sans la liaison routière, l’autre non ?
  7. Au vu des années qui passent et de l’évolution constatée de la mobilité à Lausanne, la Municipalité n’estime-t-elle pas que l’étude qui a été réalisée pour démontrer l’utilité de la liaison routière Vigie- Gonin est dépassée et qu’il serait pertinent de mettre à jour les études de trafic qui ont abouti au choix du barreau Vigie-Gonin, d’autant que le tram ne devrait pas être mis en service avant 2027 ?
  8. La Municipalité est-elle prête à tout faire pour que la réalisation du tram Renens-Gare – Lausanne- Flon (t1) démarre dès que possible et ne soit pas retardée davantage ?
  9. La Municipalité est-elle prête à tout faire pour que la mise en service du bus à haut niveau de service (BHNS) Prélaz-les-Roses – Saint-François démarre dès que possible et ne soit pas retardée davantage ?
  10. La Municipalité n’est-elle pas d’avis, compte tenu de la longueur des procédures judiciaires vers lesquelles on se dirige encore, que la proposition et la mise à l’enquête dès que possible d’une alternative au barreau Vigie-Gonin pourrait potentiellement permettre une réalisation plus rapide du tram dont l’agglomération lausannoise a besoin ?
  11. Au vu de la prise de conscience généralisée et scientifiquement prouvée de l’urgence climatique, dont il est fait état dans le rapport-préavis 2019/30, la Municipalité n’estime-t-elle pas qu’il serait opportun d’éviter la construction d’une nouvelle liaison routière en plein centre-ville en lieu et place d’une aire forestière?

Xavier Company, Valéry Beaud, Benjamin Rudaz, Alice Genoud, Daniel Dubas, Vincent Rossi, Anne Berguerand

1Interpellation urgente de Valéry Beaud et crts « Le tram passe, la rampe trépasse ! » du 6 mars 2018 ; Interpellation urgente de Johann Dupuis et crts « Le barreau Vigie-Gonin : quel plan B pour cette liaison routière ayant échappé à tout contrôle démocratique ? » du 6 mars 2018
2A-2465/2016, https://www.bvger.ch/dam/bvger/fr/dokumente/2018/01/Arrêt%20A-2465-2016.pdf.download.pdf/A-2465-2016_WEB.pdf

Feuille verte, Lausanne

La forêt et le tram

Nous ne perdons pas espoir pour la forêt du Flon à côté du tram !

Comme vous le savez, depuis plusieurs années, les Verts maintiennent la pression sur la Municipalité et sur le Canton pour débuter au plus vite les travaux du tram, trouver une alternative au barreau Vigie-Gonin (qui est sensée être construit à la place de la forêt du Flon) et ainsi sauver la forêt. Vous trouverez notamment ici notre interpellation de 2018 qui faisait suite à la décision du Tribunal administratif fédéral qui annulait la rampe, estimant que les procédures d’acceptation n’était pas conformes ; et la résolution que nous avons réussi à faire accepter au Conseil communal de Lausanne (qui est, dans sa majorité, plutôt en faveur de la rampe routière pour l’instant, mais nous sommes toujours déterminés à faire changer cela) : «le Conseil communal souhaite que la Municipalité intervienne auprès du Canton et des tl pour que débutent sans attendre les travaux du tram Renens-Gare – Lausanne-Flon (t1), du bus à haut niveau de service (BHNS) Prélaz-les-Roses – Saint-François et du garage atelier (GAT) ». Le but était en effet d’insister pour que la Municipalité fasse son possible pour débuter les travaux du tram, très attendus tant par les Lausannois-es que par les habitants de l’Ouest lausannois, dès que possible et malgré les recours au Tribunal fédéral pour les aspects relatifs à la rampe Vigie-Gonin.

En 2019, suite à la décision du Tribunal fédéral qui a annulé la décision précédente du tram (en retenant que les procédures liées à la route étaient conformes, mais qu’il fallait maintenant examiner le fond, soit le fait que la route puisse bien être construite et que toutes les conditions étaient réalisées pour cela), nous avons renchéri avec une nouvelle interpellation et un nouveau communiqué de presse. L’objectif, une fois encore et malgré la mauvaise nouvelle judiciaire, est de débuter sans tarder les travaux du tram, pour une mise en service la plus rapide possible (dès lors que le tram, en lui-même, a été formellement et juridiquement validé par les Tribunaux), tout en examinant des alternatives pragmatique, judiciaire et qui tiennent compte de l’urgence climatique, pour préserver la forêt et éviter la construction d’une nouvelle route en plein centre ville, qui ferait office de pénétrante urbaine nocive à notre sens. Il convient aussi, selon nous, de réaliser de nouvelles études de circulation pour examiner l’opportunité des mesures de compensation du tram, dès lors que celles d’origine datent de 2012 et ne tiennent pas compte du M3, par exemple, qui verra le jour quasiment en parallèle.

Une nouvelle interpellation, urgente, sera déposée le 8 octobre suite à la réceptions des considérants des quatre arrêts du Tribunal fédéral et à la publication du préavis «Plan Climat» de la ville de Lausanne, afin que la Municipalité réponde sans délai à nos questions et démarre ainsi les réflexions nécessaires. Au niveau cantonal, une intervention verte pour démarrer sans délai les travaux du tram attend encore une réponse de la part du Conseil d’Etat.

Le but est toujours le même : malgré les procédures juridiques en cours, tout faire pour exiger de la Municipalité et du Canton qu’ils examinent des alternatives au barreau et qu’ils construisent le tram dès que possible sans cette rampe routière. Pour l’instant, c’est dans cette perspective que nous œuvrons car nous croyons toujours qu’une solution politique peut être trouvée, alors que le Canton annonce un Plan climat depuis des mois, sans en montrer la couleur, la Ville vient de faire des annonces prometteuses avec notamment une volonté de neutralité carbone d’ici à 2030 et l’abandon de toute électricité de provenance nucléaire et fossile dès 2020.

Même s’il est évident que le tram n’aurait pas dû être mêlé à ce défrichement, et les procédures différenciées dès le début, nous devons continuer d’exiger une solution politique et juridique en ce sens. Comment pourrions-nous légitimement prétendre nous battre pour le climat mondial si nous ne sommes pas capables de protéger les arbres de notre ville? La protection du climat se joue à tous les niveaux et il en va de la cohérence de la Ville et du Canton de montrer un soutien réel à la vague qui soulève les foules depuis plusieurs mois en préservant cette forêt centenaire et en invitant les fans du bitume et de la voiture en ville à utiliser les nouveaux transports publics de qualité.

Alors si vous pouvez, et voulez, nous aider dans cette campagne, c’est avec plaisir : en route pour un parlement fédéral plus vert·e·s et qui défende de la nature !

Xavier Company

Intervention communale, Lausanne, Xavier Company

Pour un meilleur suivi des participations financières de la Ville

Intervention – Rapport-préavis N° 2018/20

Quel soulagement lorsque nous avons reçu ce rapport-préavis, et surtout ce règlement !
Je l’avais évoqué lors des débats sur les distribution de “bonus” dans l’affaire Tridel, il nous faut des règles claires, transparentes, ainsi qu’une assurance pour la Municipalité et notre Conseil, non seulement des décisions que prennent les représentant de la Ville dans les conseil d’administrations (ou autres organes similaires): par exemple par le biais des lettres de mission (prévue par la directive présentée), mais surtout un retour adéquat de ce qu’ils s’y passent par des rapports réguliers avant les assemblées générales (également prévue)… deux choses que M. Français ne semble pas avoir fait dans le cas Tridel, par exemple, mais je ne ré-ouvre pas le débat.

Tout ça pour dire que la directive complète que nous présente la Municipalité aujourd’hui est aussi satisfaisante qu’elle était attendue. La faute n’est pas à la Municipalité actuelle, ou pas uniquement, puisque les premiers postulats déposés à ce sujet datent d’il y a près de 10 ans et émanent tant des Verts, que du centre, que de la droite de ce Conseil. Mais il est clair aussi que le bon travail qui a été fait nécessitait non seulement la rédaction de cette directive mais aussi, et surtout, de faire le point sur les participations de la Ville et leur organisation par la Municipalité, ce qui est résumé dans le rapport-préavis qui nous est présenté aujourd’hui.

Dans cette satisfaction globale, un point sensible nous semble toutefois indispensable à relever : bien qu’on aie maintenant un cadre clair pour la gestion des participations financières de la Ville, la création de sociétés anonymes doit être une exception pour la Ville. En effet, la structure même prévue par le Code des Obligation pour la SA sous-entend une non-transparence, et des obligations de diligences et de fidélité des administrateurs pour préserver les secrets commerciaux. Dès lors, même si nos Municipaux pourraient être informés en tant qu’administrateurs, cela n’est pas le cas pour notre Conseil qui perd donc un grand contrôle sur les activités de la Ville gérées par des SA. Dans ce sens, la création de ces structures doit être limitée aux cas absolument nécessaires pour ne pas vider la surveillance que nous pouvons avoir, en tant que pouvoir législatif, et malgré les bons outils qui nous sont présentés ce soir.

Après ce petit appel à la Municipalité, nous soutiendrons naturellement ce bon rapport préavis et nous réjouissons de la mise en place rapide de cette nouvelle directive.

Xavier Company

Feuille verte, Lausanne

Le temps nous donnera raison

Tous les indicateurs sont au vert. Les sondages préconisent une vague verte aux élections fédérales. On dit que nous dépasserons les 10% et que les autres partis s’empressent de se verdir pour ne pas manquer le train. A la radio, on dit même que, quoi que nous fassions, les Vert·e·s gagneront ces élections dans le Schlafwagen (wagon-lit). Il faudra peut-être un peu plus pour en arriver là: l’engagement non seulement de nos candidat-e-s dans les médias, les débats et sur le terrain, mais aussi celui de nos militant-e-s dans la rue jusqu’au 20 octobre, et au-delà, car il faudra certainement un deuxième tour pour regagner le siège aux Etats.

Mais il est certainement vrai que les Vert·e·s sont comme jamais synchrones avec les mouvements sociaux de ce pays, voire même du continent, autant avec le mouvement écologiste qu’avec le mouvement féministe qui réclame cette égalité longtemps promise mais jamais obtenue. Car le climat n’est pas notre préoccupation de hier, il est constitutif de notre mouvement. Longtemps, nous avons été minorisés, ignorés, moqués, parfois insultés, mais nous tenions fermes, car au fond, nous pensions : «Le temps nous donnera raison». Longtemps, les gouvernements ont ignoré aussi l’avis quasi unanime de la communauté scientifique. Il a fallu une adolescente têtue pour réveiller le continent et reconnaître l’urgence. Maintenant, ce temps est venu.

Je pense que vous êtes d’accord que sur ce sujet là – l’urgence climatique – on aurait préféré ne pas avoir raison. Car le temps court. On n’est plus dans une logique de transformation douce vers une économie un peu plus verte, un peu plus circulaire, un peu plus respectueuse. Il ne nous reste plus que quelques années pour éviter que cette terre ne devienne inhabitable, et actuellement, le train roule à plein régime dans le mauvais sens.

Les premières mesures vont être plutôt faciles à mettre en oeuvre. Il y a un grand potentiel d’économie d’énergie dans la mobilité et dans le bâtiment. Le solaire a un grand potentiel qui attend d’être exploité. Mais ces mesures ne suffiront pas. Il faudra aussi agir sur notre empreinte à l’extérieur de la Suisse. Les banques suisses incitent à elles-seules, via leurs investissements, une production de CO2 qui dépasse celle du pays.

Il faudra faire des choix. La politique de la responsabilité individuelle n’a pas porté ses fruits, car le climat est un bien public. Il faudrait arrêter de brûler des énergies fossiles, mais les puits tournent encore à plein régime: les industries canadiennes continuent à exploiter les schistes et des pauvres Malaysiens fouillent même la terre de leurs propres mains pour extraire quelques litres de pétrole par jour. Le protocole de Kyoto date de 1992, mais c’est dans les trente dernières années qu’on a émis plus de la moitié des émissions de CO2 de l’énergie fossile. Actuellement, on est plutôt du côté du problème que de celui de la solution.

Pour ces mesures, il faudra des majorités. Dans le scénario optimiste, les Vert·e·s dépasseront les 10%. On est loin de la majorité. Il faudra donc trouver des alliances. Il faudra donc aussi travailler avec des partis qui veulent aller moins vite, qui ont d’autres idées, s’ils ne s’approprient pas simplement les nôtres, ou qui ont des motivations opportunistes. Tout ceci est bon à prendre, on peut agir bien pour de mauvaises raisons, si seulement on avance à temps avec des mesures concrètes.

Le rôle des Vert·e·s dans ce processus politique est majeur. Les mouvements sociaux et le monde politique attendent que nous soyons la principale force de proposition, ce qui implique un travail de réflexion, de conception et de négociation, pour lequel il faudra mettre des ressources. Nous n’allons plus être ignorés, mais de nouveau être minorisés, moqués, insultés et devrons encore et toujours tenir ferme, pour que parfois nos idées passent. Et nous devons aussi, et surtout, veiller à ce que ces mesures soient compatibles avec la cohésion sociale, qu’elles soient justes et supportables, pas seulement pour la nature, mais aussi pour les humains. Si on n’intègre pas tout-e-s les citoyen-ne-s dans ce processus, la première victime du dérèglement climatique sera notre société et le vivre-ensemble tel qu’on le connaît.

Matthias Bürcher

Intervention communale, Lausanne, Xavier Company

Jusqu’où peut aller la police ?

Interpellation urgente

Comme cela devient maintenant une habitude annuelle, l’été 2019 a à son tour été celui de tous les records. Des températures maximales jamais atteintes ont été dépassées dans à peu près toutes les grandes villes européennes, dont Lausanne où la canicule a marqué la ville tout l’été. D’un pôle à l’autre, le dérèglement climatique se fait sentir toujours plus fort et l’urgence résonne dans les rues par les milliers de manifestants se
mobilisant régulièrement depuis maintenant plusieurs mois.

De nombreux mouvements et initiatives citoyennes lancent dans ce cadre des actions dans le but de souligner l’urgence climatique dans laquelle nous nous trouvons et de mobiliser les citoyens comme les politiques. Parmi eux, le groupe d’envergure internationale « Extinction Rebellion » a fait parler de lui par des actions de désobéissance civile pacifiste, notamment par des actions de blocage de routes temporaires. Bien que jouant avec les limites de la loi, ils n’ont jamais fait preuve de violence et le message qu’ils véhiculent est clair : il y a urgence climatique et nous devons toutes et tous agir maintenant. Pas demain, pas après-demain, mais maintenant.

C’est d’ailleurs ce même message que le Conseil communal a lancé en fin d’année politique en renvoyant à la Municipalité le postulat « Urgence climatique : il est temps d’avancer au rythme exigé par la science ».

Toutefois, cela n’empêche pas les activités d’Extinction Rebellion de constituer de la désobéissance civile et d’être, selon les normes actuelles, illégales. Les membres du mouvement en sont conscient-e-s et savent qu’ils risquent notamment des amendes en participant à ce genre de rassemblements, quand ils ne sont pas autorisés. Ils savent également qu’ils risquent d’être dispersés ou empêchés de réaliser leurs actions.

Dans d’autres villes suisses (notamment Bâle et Zurich), des activistes ont manifesté devant les locaux de grandes banques, voulant attirer l’attention du public sur les investissements dans les énergies fossiles qu’elles réalisaient et l’impact climatique qu’elles créent ainsi, impactant particulièrement négativement le climat mondial.

Or, malgré un but des plus compréhensibles et une non-violence affirmée du mouvement, la réaction policière lors de ces actions a été bien plus marquée que par le passé. Outre des arrestations et des poursuites pénales, une nouvelle pratique semble s’être installée à cette occasion puisque les polices bâloises et zurichoises auraient gardé en détention préventive les activistes durant 48h et procédé à des prélèvements systématiques d’ADN.

En soutien à ces activistes et pour continuer de dénoncer l’inaction face à la crise urgente à laquelle nous faisons face, le 25 juillet au matin, un groupe d’une cinquantaine d’activistes a bloqué une route aux abords du Crédit Suisse sur l’avenue Benjamin- Constant à Lausanne, durant deux fois 7 minutes. Loin d’être cachée, cette action a été annoncée à l’avance sur les réseaux sociaux – ce qui a mené la Police municipale à intervenir pour y mettre fin immédiatement. Ceci alors que toutes les actions menées par ce groupe avaient été tolérées jusque-là. Mais la nouveauté ne s’est pas arrêtée là.

Toutes les identités des activistes ont été contrôlées. Huit ont été arrêtés durant plusieurs heures, emmenés au poste de police, fouillés entièrement, à nu, sans toucher rectal mais « les militants ont dû, une fois leur bas enlevé, « se pencher en avant » pour contrôle » 1 et interrogés avant d’être relâchés. La Police municipale aurait même demandé à prélever leur ADN, sans toutefois les y contraindre. La seule réponse que nous avons jusqu’ici sur ces arrestations est qu’elles auraient été réalisées « sur la base d’observations » 2 . Bien que des rumeurs d’actions coordonnées, ou de directives données aux polices de différentes villes circulent, la police lausannoise les nie estimant avoir agit « sans ordre politique pour intervenir » 3 .

Il est ici rappelé que l’action policière doit impérativement être proportionnée, c’est à dire de résulter d’une pesée complète des intérêts publics et privés en cause. Les mesures à disposition de la police sont nombreuses pour faire respecter l’ordre public, allant de la simple présence (comme c’est le cas actuellement pour le deal de rue à Lausanne), à l’arrestation provisoire (jusqu’à 12h sans ordre du Ministère Public), en passant par le contrôle d’identité ou l’interrogatoire. Quand aux tests ADN ils doivent être demandés par le Ministère public et autorisés par le Tribunal des mesures de contraintes, conformément aux articles 255 ss du Code de procédure pénale, au vu de l’atteinte considérable que cela représente pour la personnalité du prévenu.

Il est également rappelé que de nombreuses manifestations récurrentes sont tenues à Lausanne sans autorisation et ne mènent à aucun contrôle d’identité, aucune arrestation, ni encore à la mise à disposition d’une force policière importante aux frais du contribuables lausannois (puisque les « organisateurs » de telles manifestations ne sont pas connus). Nous mentionnons par exemple les déplacements de supporters de football adverses à travers toute la ville pour se rendre à la Pontaise, ou les célébrations pendant les compétitions internationales de football dans toute la ville et en particulier sur la Place St-François, bloquée et arrosée de klaxons.

Ces faits, et la disproportion de l’action policière qui semble avoir été menée contre des objecteurs civils luttant pour une cause d’intérêt public, mènent les interpellatrices et interpellateurs à poser les questions suivantes à la Municipalité :
1) Quelles sont les infractions reprochées aux militants d’Extinction Rebellion pour les faits du 25 juillet 2019 ?
2) Qui a pris la décision d’intervenir, d’arrêter et de détenir préventivement les activistes lors de cette manifestation ?
3) Si aucun-e Municipal-e n’est à l’origine de cette décision, tel que cela semble ressortir des déclarations du porte parole de la Police de Lausanne (« sans ordre politique pour intervenir » 4 ), un membre de la Municipalité était-il/elle au courant de cette intervention et des mesures prévues ?
4) La Municipalité estime-t-elle proportionné de procéder à l’arrestation, la détention préventive et la fouille complète, à nu, de personnes qui bloquent pacifiquement une route durant deux fois 7 minutes ?
5) Si c’est le cas, la Municipalité peut-elle expliquer les intérêts publics ou les nécessités d’enquête qui poussent la Police lausannoise à procéder à ce genre de mesures et qui les légitiment, selon elle ?
6) Si ce n’est pas le cas, une remise à l’ordre et/ou des sanctions contre les policières ou policiers ayant décidé de mener ces mesures vont-elles être prononcées ?
7) La Municipalité peut-elle confirmer ou infirmer que des demandes de prises d’ADN ont été requises de la part de la Police aux activistes d’Extinction Rebellion ?
8) Si c’est le cas, la Municipalité peut-elle indiquer comment cette demande a pu être faite par la seule police lausannoise, sans autorisation du Ministère public ou du Tribunal des mesures de contraintes ?
9) La Municipalité peut-elle expliquer pour quelles raisons ces mesures ont été prises contre Extinction Rebellion et ne l’ont jamais été, par exemple, contre des supporters de football qui bloquent régulièrement des artères lausannoises importantes sans autorisation ?
10) La Municipalité peut-elle préciser si elle considère que la police lausannoise doit appliquer la pratique du 25 juillet 2019 à toutes les manifestations non- autorisées sur le territoire lausannois ?


Xavier Company
4
Article du 24 Heures du 26 juillet 2019 : « La police serre la vis à Extinction Rebellion ».

1 Article du 24 Heures du 31 juillet 2019 : « Extinction Rebellion accuse la police d’avoir voulu humilier et intimider ».
2 Article du 24 Heures du 26 juillet 2019 : « La police serre la vis à Extinction Rebellion ».
3 ibid.
4 ibid.

Lausanne

Un projet insatisfaisant pour la campagne de l’Hermitage imposé par le Canton

Communiqué de presse des Verts lausannois·es du 4 juillet 2019

La décision du Conseil d’Etat relative à l’agrandissement du Tribunal cantonal à l’Hermitage a fortement surpris les Vert-e-s lausannois·es. Si nous sommes conscients et soutenons la nécessité d’unifier toutes les Cours du Tribunal cantonal, le processus de décision du lauréat (sans consultation de la Ville de Lausanne) et, surtout, l’impact du projet choisi sur la campagne de l’Hermitage ne semblent pas acceptables. Ce magnifique écrin de verdure qui offre l’un des plus beaux points de vue panoramique de Lausanne est cher au cœur des Lausannois·es. L’agrandissement de l’actuel bâtiment du Tribunal cantonal augmenterait l’emprise du bâti sur un espace vert d’une rare qualité, très fréquenté et apprécié de la population hiver comme été. Le projet tel que conçu dégradera la beauté des lieux, alors que d’autres solutions sont envisageables et nettement moins dommageable pour le paysage.

Les Vert-e-s lausannois·es comprennent et soutiennent la volonté d’unir les différentes Cours du Tribunal cantonal en un seul espace, permettant ainsi une meilleure collaboration interne et un meilleur échange de compétences et de connaissances, ainsi qu’une rationalisation des ressources. Il est indispensable que cette unification se fasse enfin, alors qu’elle est réclamée par les magistrats depuis de nombreuses années. Toutefois, d’autres solutions de réalisation doivent être envisagées plutôt qu’une emprise supplémentaire sur la campagne de l’Hermitage. Les Vert·e·s lausannois·es demandent que des alternatives soient étudiées comme la recherche d’un autre emplacement ou éventuellement une autre conception des agrandissements, telle que la surélévation du bâtiment existant (d’autant que le projet Lauréat est nettement plus haut) ou une légère extension vers le Nord, à l’arrière du bâtiment existant).

La campagne de l’Hermitage fait partie des parcs les plus appréciés de la Ville (et peut-être même du Canton), auquel tous les habitants sont attachés non seulement pour son espace de détente, de loisir, son écrin de verdure, mais aussi (et surtout) pour son dégagement sur le paysage alentour, sans comparaison avec d’autres lieux de la Ville. Or, le projet retenu par le Conseil d’Etat vaudois pour l’extension du Tribunal cantonal, soit un bâtiment de deux étages plus haut que le bâtiment existant, et s’avançant au sud-est sur l’angle de la parcelle, va obstruer une part importante de ce dégagement et de la campagne, pourtant retenus à l’inventaire ISOS, sans même que la Ville de Lausanne n’ait été consultée à ce sujet. Les élu-e-s Vert·e·s lausannois·es au Conseil communal avaient, en effet, déjà interpellé la Municipalité pour connaître la collaboration sur ce dossier entre Ville et Canton… et avait appris qu’elle était inexistante, soit sans même un représentant de la Ville dans le jury du concours ! Pourtant, la Ville de Lausanne effectue un travail d’entretien intense dans ce parc, ses vergers et ses ruches, ce qui aurait d’autant plus légitimé une consultation active.

Cela aboutit à un projet qui ne s’intègre pas dans le paysage et dans l’un des espaces verts et de dégagement les plus importants de la Ville. Nous ne pouvons que regretter cette attitude non collaborative et non participative du Canton qui a conduit à un projet qui sera probablement fortement combattu par les voisins et acteurs locaux. Des recours et donc des retards sont à prévoir, ce que l’on aurait pu anticiper et éviter en menant une consultation sérieuse et adéquate avec la Ville et ses habitantes et habitants.

Intervention communale, Lausanne, Sara Gnoni

Urgence climatique

Intervention

Chèr·e·s collègues,

Nous sommes en ce moment deux à la tribune pour vous parler du plus grand défi que l’humanité ait connu mais je souhaiterais que nous soyons TOUTES ET TOUS unis pour y faire face. 

En ce moment je me tiens devant vous non pas comme conseillère ni comme Verte, mais comme terrienne, citoyenne, maman, porte-parole du message scientifique qui nous est communiqué depuis plus de 30 ans, sans que nous l’entendions vraiment. 

Le sujet dont nous traitons ce soir est apolitique, n’est pas partisan et que vous soyez de droite, de gauche ou du centre, vous vous devez tous de répondre à la question “quel genre de futur vous souhaitez pour vous-même vos amis, votre famille, vos proches?” 

Nous sommes face à une crise climatique et écologique sans précédent. Si les rapports du GIEC d’octobre 2018 ou l’extrait du rapport de l’IPBES qui va être présenté cette fin d’année ne vous sont toujours pas familiers, j’aimerais brièvement vous parler de deux rapports récents.

Le premier qui est le Global Risk Report du WEF de 2019 donc la matrice que vous voyez qui montre que les risques qui sont les plus probables et qui ont le plus d’impact – carré en haut à droite, sont des risques liés au climat et à la perte de biodiversité.

Dans ce rapport, une des phrases clé est celle-ci “de tous les risques, c’est en relation avec l’environnement que le monde sombrera le plus clairement dans la catastrophe”. 

Un deuxième rapport récent, une approche par les scénarios (identique au WEF, donc multiplier la probabilité qu’un événement arrive par son impact pour donner le risque) appelé “existential climate-related security risk” dit plusieurs choses essentielles:

1. Historiquement les scientifiques ont été très prudents dans leur communication, et nous le voyons maintenant c’est que la réalité dépasse même les prévisions les plus pessimistes. Comme par exemple les 31°C au cercle arctique le 13 mai passé. Le réchauffement global et la fonte des glaces se fait à un rythme beaucoup plus élevé qu’initialement prévu.

2. Pour réduire les risques que nous venons de mentionner et préserver la civilisation humaine, il est essentiel de mettre en place très rapidement un système industriel à zéro émission. Cela nécessite la mobilisation globale de ressources pour faire face à l’urgence.

3. L’institut qui publie cette étude se déclare incapable, en raison de leur ampleur, de modéliser le niveau de destruction lié au changement climatique en 2050 déjà, pour les scénarios les moins optimistes et 2050, c’est demain

Je ne vais pas vous faire l’inventaire des scénarios films d’horreur auxquels nous devrons faire face si nous n’agissons pas ou pas assez vite, mais plutôt vous dire que c’est une opportunité unique d’agir ensemble et de créer un futur beaucoup plus agréable pour nous tous, avec une société inclusive, des villes plus belles propres et résilientes, respectant les limites de la biosphère.

En effet, la protection du climat et de la biodiversité s’accompagne de nombreuses aubaines en matière d’emplois locaux, que ce soit dans l’agriculture, l’industrie locale ou l’artisanat, en particulier dans le domaine de la réparation. Cela ouvre des perspectives pour résoudre, au moins en partie, les problèmes de socitété auxquels nous faisons face et que personne ne peut nier, comme la précarisation de la population, l’insécurité, les migrations, les pertes d’identité ou les inégalités.

Un autre extrait du WEF dit  Innovative and collaborative approaches may be needed to ensure that action is taken globally before it is too late

Le but de notre postulat est donc de déclarer l’urgence climatique pour donner enfin à la crise climatique et environnementale l’importance qu’elle doit avoir, c’est à dire une situation de crise qui menace la vie humaine.

Nous nous joindrons ainsi au mouvement de pays, de Villes, de Etats et régions qui l’ont fait avant nous et qui couvrent à présent une population de 70 millions de personnes au niveau mondial. Nous pouvons citer comme exemples Le Royaume-Uni qui a été le premier pays au monde à déclarer l’urgence climatique et qui a été suivi par l’Irlande, l’Ecosse ou, plus près de chez nous, Yverdon, Delémont  le canton de Bâle Ville, du Jura ou le canton de Vaud.

Au delà du geste hautement symbolique, le but est double: tout d’abord d’informer, sensibiliser et éduquer la population, les collectivités, les entreprises et créer une large adhésion pour passer à l’action. En effet on a beau lire des rapports, ou des informations scientifiques, rien ne vaut un message clair, transmis par des personnes qui nous sont proches et auxquelles on peut se relier. 

Dans le cadre de ce premier but se trouve également un rôle d’exemplarité: par notre déclaration d’urgence climatique, nous pouvons inspirer d’autres villes à faire de même et créer un cercle vertueux vers l’action.

Le 2e but de ce geste symbolique est d’accélérer le traitement des objets en lien direct avec la sauvegarde du climat. La déclaration permettra ainsi de mettre la priorité sur ces objets, par exemple le plan climat qui vient de vous être présenté, que nous avons co-signé et que nous soutenons fortement, pour que le groupe de travail qui se penche dessus puisse y travailler de toute urgence – soit à la hauteur de l’enjeu auquel nous faisons face. Nous avons un peu moins de 11 ans pour agir, pas pour mettre en place un plan mais pour agir concrètement et nous ne pouvons pas accepter les délais usuels de traitements des objets pour un enjeu vital tel que celui-ci, 11 ans c’est demain

En commission il y a évidemment eu des objections telles que le fait que ceci créerait un précédent pour apporter des sujets en urgence de toutes parts, comme le harcèlement par exemple. Vous l’aurez compris et j’en appelle à votre bon sens, qu’il ne s’agit pas du tout du même degré d’urgence, on parle, encore une fois de la survie de notre société. Une autre objection était celle qu’il est difficile objectivement de savoir quels objets sont liés au climat, sur ce point j’en appelle encore une fois au bon sens et à l’expertise du groupe de travail qui se penchera sur la mise en place des mesures concrètes pour nous sortir des énergies fossiles pour déterminer la pertinence ou non de l’urgence.

Je vous rappelle enfin que nous avons une responsabilité morale, en tant que pays riche, d’agir au plus vite et au-delà de ce qui est demandé par le GIEC pour que les pays qui n’ont pas encore accès à l’électricité ou à l’eau courante puissent atteindre un niveau de vie digne. L’urgence n’est donc pas seulement dans notre intérêt de préserver notre climat, nos alpes, nos cultures, mais aussi notre devoir de pays riche.

J’espère que vous l’aurez compris, nous sommes face au plus grand défi de notre espèce et la réponse que vous donnerez ce soir avec votre vote sera déterminante pour assurer un futur à vous ainsi qu’aux personnes que vous aimez.

Sara Gnoni

Références:

Rapport WEF Global Risks Landscape 2019

The year 2018 was another one of storms, fires and floods.19 Of all risks, it is in relation to the environment that the world is most clearly sleepwalking into catastrophe. The Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) bluntly said in October 2018 that we have at most 12 years to make the drastic and unprecedented changes needed to prevent average global temperatures from rising beyond the Paris Agreement’s 1.5oC target. In the United States, the Fourth National Climate Assessment warned in November that without significant reductions in emissions, average global temperatures could rise by 5oC by the end of the century.20 GRPS respondents seem increasingly worried about environmental policy failure: having fallen in the rankings after Paris, “failure of climate-change mitigation and adaptation” jumped back to number two in terms of impact this year. And the most frequently cited risk interconnection was the pairing of “failure of climate-change mitigation and adaptation” and “extreme weather events”. The accelerating pace of biodiversity loss is a particular concern. The Living Planet Index, which tracks more than 4,000 species across the globe, reports a 60% decline in average abundance since 1970.21 Climate change is exacerbating biodiversity loss and the causality goes both ways: many affected ecosystems—such as oceans and forests—are important for absorbing carbon emissions. Increasingly fragile ecosystems also pose risks to societal and economic stability. For example, 200 million people depend on coastal mangrove ecosystems to protect their livelihoods and food security from storm surges and rising sea levels, as discussed in Chapter 5 (Fight or Flight).22 One estimate of the notional economic value of “ecosystem services”—benefits to humans, such as drinking water, pollination or protection against floods—puts it at US$125 trillion per year, around two-thirds higher than global GDP.23

In the human food chain, loss of biodiversity affects health and socio- economic development, with implications for well-being, productivity and even regional security. Micronutrient malnutrition affects as many as 2 billion people. It is typically caused by a lack of access to food of sufficient variety and quality.24 Nearly half the world’s plant-based calories are provided by just three crops: rice, wheat and maize.25 Climate change compounds the risks. In 2017, climate-related disasters caused acute food insecurity for approximately 39 million people across 23 countries.26 Less obviously, increased levels of carbon dioxide in the atmosphere are affecting the nutritional composition of staples such as rice and wheat. Research suggests that by 2050 this could lead to zinc deficiencies for 175 million people, protein deficiencies for 122 million, and loss of dietary iron for 1 billion.