Intervention communale, Marie-Thérèse Sangra

Projet d’aménagement hydroélectrique sur le Rhône

Intervention (1)

R81 Préavis N° 2019/08- Projet d’aménagement hydroélectrique sur le Rhône au palier de Massongex-Bex – Constitution d’une société anonyme (SIL)

Les Verts lausannois ont majoritairement une position critique envers le projet, une minorité dans le groupe accepte cependant ce projet. Un collègue viendra défendre cette deuxième position. Je souhaite aussi déclarer mes intérêts et vous informer que je travaille pour une association nationale de protection de l’environnement, le WWF Suisse.

Le projet de palier hydroélectrique prévu sur le Rhône entre Bex et Massongex est un projet qui avait été conçu dans les années 90 dans le cadre du projet HydroRhône qui prévoyait à l’époque la construction de 10 nouveaux barrages sur le Rhône. Ce projet avait à l’époque été vivement combattu par les milieux agricoles et environnementaux. Il a ensuite été abandonné.

Aujourd’hui, il est donc prévu de construire un nouveau barrage sur le Rhône à la sortie de St Maurice sur les communes de Massongex (Valais) et Bex (Vaud) directement à l’aval de celui de Lavey. La centrale hydroélectrique sera construite en rive gauche du Rhône et pour assurer une hauteur de chute suffisante, le lit du Rhône sera abaissé de 3.4 mètres. Le projet prévoit aussi des systèmes de passe à poissons pour assurer la montaison et la dévalaison des poissons, ainsi que des mesures de compensation nature pour compenser les atteintes. Ce projet est conforme à la Stratégie énergétique 2050 et est considéré d’importance nationale.

La demande de concession pour MBR a été déposée en 2016, lors de la mise à l’enquête, il a recueilli diverses oppositions ; le dossier est actuellement en cours de procédure. Le futur barrage étant à cheval entre les deux cantons, les droits d’eau appartiendront pour moitié au canton du Valais et pour moitié au canton du Vaud, ceux-ci sont répartis (dans le canton de Vaud) entre Romande Energie (33.33%) et la Ville de Lausanne (16.67%). La participation de chaque partenaire aux coûts du consortium et au capital de la société à créer suit cette même répartition.

Le coût total du barrage s’élève à 158 mio de francs, le financement prévoit 30% de fonds propres et 70 % de fonds étrangers, soit 47’400’000.- de fonds propres. Dans le cadre de la nouvelle LEne ( janvier 2018), des contributions d’investissement pour de nouveaux aménagements hydroélectriques d’une puissance supérieure à 10 MW peuvent être demandées au moment où l’autorisation de construire est délivrée. Cette contribution fédérale s’élèvera pour MBR à une aide financière de 54 mio.-. Pour Lausanne la participation totale (étude + phase de réalisation) s’élèvera à 8 mio de francs.

Les prévisions de production du barrage s’élèvent à 75 Gwh pour le nouvel aménagement dont 12.5 GWh iront à la ville de Lausanne. Du point de vue économique, ce barrage arrive dans une période délicate en raison d’un marché de l’électricité abandon et mal régulé qui offre de l’électricité à trop bon compte.

Le rapport préavis nous demande donc d’accepter la création de la société MBR S.A. et d’allouer un crédit d’investissement de 8 mio pour d’une part financer la part lausannoise des études menées par le Consortium MBR jusqu’à la création de la société, et d’autre part participer à l’augmentation du capital pour obtenir un financement du projet par endettement.

Mesdames et Messieurs, je suis une protectrice des rivières. La force hydraulique dont nous disposons aujourd’hui contribue grandement à notre sécurité d’approvisionnement, elle joue un rôle essentiel dans la stabilité du réseau et sa flexibilité permettant de disposer d’une production d’électricité à la demande. Il s’agit d’une énergie renouvelable et propre. Toutefois le potentiel de la force hydraulique des cours d’eau est déjà massivement exploité en Suisse et leur état écologique est globalement très mauvais. Tous les bons emplacements (topographie favorable) pour produire de l’énergie hydraulique sont déjà exploités, c’est pourquoi il ne reste que des emplacements de deuxième zone. Ce qui est le cas pour le projet MBR. Le dénivelé naturel du Rhône à cet emplacement est insuffisant pour assurer une rentabilité suffisante au projet, il sera donc nécessaire d’abaisser le lit du Rhône sur 3.4 mètres au pied du barrage sur un linéaire de 1.9 km. De telles interventions dans le lit d’un cours d’eau sont de graves atteintes à l’écosystème de la rivière.

En raison de cette hauteur de chute insuffisante, c’est tout le concept de gestion du barrage qui entre gravement en conflit –des points de vue de la protection de la nature et de la protection des cours d’eau- avec le projet de troisième correction du Rhône. Pour celles et ceux qui connaissent moins ce projet, il s’agit d’un grand projet de sécurisation du Rhône qui va du glacier du Rhône dans la vallée de Conche jusqu’au lac Léman en prévoyant aussi la recréation d’un delta naturel dans le Léman. Ce projet a débuté à partir des années 2000 après les fortes intempéries et les ruptures de digues et devrait se terminer dans une vingtaine d’années. Il coûtera in fine près de 3.5 milliards de francs. C’est le plus grand projet suisse en cours de protection contre les crues. Il conjugue tout à la fois la sécurisation de la plaine et la revitalisation du Rhône, cette rivière ayant déjà été corrigée deux fois, elle est devenue au fil du temps davantage un tuyau d’évacuation des eaux plutôt qu’une rivière vivante. Je vais tenter de vous expliquer pourquoi le projet MBR en l’état actuel compromet les enjeux nature et paysage de la mesure prioritaire d’Aigle du projet de la R3.

A l’aval du palier MBR, à peu près à la hauteur de Bex le projet de troisième correction du Rhône prévoit d’élargir le lit du fleuve sur à peu près un linéaire de 12 km, la largeur actuelle du lit sera approximativement doublée Le but de cet élargissement est de le sécuriser et mais aussi de le renaturer. Le but d’une renaturation c’est de donner à un cours d’eau fortement corrigé et artificialisé, les caractéristiques d’un cours d’eau proche de l’état naturel en restaurant au mieux son fonctionnement et son équilibre écologique. Redonner de l’espace à un cours d’eau est la première étape d’une renaturation, mais pour assurer son fonctionnement écologique, il faut aussi rétablir les processus naturels. C’est en particulier la dynamique des sédiments, ce qu’on appelle le charriage, càd le matériel transporté par le cours d’eau (sable gravier limon etc.) qui va déterminer la morphologie et le fonctionnement écologique des cours d’eau. Il est nécessaire d’avoir ces matériaux dans la rivière pour que se forment de nouveaux habitats dans le lit de la rivière et sur ses berges, là où vont s’installer les plantes pionnières et les autres organismes spécialisés des zones alluviales typiques. Vous l’aurez donc compris pour que l’élargissement du Rhône dans la région d’Aigle soit propice à la biodiversité, le charriage est indispensable. Ces matériaux solides transportés serviront à créer des milieux naturels comme des îlots, bancs de sable, des plages de limon qui sont des habitats pour la faune et la flore.

Les interventions sur les cours d’eau ont pendant des décennies sous-estimé l’importance de ces processus écologiques et se sont cantonnés à des approches sécuritaires ou économiques. Mais le mandat politique de la loi fédérale sur la protection des eaux exige depuis 2011 de rétablir les fonctions écologiques des cours d’eau.

Le projet MBR va perturber ce charriage. Comme déjà dit, il est prévu de creuser à l’aval du barrage pour obtenir une plus grande hauteur de chute. Le lit du Rhône sera abaissé de 3 à 4 mètres. Afin d’éviter que les apports du cours d’eau et de ses affluents ne comblent peu à peu la chute, il est prévu de faire une extraction permanente d’environ 10’000 m3 un peu plus bas à l’embouchure de l’Avançon, pour garantir d’une part la sécurité (de la ville de Bex, de l’autoroute, etc.) et d’autre part pour éviter que la hauteur de chute du barrage diminue, ce qui mettrait en danger la rentabilité de l’ouvrage hydroélectrique. La question de la sécurité peut être résolue d’une autre manière en rehaussant les digues là où c’est nécessaire. Par contre les extractions de sédiments sont indispensables pour le bon fonctionnement de MBR.

La loi fédérale sur la protection des eaux interdit que le régime de charriage d’un cours d’eau soit modifié par des installations au point de porter gravement atteinte à la faune et à la flore indigène et à leurs biotopes, au régime des eaux et à la protection contre les crues (art. 43, al 1). Or ces extractions permanentes à l’embouchure de l’Avançon diminueront le charriage du Rhône, ce qui empêchera que le lit du Rhône puisse être revitalisé comme le prévoit le projet de troisième correction du Rhône. Il y a donc un risque financier important en ce qui concerne le projet MBR: si les arguments écologiques l’emportent et imposent un régime de charriage minimum qui permette l’apparition des structures naturelles dans le lit du Rhône, cela portera atteinte à la hauteur de chute du barrage et le projet sera moins ou plus du tout rentable. Si par contre les intérêts du barrage l’emportent, ce sont les objectifs de la revitalisation du Rhône qui ne seront pas atteints.

Cette discussion est en cours dans le cadre du traitement des oppositions, et se poursuivra sans doute dans des procédures juridiques.

Erosion dramatique de la biodiversité

Les enjeux de notre biodiversité : un taux d’extinction des espèces «  sans précédents » et un rythme d’extinction qui s’accélère

Concours de circonstances, il y a quelques jours l’IPBES, le Conseil mondial de la biodiversité, la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, déposait son rapport qui devrait résonner comme un cri d’alarme sur l’état de la biodiversité. Sur les huit millions d’espèces végétales et animales présentes sur terre, 1 million sont menacées d’extinction et pourraient disparaître ces prochaines décennies. Rien de moins que la 6e extinction de masse pour laquelle l’homme est responsable et qui met en péril la survie de l’humanité. Je pense qu’il est important de comprendre que ce constat alarmant ne touche pas que les autres ou ailleurs, càd les forêts tropicales ou l’Amazonie ou les éléphants en Afrique, mais en Suisse aussi la disparition et l’extinction des espèces progressent à un rythme effrayant. Selon l’Office fédéral de l’environnement une espèce sur trois en Suisse est considérée comme menacée, 60 % des insectes sont sur ces fameuses Listes rouges des espèces en danger, 80 % de nos cours d’eau présentent en partie des déficits écologiques considérables, 60% des poissons suisses figurent sur la Liste rouge etc. En Suisse, la sauvegarde de la biodiversité accumule retard sur retard en comparaison internationale (plan d’action ultra minimaliste, budgets largement insuffisants, législations insuffisantes).

95% des rivières et cours d’eau sont déjà utilisés en Suisse pour la production hydraulique, aucun autre pays au monde n’exploite aussi intensivement ses cours d’eau. Contrairement à une idée parfois très répandue, l’exploitation de la force hydroélectrique est bien loin d’être aussi positive que ce que l’on pourrait croire. Malgré les avantages déjà énumérés de cette forme d’énergie (renouvelable, peu de CO2 et pas de déchets), il faut prendre conscience que la construction des barrages signifie toujours une atteinte majeure à l’écologie des cours d’eau : fragmentation du lit des rivières, interruption des voies de migration des poissons, colmatage du fond du lit, artificialisation des berges, atteinte à la dynamique alluviale, dégradation des habitats aquatiques et riverains, avec en conséquence la disparition des espèces qui y vivent (amphibiens, oiseaux, mammifères et plantes).

La lutte pour la biodiversité reste toutefois un enjeu très local. Une politique nationale de renaturation des cours d’eau est en force depuis 2011, et elle se met péniblement en place. Nous avons ici un projet majeur, celui de la troisième correction du Rhône, qui doit être vu comme une opportunité unique pour revitaliser le Rhône sur un très long linéaire. Il ne s’agit pas en l’occurrence d’un tronçon mineur, mais de la revitalisation d’un grand cours d’eau sur plus de 12 km, une longueur exceptionnelle dans notre pays. Le barrage MBR produira au mieux 75 GWh, ce qui correspond plus ou moins à l’équivalent de 20’000 ménages qui consomment 4’000 kWh par an, qu’on peut aussi comparer à l’augmentation annuelle de la population suisse de 60’000 personnes en 2018. Faut-il compromettre les objectifs nature de cette renaturation en l’amputant d’un paramètre essentiel, le charriage?

Transition énergétique

L’adoption de la Stratégie énergétique 2050 lors de la votation populaire du 21 mai 2017 a été un pas dans la bonne direction. La sortie programmée du nucléaire, le développement des énergies renouvelables et les objectifs d’efficacité énergétique sont désormais ancrés dans la loi.

Nous souhaitons tourner le dos aux énergies nucléaire et fossiles. Les énergies renouvelables sont la clé de la durabilité. Cependant, comme nous l’avons vu, leur développement n’est pas nécessairement respectueux de l’environnement.

Il s’agit maintenant de réduire notre consommation d’énergie, clef de voûte pour mettre en oeuvre l’Accord de Paris.! On sait que 2 KW/h sur 5 sont gaspillés et qu’il y a en Suisse un potentiel de gain de 19 TWh dans l’économie d’énergie, soit pratiquement 1/3 de la consommation d’électricité nationale. Ces 19 TWh correspondent à la production actuelle du nucléaire suisse comme le mentionne le rapport-préavis à la page 3. Malheureusement les économies d’énergie sont encore aujourd’hui le parent pauvre du tournant énergétique. A titre d’illustration, on rappellera qu’à Lausanne nous avons accepté l’année passée le crédit de 3.1 millions pour renouveler le programme Equiwatt (2019-2022) et que celui-ci permettra en 2022 d’économiser 7.1 GW/h, soit l’équivalent de 0.25% de la consommation lausannoise. C’est pas beaucoup et cela montre que cela ne va pas être facile d’aller dans cette direction qui est pourtant la seule option durable. L’assainissement énergétiques des immeubles est bien trop lent. Ce sont dans ces domaines que les 158 moi du projet ou les 8 mio de Lausanne devraient être investis.

Autre piste pour la transition énergétique l’énergie solaire : Le dernier communiqué de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) nous a informé en avril 2019 que les toits et les façades des maisons suisses pourraient produire 67 TWH d’électricité solaire par an. C’est bien plus que ce dont a besoin la Suisse ! La semaine passée, Roger Nordmann a sorti son livre « Comment passer de 2 à 50 GW photovoltaïque pour remplacer le nucléaire, électrifier la mobilité et assainir les bâtiments ». Moyennant le respect de hauts standards écologique et social, la production à base de solaire (dont les coûts de production sont aujourd’hui moins cher que l’hydraulique) est la voie d’avenir.

Transition urgente

Le débat de fond porte sur l’intérêt et la proportionnalité de ces nouveaux captages hydroélectriques au fil de l’eau qui ne contribuent que très faiblement à l’approvisionnement en électricité du pays. Si la Suisse a été de 1850 à 1950 la pionnière mondiale dans le développement de l’énergie hydraulique, au 21e s. les enjeux sont ailleurs pour réussir une transition énergétique moderne respectueuse de la biodiversité locale.

Bien que son urgence ne soit pas encore aussi bien perçue par le grand public, l’effondrement de la biodiversité est une crise encore plus grave que celle du réchauffement climatique. Son effondrement est révélateur d’un état extrêmement préoccupant de l’état de la planète. La biodiversité est malheureusement à l’heure actuelle négligée par la réflexion politique.

Pour tous ces motifs la majorité du groupe des Verts vous recommandent de refuser ce crédit.

Marie-Thérèse Sangra

Intervention communale, Marie-Thérèse Sangra

Concept directeur Nature en ville

Intervention

 

Rapport-préavis 2018/42

Les Verts saluent ce rapport-préavis qui répond à une thématique chère aux Verts. La nature en Ville est en effet un enjeu majeur de nos villes qui doit trouver -ou retrouver- sa place entre densification, développement économique et augmentation des axes de la mobilité. La mise en oeuvre du réseau écologique, l’amélioration qualitative des espaces verts existants (par une végétation indigène), la connexion entre elles des zones relais ou la végétalisation des toitures et des façades pour ne citer que quelques-unes des mesures qui seront réalisées favoriseront un retour de la faune et de la flore en ville. Tout cela ne se fait pas uniquement pour les doux yeux de nos amies les abeilles, mais se traduit aussi en une amélioration de la qualité de vie pour les Lausannois et Lausannoises en terme de climat, de pureté de l’air, de santé, de convialité et de bien-être.

Le déclin drastique de la faune et de la flore à l’échelon local et planétaire est une inquiétude majeure pour la survie de l’humanité. Les médias nous ont largement alertés cet été sur la chute de la biodiversité dans nos campagnes avec des valeurs alarmantes comme la disparition de 60 % des espèces d’oiseaux indigènes dans nos contrées agricoles, ce qui signifie que nous ne verrons ou n’entendrons plus, ou bien moins souvent, des espèces aussi banales que le coucou ou l’alouette des champs encore si fréquentes au temps de nos enfances. Lausanne n’échappe pas à ce bilan inquiétant puisque des dizaines d’espèces, au cours de ces décennies, ont disparu ou sont sur le déclin (lézard vert, crapaud calamite, etc..). Or l’avenir de l’humanité est consubstantiellement lié à notre capacité à conserver une biodiversité saine, riche et diversifiée. Aujourd’hui, pas tout le monde est conscient que le maintien de la biodiversité est un enjeu de même importance que celui du réchauffement climatique.

Face à cet état des lieux pessimistes, un fait nouveau, réjouissant sous certains aspects, est que la ville est capable de redevenir un milieu plus attractif pour certaines espèces, à la condition qu’on veille à créer des conditions pour elles.

C’est dans ce sens que ce préavis est bienvenu et important puisqu’il a pour double finalité de conserver les valeurs naturelles présentes à Lausanne et de les renforcer en complétant les nombreuses trames du réseau écologique urbain. Il fait suite à trois rapport préavis entre 2005 et 2016 qui traitèrent des intentions de la Ville en matière de nature et du renforcement de la politique Nature en ville et prend en compte l’étude « Stratégie parc, nature et paysage » du PALM. Ce bref historique montre qu’il aura fallu plus de 15 ans, presque le temps d’une génération, pour intégrer la protection et la promotion de la nature dans les politiques publiques de la Ville. Donner à la nature sa juste place dans notre politique urbaine, c’est donc un processus de longue haleine parce qu’il oblige à changer les habitudes, à revoir nos priorités et à entrer dans un nouveau paradigme.

Ce rapport préavis poursuit une approche stratégique et pragmatique qui repose sur les outils de la planification territoriale, sur l’accroissement des connaissances sur la nature, et sur la mobilisation des habitants et des acteurs privés pour des partenariats par le biais d’incitation et d’information. La demande de traitement prioritaire de ce rapport–preavis a justement pour louable justification de pouvoir intégrer le plus tôt possible ce concept directeur à la révision du plan général d’affectation ou du plan directeur communal, et d’adapter leurs règlements, pour obtenir un maximum de cohérence sur le terrain en terme de connexions naturelles, de qualité de milieux et de promotion des espaces verts et des paysages sensibles. Ce préavis se veut proactif avec une claire volonté d’aller au delà de la seule protection d’une nature qui est hélas aujourd’hui considérablement appauvrie et il vise à restaurer la nature chaque fois que c’est possible (je cite «pour maintenir la biodiversité et une qualité de vie élevée en ville il est nécessaire de faire davantage que de préserver l’existant (…) il est essentiel de saisir chaque opportunité d’améliorer les lieux déjà appauvris » p. 7). Ce que nous saluons. Le réseau écologique lausannois, les catalogues de mesures en faveur des biotopes (SPADOM acteur) sont des outils indispensables pour atteindre les résultats visés. Leur prise en compte dans toutes les consultations interservices touchant à la planification urbaine, aux PPA, aux PQ y compris les concours d’urbanisme ou dans le cadre des DDP (droits distincts et permanents) et cela jusqu’au permis de construire est un passage obligé, une garantie d’efficience. Ce concept- nature intègre cette obligation de coordination et nous nous en réjouissons.

Autre axe de ce rapport préavis qui nous semble très important, celui de la sensibilisation des privés et des habitants que ce soit par les jardins familiaux, les plantations de haies à base d’espèces indigènes, l’incitation à l’entretien différencié des espaces verts pour les gérances privées, le soutien aux associations actives pour la nature à Lausanne, l’ouverture d’une grainothèque en réponse au postulat déposé par notre collègue Severine Evequoz, etc..

Les Verts sont aussi favorables à la nouvelle rubrique 4510. 509.6428 qui rassemble l’ensemble des montants non dépensés à fin décembre 2017 (Frs 400’000.-) et le crédit d’investissement de 1.5 mio lié à ce rapport-préavis. Au vu de l’urgence de cette thématique, les Verts attendent que les ressources humaines opérationnelles au sein de l’administration soient suffisantes pour investir l’ensemble des montants à disposition. Une ventilation plus fine de ce crédit par postes thématiques faciliterait peut-être une utilisation plus lisible de ce crédit.

En résumé, les Verts remercient la Municipalité pour ce rapport préavis extrêmement détaillé et qui affirme la volonté de la Municipalité et lui donne les moyens d’assumer sa responsabilité vis-à-vis du patrimoine naturel lausannois pour faire de Lausanne une ville véritablement verte. Dans une étape de densification intensive comme la connaît Lausanne, c’est une litote de dire qu’il faudra de l’innovation, de la créativité, de la persévérance et de l’audace pour défendre cette priorité de législature et inverser la tendance à l’érosion exponentionnelle des habitats naturels et des espèces de chez nous. J’en profite encore pour remercier chaleureusement la Municipalité et en particulier Mme Litzistorf et M. Hildbrand de leur réactivité et de leur collaboration pour la sauvegarde du biotope à bécassines sourdes au Biopôle, un signal fort pour la nature dans un dossier compliqué.

Le développement de la biodiversité dans l’espace urbain est l’un des dix objectifs de la Stratégie Biodiversité Suisse (SBS) élaborée par le Conseil fédéral le 25 avril 2012. La protection et le développement de la biodiversité en territoire urbanisé constituent non seulement un besoin urgent, mais aussi un impératif légal. Je pense que les citoyens et citoyennes de notre ville peuvent compter sur l’engagement déterminé de la Municipalité, comme l’a clairement réaffirmé en séance de commission la Municipale en charge du dossier.

Nous vous invitions donc à soutenir ce rapport-préavis comme le feront les Verts.

Marie-Thérèse Sangra

Intervention communale, Marie-Thérèse Sangra

Pour protéger la faune ailée de nos villes !

Postulat

Ce postulat demande de mieux prendre en compte les besoins de la faune ailée dans la construction ou la rénovation des bâtiments.

Le développement urbain a peu à peu grignoté les milieux naturels. La faune et la flore ont vu leurs espaces vitaux naturels se morceler, puis se raréfier, ce qui a conduit à un recul généralisé de la biodiversité qui prend aujourd’hui une dimension alarmante. La ville n’est toutefois pas un milieu inhospitalier pour certaines espèces anthropophiles qui au cours du temps se sont installées sous nos toits, dans les anfractuosités des bâtiments ou des vieilles granges. Ces milieux de substitution qui accueillent entre autres martinets, hirondelles de fenêtre ou certaines espèces de chauves-souris disparaissent peu à peu lors des assainissements ou des démolitions des anciens bâtiments, si on n’y prête pas attention. Sans cavités de nidifications, ces espèces voient leurs effectifs décliner de façon préoccupante. Les derniers recensements ont montré qu’une espèce aussi fréquente que le moineau domestique est aujourd’hui en forte régression (- 40 % depuis 1980 dans certaines régions de Suisse, Birdlife 2015). Une grande partie de la population apprécie ces animaux qui chassent les insectes et égaient nos cieux de leur vol et leurs cris. La crise du logement qui frappe ces espèces, qui sont désormais liées à l’habitat urbain, peut pourtant être facilement résolue par l’intégration d’abris artificiels dans les bâtiments que ce soit au moment de la construction ou lors de rénovation. Une architecture favorable à la biodiversité urbaine sera aussi attentive au choix de vitres respectueuses des oiseaux. Equipées avec du verre trop transparent ou trop réfléchissant, ces dernières sont responsables en Suisse de la mort de dizaines de milliers d’oiseaux qui s’y percutent chaque année.

Le présent postulat demande à la Municipalité d’étudier la possibilité de prendre systématiquement en compte les besoins de la faune ailée urbaine lors de tout projet architectural en réalisant des inventaires (indice de présence) avant toute démolition et en prévoyant l’aménagement de refuges ou l’intégration de nichoirs adaptées aux espèces lors de projets de rénovation, modification ou construction de nouveaux bâtiments. Ces mesures, la plupart du temps simples et peu coûteuses, sont parfaitement compatibles avec nos projets de construction ou d’entretien des structures bâties. Appliquées aussi souvent que possible, elles apporteront une contribution non négligeable à la sauvegarde de la faune urbaine.

Marie Thérèse Sangra

Valéry Baud, Sara Soto, Daniel Dubas, Ilias Panchard

Intervention communale, Marie-Thérèse Sangra

Campagne de Rovéréaz : faut-il tout saccager ?

Intervention

Mesdames, Messieurs,

Je remercie la Municipalité pour les réponses rendues à mon interpellation. Celles-ci me laissent toutefois perplexe par rapport à la position défendue en ce qui concerne l’avenir des parcelles du Château Fallot.

Le 3 mars 2013, les Lausannois et Lausannoises approuvaient à plus de 70 % la modification de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire. Ses objectifs étaient de préserver les terres agricoles, d’obliger à une densification vers l’intérieur, de préserver le paysage et de séparer plus clairement les territoires constructibles des territoires non constructibles.

La question de la préservation de la campagne de Rovéréaz représente un cas d’école quant à la mise en oeuvre de la LAT entrée en en vigueur le 1er mai 2014.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas le site, voici deux photos du lieu. Il s’agit d’un vaste plateau agricole situé à la porte d’entrée Nord-Est de Lausanne juste avant d’arriver au quartier des Boveresses, puis à celui de la Sallaz en empruntant la route d’Oron. On retrouve au Nord de la zone agricole, la ferme de Rovéréaz qui a repris l’année passée l’exploitation du domaine tout en développant fortement la composante sociale et pédagogique.

La campagne de Rovéréaz est le dernier grand espace vert d’un seul tenant d’une trentaine d’hectares aux abords immédiats de la ville, facilement accessible par la population lausannoise. Le Palm la reconnaît comme parc d’agglomération de grande valeur doté d’un paysage remarquable. Il s’agit en effet du dernier poumon vert de grande taille sur le territoire lausannois. Toute la campagne de Rovéréaz est aujourd’hui propriété communale, affectée en zone agricole, à l’exception du Château Fallot et des terrains qui l’entourent restés en main privée où une surface de 6000 m2 est en zone à bâtir conformément au plan partiel d’affectation intitulé « Château Fallot ». Une demande de permis de construire a été déposé auprès de la commune en mai 2017. Celui-ci prévoit le développement d’un projet immobilier de 18 appartements de haut standing dans trois bâtiments, un parking souterrain de 42 places pour voitures, 6 places en surface et une place de jeux. Le périmètre constructible se situe au sud du domaine agricole, à côté du Château Fallot, manoir de style néogothique construit en 1899 et unique construction du site. Le périmètre constructible fait intégralement partie de la vaste zone agricole d’un seul tenant de la campagne de Rovéréaz. Comme l’écrit la Municipalité, il s’agit d’un « site exceptionnel, formé d’une large prairie entourée de frondaisons, jouissant d’un panorama impressionnant sur le Léman ».

Toute la campagne de Rovéréaz est très prisée par la population, en témoigne la très nombreuse présence de piétons, joggeurs et promeneurs de chiens à tout moment de l’année.

Pour les Verts, l’édification de constructions à cet endroit porterait gravement atteinte au site. L’harmonie et la beauté exceptionnelle des lieux reposent avant tout sur le caractère champêtre et naturel du site et sur l’absence de construction aujourd’hui. La vue panoramique et plongeante sur le lac n’aurait plus la même ampleur si un projet immobilier se réalisait perdu au milieu des champs. L’ambiance bucolique de ce paysage exceptionnel serait détruite par la construction de bâtiments au cœur de la prairie entourée de forêt. L’aménagement d’une route d’accès depuis le chemin de la Fauvette perturberait définitivement la tranquillité du site et le charme des lieux.

Le programme de législature de la Municipalité 2016-2021 annonce une densification respectueuse du patrimoine qui contribue à améliorer la qualité de vie des Lausannois et Lausannoises. Le renoncement à une opération immobilière sur une zone vierge et exceptionnelle en serait la mise en œuvre cohérente. Récemment M. le Syndic s’exprimait dans les pages de 24H au sujet de St-Paul en disant « Je suis convaincu que si nous voulons que les gens adhèrent au développement de la ville, il faut que nous soyons en même temps extrêmement attentifs au patrimoine. Ce sont les deux bras d’une même politique». Je partage ce point de vue.

Nous demandons à la Municipalité, suite au cas de la Gottéttaz, de prendre en compte l’Inventaire ISOS (entré en vigueur en 2015) qui a classé toute l’ensemble du site de Rovéréaz et les bâtiments avec un objectif de sauvegarde A et a, soit le degré de protection le plus élevé demandant la protection intégrale du site et la sauvegarde de l’état existant en tant qu’espace agricole. Même si les objectifs de protection de l’ISOS ne sont pas directement applicables au stade de l’octroi d’un permis de construire, ils doivent toutefois être pris en considération en vertu de l’article 5 de la LPN. Une non entrée en matière sur le permis de construire se justifie en raison d’un intérêt tant patrimonial que paysager ou encore de protection de la nature. Il s’agit là de motifs d’intérêt public prépondérant.

Nous nous étonnons que la Municipalité puisse considérer que les planifications à l’étude ou en vigueur et les développements en cours soient compatible avec la préservation des qualités paysagères du site. Nous contestons aussi l’appréciation que le périmètre du PPA Château Fallot se trouve dans un secteur déjà urbanisé. Bien au contraire, il s’agirait ici de la construction d’une micro- zone à bâtir, isolée et coupée du milieu bâti tout à fait contraire au droit fédéral. Quant à la desserte, elle est faible, les TP étant éloignés et peu fréquents.

Placer cette zone en zone réservée serait un geste fort de la Municipalité en faveur de la lutte contre le mitage du territoire et pour la qualité de vie des Lausannois. Pour un cas aussi délicat, il aurait été bien plus transparent d’établir un concept de construction sur ces parcelles avant son classement en zone à bâtir, la population aurait alors pu se prononcer en toute connaissance de cause.

Enfin le développement du projet de la ferme de Rovéréaz donne une nouvelle impulsion à tout le secteur autant sur le plan de l’équilibre écologique que l’offre en espace de délassement. La vocation sociale affirmée du projet de la ferme de Rovéréaz augmente la fréquentation des lieux par des personnes désireuses de se rapprocher du monde agricole et de la nature. Rappelons que la zone agricole selon la loi sur l’aménagement du territoire est multifonctionnelle et que ces enjeux sont à prendre en compte dans la pesée des intérêts, il est donc important de ne pas miter l’étendue des espaces encore disponibles.

Une procédure de modification de l’affectation du sol est certes coûteuse, mais les erreurs de planification sont difficiles à corriger, souvent irréversible et également très coûteuses. Pour le cas en question, le tir peut encore être corrigé.

Au vu des besoins accrus en sol et de la disparition des dernières zones de friches dans la Ville, un aménagement du territoire de qualité ne peut se permettre de sacrifier le dernier espace vert de la Ville de surcroit doté d’une valeur paysagère exceptionnelle. Rappelons pour finir que les paysages intacts influencent directement notre bien-être.

Marie-Thérèse Sangra

Intervention communale, Lausanne, Marie-Thérèse Sangra

Plus de repas chauds pour les élèves du secondaire au collège d’Entrebois?

Question orale

Plus de repas chauds pour les élèves du secondaire au collège d’Entrebois (Etablissement C.F. Ramuz)

Depuis plus de deux mois, le réfectoire d’Entrebois ne sert plus de repas chauds. Le motif avancé serait la constatation que les élèves de l’âge du secondaire (dès la 9ème S) ne consomment plus les repas proposés. Le service d’accueil de jour en conclut qu’une offre de restauration chaude n’est plus indispensable pour ces jeunes. Un sondage non représentatif auprès de quelques élèves montre plutôt que les repas proposés ne sont pas bons, mais qu’ils souhaiteraient pouvoir disposer de repas chauds à la cantine. A l’heure où la question de l’alimentation devient un enjeu majeur de nos sociétés, et que la malbouffe s’étend insidieusement un peu partout, la décision de supprimer la restauration chaude pour les ados dans certains établissements scolaires ne semble pas très heureuse.

Dans le but de promouvoir de bonnes habitudes alimentaires -en particulier à cette étape difficile de l’adolescence-, la Municipalité de Lausanne ne peut-elle pas dans les plus brefs délais rétablir un service de repas chauds au collège d’Entrebois qui soient attractifs pour nos adolescents ? Le réfectoire d’Entrebois pourrait jouer un rôle pilote dans la recherche de nouvelles pistes pour résoudre ce problème de santé publique.
Marie-Thérèse SANGRA

Intervention communale, Lausanne, Marie-Thérèse Sangra

Jeux Olympiques 2026

Question orale au Conseil communal de Lausanne : Jeux Olympiques 2026

Les Lausannois ont appris par les médias que le Conseil d’Etat vaudois a cautionné auprès de Swiss Olympic à hauteur d’un million de francs une candidature de la Suisse occidentale pour les JO d’hiver de 2026.

L’organisation des JO est un sujet éminemment sensible qui requière à l’évidence un large débat de société sur le développement touristique, son évolution pour les prochaines décennies et  éventuellement les changements de paradigmes qu’il faudra mettre en œuvre, en tenant compte par ex. des questions liées au réchauffement climatique, aux économies d’énergie, ou aux questions d’AT et de mobilité. L’expérience que nous avons des JO montre que leur organisation va à l’encontre des principes du développement durable, d’un tourisme qualitatif et limitant ses impacts sur les ressources naturelles, sans parler d’un impact peu maîtrisable sur les finances publiques.

Les Verts lausannois sont  critiques face au bien fondé du dépôt d’une telle candidature, et rappellent que la Ville de Lausanne  a déjà eu l’occasion par le passé de témoigner de son opposition à l’organisation de JO.

Ils demandent à la Municipalité:

Comment Lausanne, en tant que Ville olympique, se positionne-t-elle face à une telle candidature sans consultation publique préalable, et quel regard critique pose-t-elle sur une telle entreprise qui vraisemblablement appellera Lausanne à des contributions financières, voire à la construction de nouvelles infrastructures ?

Marie-Thérèse Sangra