David Raedler, Intervention communale

Des nuits sans trafic pour le bien de la santé des lausannoises et lausannois

Postulat

Plusieurs études et articles parus ces derniers mois ont souligné les graves conséquences que le bruit du trafic peut avoir sur la santé des habitantes et habitants d’une ville. S’ajoutant aux autres conséquences négatives d’un trafic motorisé trop important (pollution, maladies pulmonaires, accidentologie, etc.), le bruit a été placé au centre des inquiétudes d’une grande partie du monde médical et scientifique.

S’agissant spécifiquement de Lausanne, une étude parue en 2018 a mis en lumière un lien direct, dans plusieurs quartiers de la ville, entre les problèmes de somnolence la journée et le bruit nocturne causé par la circulation1. Menée par des chercheurs du CHUV, des HUG et de l’EPFL, dont le Prof. Stéphane Joost (chercheur au Laboratoire de systèmes d’information géographique de l’EPFL), cette recherche a relevé l’existence de points noirs particulièrement problématiques, dont le carrefour entre l’av. d’Echallens et le ch. de Montétan, les abords de la place de Milan ou encore les alentours de la place de la Riponne. En examinant le cas de 3’700 habitantes et habitants de tous quartiers, et en mettant leurs expériences en rapport avec les données du cadastre du bruit réalisé par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), les chercheurs ont établi un lien direct entre ces problèmes de bruit et la somnolence diurne dont souffrent les personnes concernées.

Cette étude a notamment relevé que la circulation lausannoise était la plus bruyante de Suisse. Elle dépasse en effet souvent les 55 décibels, soit la valeur limite imposée par l’Ordonnance sur la protection contre le bruit (RS 814.41 ; « OPB »)2, en raison de ses rues en pente qui entraînent des démarrages ou des accélérations marquées. Cette valeur dépasse en outre le seuil maximal autorisé par l’Office fédéral de la santé publique, qui est de 50 décibels LEQ (moyenne continue dans le temps de l’énergie acoustique diffusée).

L’impact sonore de ces démarrages et accélérations s’avère particulièrement marqué en période nocturne. Or, les perturbations du sommeil causées par le bruit de la circulation ont un réel effet négatif sur la santé, puisqu’elles peuvent causer une somnolence diurne, une augmentation du stress et des maladies psychiques telles que la dépression, un risque accru d’obésité, des maladies cardio-vasculaires ou encore des accidents liés à la fatigue.

Les problèmes liés au trafic automobile de nuit sont d’ores et déjà pris en compte par la Ville de Lausanne aux abords des hôpitaux. Afin de limiter les nuisances et permettre aux patients de bénéficier du sommeil nécessaire à leur rétablissement, la circulation automobile est en effet interdite aux abords du CHUV entre 22h et 6h.

Compte tenu de la topographie marquée de la ville, il est impératif de tenir compte de ces éléments et de limiter au maximum les nuisances sonores liées au trafic automobile nocturne. A l’exemple du choix opéré autour des hôpitaux, cela doit notamment se faire par des interdictions partielles de circuler de nuit sur certains tronçons particulièrement problématiques. Cela peut en particulier être le cas sur des tronçons aux pentes marquées. Ces interdictions partielles pourraient réserver certaines exceptions, notamment pour les résidents ou les transports-publics – toujours toutefois en conservant comme objectif central la réduction des nuisances sonores liées au trafic routier.

Ces interdictions nocturnes viennent utilement compléter d’autres mesures prises – ou envisageables – afin de lutter contre le bruit lié au trafic automobile. Cela couvre notamment les limitations de vitesse nocturnes généralisées qui sont prévues pour être mises en œuvre à Lausanne3.

Ce n’est qu’avec de telles mesures que les risques pour la santé des lausannoises et lausannois, mis en lumière et développés par l’étude menée par des chercheurs du CHUV, des HUG et de l’EPFL, peuvent être réduits.

Conclusions :

La présente initiative invite la Municipalité à étudier l’opportunité d’interdire la circulation nocturne de véhicules motorisés (entre 22h et 6h) sur certains tronçons routiers. Ce faisant, la Municipalité pourra prévoir certaines exceptions (résidents, transports-publics, etc.), tout en conservant comme objectif principal la réduction des nuisances sonores liées au trafic routier.

David Raedler

1 Stéphane Joost, José Haba-Rubio, Rebecca Himsl, Peter Vollenweider, Martin Preisig, Gérard Waeber, Pedro Marques-Vidal, Raphaël Heinzer, Idris Guessous, Spatial clusters of daytime sleepiness and association with nighttime noise levels in a Swiss general population (GeoHypnoLaus), International Journal of Hygiene and Environmental Health, 1 June 2018, p. 951 à 957.

2 Annexe 3.

3https://www.24heures.ch/vaud-regions/lausanne-region/Le-30kmh-la-nuit-une-affaire-de-sante-publique/story/29035039 (vu le 2.04.2019).

David Raedler, Intervention communale

Un accès libre à nos « belles rives » pour toutes et tous

Postulat

Les beaux jours étant enfin de retour, ils s’accompagnent de l’usuelle « transhumance » de toute lausannoise et tout lausannois sur les bords du lac, afin d’y profiter de la météo clémente et de la beauté des paysages lausannois. Cet attrait du lac s’avère aujourd’hui de plus en plus marqué tant ses berges sont utilisées et appréciées par chacune et chacun. Plusieurs des projets récemment annoncés par la Commune de Lausanne – dont la création d’une plage publique à Ouchy – répondent correctement à ce souhait d’accès large aux rives. Le succès de récents bars établis à Bellerive démontre tout aussi clairement cette envie générale de profiter du Léman, tout comme le nombre de personnes qui parcourent les cheminements piétonniers aux abords du lac.

La thématique de l’accès aux rives du lac doit également tenir compte de l’importance de ces rives, tant historique qu’émotionnelle. Habitées depuis 8’000 ans, elles portent en effet les traces de chaque époque, des nécropoles de Vidy (4’500 av. J.-C.) aux menhirs de Lutry (3’000 av. J.-C.), et servent encore aujourd’hui d’abris et de refuge à de nombreuses espèces animales, dont les oiseaux migrateurs1. Cette richesse des rives est d’ailleurs bien soulignée sur le site Internet de la ville, où l’on peut lire que « [a]u bord du lac Léman, les jardins s’avancent jusqu’à l’eau et laissent rarement la place à un chemin (…) [avec toutefois] de très belles exceptions[, p]ar exemple entre Lutry et Morges, [où] un chemin serpente entre rives du lac et jardins soignés, le long des plages sauvages ou des quais fleuris, sur près de 15 km. »2.

L’accès complet et libre au lac est par ailleurs expressément évoqué en droit fédéral à l’art. 3 al. 2 let. c de la Loi fédérale sur l’aménagement du territoire (« LAT »), qui dispose qu’il convient notamment « de tenir libres les bords des lacs et des cours d’eau et de faciliter au public l’accès aux rives et le passage le long de celles-ci ». Il est plus largement au centre de fréquents débats liés à la privatisation de ces berges.

Lausanne, comme elle le prône elle-même, s’avère un bon élève en la matière. Il est en effet possible, en hiver, de cheminer de façon quasiment discontinue des frontières de la Commune de St-Sulpice à celles de Pully. Cette « précision hivernale » est toutefois centrale, dans la mesure où un point noir existe et demeure à ce jour en termes de cheminement lacustre : là où se trouve la piscine de Bellerive. Le chemin passant de la plage publique de Bellerive au Quai du Vent-Blanc est en effet fermé du 15 avril au 15 octobre, obligeant chacune et chacun à remonter sur l’Avenue de Rhodanie et passer à l’arrière du bâtiment de la piscine de Bellerive, ceci sur plus de 700 mètres.

Or, cela coupe directement la cohérence du cheminement au bord du lac, prive le promeneur de la vue du lac et impose de passer sur une route malheureusement bien fréquentée en termes de trafic – ceci sur près d’un kilomètre. En outre, cela crée des complications avec les différents flux de mobilité douce, les piétons occupant très souvent la bande cyclable de l’Avenue de Rhodanie et se confrontant aux rollers, skates et autres trottinettes.

Alors que l’importance de la piscine de Bellerive n’est plus à démontrer, la nécessité de conserver des rives fermées est pour sa part beaucoup moins compréhensible. Il est vrai que cette fermeture pendant 6 mois s’explique par l’exploitation de la piscine et la nécessité de permettre à ses clients d’accéder au lac.

Il est toutefois également vrai que d’autres solutions existeraient pour combiner ces deux intérêts, tout aussi rentables, notamment :

  • placer une entrée au sud-ouest de la piscine de Bellerive, ce qui permettrait aux personnes venant depuis Vidy d’entrer beaucoup plus facilement dans la piscine, sans devoir la contourner entièrement2 ;
  • rendre l’accès à la piscine de Bellerive gratuit, sur le modèle du célèbre Marzilibad de Berne, dont la piscine, l’énorme pelouse et l’accès à l’Aar sont libres de tout coût d’entrée3.

S’agissant spécifiquement de cette seconde possibilité, l’exemple bernois devrait servir de modèle à la ville de Lausanne, tant l’engouement de la population pour le Marzili que le succès du lieu sont énormes. La vente de nourritures et de boissons, ajoutée à l’énorme popularité du lieu, permettent dans ce cadre en grande partie de compenser la gratuité des lieux.

A noter que les clôtures existant actuellement pour la période hivernale permettraient vraisemblablement de mettre en œuvre ces mesures (qu’il s’agisse de la première ou de la seconde) facilement et sans grand coût d’infrastructure.

A l’heure où Lausanne met en avant ses rives et prônes un nouvel accès au lac, il apparaît essentiel de permettre à toutes les lausannoises et tous les lausannois d’en profiter librement et sans blocages inutiles !

Conclusions :

La présente initiative invite la Municipalité à étudier l’opportunité de libérer toute l’année le cheminement passant de la plage publique de Bellerive au Quai du Vent-Blanc. Ce faisant, elle est également invitée à étudier la possibilité de (i) créer une entrée sud-ouest à la piscine de Bellerive ou (ii) rendre gratuit l’accès à la piscine de Bellerive, sur le modèle du Marzilibad de Berne.

David Raedler

1 Voir notamment le Plan directeur cantonal des rives vaudoises du lac Leman de 2000.

2 La nécessité de créer une autre entrée à la Piscine de Bellerive a d’ailleurs été relevée par la Municipalité dans le cadre du Rapport-préavis n° 2012/43 « Bellerive – plage Réponses aux postulats de M. Guy Gaudard et de M. François Huguenet, ainsi qu’aux deux nouvelles conclusions apportées par le conseil communal au rapport-préavis n° 2009/67 demande de crédit complémentaire », par. 6.2 et 6.3.

3 A l’image de toutes les piscines de la ville de Berne gérées par une collectivité de droit public. A noter que plusieurs initiatives émanant de conseillers communaux ont précédemment été déposées en lien avec le parc de la piscine de Bellerive, aucune toutefois ne proposant d’étudier la gratuité du lieu.

David Raedler, Intervention communale

Quel bilan tirer de la qualité des déchets végétaux récoltés depuis le 1er janvier 2018 ?

Interpellation 

Le tri des déchets verts a longtemps perturbé passablement de lausannoises et de lausannois quant aux produits pouvant y être mis. Sacs compostables, restes de repas, coquilles d’œuf, bouchons de chasselas : il n’était pas toujours clair de savoir ce qui pouvait y terminer sa vie.

Les Verts ont salué avec entrain le changement de pratique décidé par la Municipalité depuis le 1er janvier 2018 et le choix d’une filière de biométhanisation pour la valorisation des déchets verts. Cette solution – également l’une des conséquences de la disparition de la compostière lausannoise – a grandement facilité l’identification des déchets verts, qui peuvent aujourd’hui accueillir justement restes de repas et sacs compostables respectant la norme EN 13432.

Cette facilitation du tri a non seulement profité aux habitantes et habitants lausannois, mais aussi aux restaurateurs et autres grands producteurs de biodéchets, dont les grandes surfaces. Là également, ils peuvent « réduire » en biodéchets une grande partie de produits qui étaient auparavant destinés à être brûlés.

Il est essentiel maintenant que cette nouvelle pratique soit évaluée par la Municipalité, notamment en ce qui concerne la qualité des biodéchets et la présence possible de plastiques. En effet, quasiment tous biodéchets terminent leur vie en compost et autres engrais, ceci y compris après un processus de méthanisation. Dès lors, le problème des plastiques se trouvant dans ces déchets demeure central – tant ce type de pollution peut présenter des risques essentiels pour la santé de toutes et tous. Ces risques sont d’autant plus marqués lorsque les déchets plastiques sont réduits à de petites particules, voire des microplastiques.

Dans un article paru en juin 2018, le Spiegel s’était inquiété du problème causé par ces plastiques présents dans le compost (y compris, et notamment, suite au processus de biométhanisation) sur la santé des allemandes et allemands1. Il apparaissait en particulier que les supermarchés envoyaient dans les déchets verts le reste de leurs déchets verts et carnés encore emballés. Ces déchets sont plus précisément broyés avec leurs emballages plastiques et le résultat de cette opération envoyé au compost – polluant par-là les sols, cours d’eau et nappes phréatiques.

De façon moins grave que le processus décrit ci-dessus, il apparaît également que les étiquettes en plastique apposées sur les fruits et légumes engendrent tout de même une pollution importante des déchets verts par leur présence dans les résidus utilisés comme compost. Là également, la responsabilité des supermarchés et autres grandes surfaces se pose quant à la pollution engendrée et les risques causés à la santé de tout un chacun.

Enfin, l’on peut rappeler ici encore le problème maintes fois évoqué dans ce Conseil des erreurs faites par les particuliers lorsqu’ils utilisent des sacs non compostables pour leurs déchets verts, ou jettent carrément des déchets non compostables avec les déchets verts. Ce problème semblait en forte diminution selon la réponse qui a été donnée en 2016 par la Municipalité à un postulat2, mais n’apparaît pas réglé à ce jour.

Ces problèmes viennent s’ajouter à d’autres thématiques liées aux déchets verts qui font l’objet d’un postulat (« pour une production de biogaz lausannois ») et d’un projet de règlement lié à la distribution de sacs plastiques dans le cadre de marchés lausannois, tous deux déposés par le Groupe des Verts.

Dans ce contexte, les interpellateurs posent à la Municipalité les questions suivantes :

  • Quel bilan la Municipalité tire-t-elle du changement de pratique opéré avec effet au 1er janvier 2018 concernant les déchets verts, au regard du processus de biométhanisation choisi ?
  • La Municipalité constate-t-elle en particulier une présence accrue de déchets ne devant se retrouver dans le compost, en particulier des plastiques (sacs, emballages, etc.) ?
  • La Municipalité procède-t-elle à un contrôle des déchets verts produits par les grandes surfaces et supermarchés, notamment afin d’y détecter cas échéant la présence d’emballages et d’étiquettes en plastique ? Plus généralement, la Municipalité a-t-elle constaté – ou a-t-elle des motifs de craindre l’existence – d’une pratique consistant, pour les grandes surfaces et supermarchés, à broyer les déchets verts avec leurs emballages ?
  • Quelles mesures la Municipalité a-t-elle déjà prises pour lutter contre la présence de déchets non-compostables émanant de particuliers, notamment depuis le changement de pratique opéré au 1er janvier 2018 ?
  • La Municipalité entend-elle mettre en œuvre des moyens (y compris sous l’angle de sanctions) afin de limiter les plastiques se trouvant dans les déchets verts, notamment issus des :
    • emballages et suremballages produits par les grandes surfaces et supermarchés ;
    • sacs non compostables et autres déchets jetés par des particuliers ;
    • étiquettes en plastique apposées sur les fruits et légumes.

Nous remercions la Municipalité pour ses réponses.

David Raedler

1 Wie der Plastikabfall in die Natur kommt, Der Spiegel, 1er juin 2018.

2 Postulat déposé le 9.9.2014. Réponse donnée dans le Rapport-préavis N° 2016/04 – TRX – Réponse au postulat de M. Rossi Vincent – Déchets compostables : sortir du bourbier. 28.1.2016.