Feuille verte, Lausanne

Confiné·e·s mais d’autant plus déterminé·e·s !

Depuis le début de l’année, nous sommes témoins d’événements dont nous n’avions probablement même pas idée pour la majorité d’entre nous. Jour après jour, nous apprenons à adapter nos vies et ce qui nous semblait impensable devient nécessaire. Dans la foulée, ce qui nous paraissait inimaginable hier devient une nécessité aujourd’hui : ce 1er mai, nous ne serons pas dans la rue !

Mais cette absence dans les rues n’est clairement pas synonyme d’absence de revendications. Bien loin s’en faut. Au contraire, la crise que nous vivons actuellement prouve la fragilité de notre système et son incapacité à protéger les faibles d’entre nous. Elle prouve, une fois de plus, que ce sont celles et ceux qui sont depuis toujours les plus précarisés qui se retrouvent au front pour assurer que notre société ne s’effondre pas totalement. Elle prouve que l’impunité avec laquelle la nature est traitée ne peut rester indéfiniment sans conséquence pour l’être humain.

Il est plus que nécessaire que la crise que nous traversons, toutes et tous, nous permette de repenser le monde de demain pour toutes et tous.

Ces dernières semaines nous ont montré combien nous sommes dépendants des personnes dont le rôle n’est toujours pas considéré à sa juste valeur. En plus des équipes de soins, et notamment le personnel infirmier, tant de professions sont au front : dans les magasins de première nécessité, les administrations, les services de distribution postale, le monde agricole… Tant de personnes qui ont dû faire preuve de courage et d’abnégation pour se montrer à la hauteur de leurs responsabilités.

Bien que venant d’horizons divers, ces professions ont toutes un point en commun : elles ont toutes été bafouées, méprisées et mal considérées depuis de (trop) nombreuses années.

Il faut également souligner que, dans beaucoup de ces professions, les femmes sont très nombreuses. Cette période a aussi mis en évidence l’importance des activités des femmes au sein des familles. Nous répétons aujourd’hui la nécessité de pouvoir concilier vie professionnelle et vie privée, notamment par l’encouragement du télétravail, de mieux répartir les tâches de soin et d’enfin les valoriser économiquement.

Ceci nous montre, malheureusement une fois encore, que toutes les revendications de ces indispensables actrices et acteurs de la société ne sont toujours pas entendues… Bien au contraire, les milieux économiques exercent d’intolérables pressions sur tous les fronts pour que l’activité reprenne à la « normale », tout en étant conscients des risques qu’ils/elles font courir à leurs équipes.

Chaque année, nous devons descendre dans la rue, le premier jour du mois de mai, pour, ensemble, exprimer notre ras-le-bol de cette injustice sociale et de ce manque de solidarité. Même si, sur certains fronts, des avancées ont pu être constatées, nous sommes très loin de voir réalisées nos revendications répétées, années après années. Nous ne nous contentons pas des promesses des milieux économiques.

Nous voulons croire que la crise actuelle nous permettra de lancer un mouvement nouveau et de vivre dans un monde où une meilleure justice sociale, une meilleure considération et une meilleure répartition des ressources sont possibles.

Les nombreuses et émouvantes preuves de solidarité qui ont éclos partout dans notre pays doivent d’autant plus nous encourager à nous unir pour faire front commun.

Donc, si cette année, ça ne sera pas dans la rue que nous donnerons de la voix, nous serons toutes et tous à nos fenêtres et nos balcons pour « notre santé avant leur profit »!

Pour le bien de tous les êtres vivants, pour celui de notre planète, pour celui des générations futures, rejoignez-nous, dès 15h00, avec ou sans banderole, mais avec votre volonté et votre enthousiasme !

Keko Razzano

David Raedler, Intervention communale

Assurer la distanciation sociale dans le but de renouer le lien social

Interpellation urgente

Il n’est malheureusement plus nécessaire de le rappeler : les mesures liées à la lutte contre la pandémie de Coronavirus ont très fortement affecté quasiment tous les pans de l’économie et de la vie sociale de chacune et chacun. Parmi les mesures qui sont imposées par l’OFSP, les « gestes barrières » ainsi que la « distanciation sociale » tiennent une place centrale. C’est en effet par elles que nous pouvons assurer un ralentissement de la propagation du virus et agir afin de protéger autrui.

Ces mesures de distanciation sociale ont naturellement des conséquences directes sur la vie de chacune et chacun, sur nos habitudes ainsi que sur les activités économiques possibles. Rencontrer des amis, faire un petit apéro ou se déplacer en ville devient chose compliquée lorsque cela doit se faire à distance raisonnable. Ceci en particulier dans la mesure où l’espace à disposition n’est pas illimité et que les beaux jours du printemps et de l’été arrivent à grands pas.

Dans le cadre du plan de déconfinement décidé par les autorités fédérales et qui est petit-à-petit mis en œuvre au niveau local, la nécessité d’assurer en tout temps une distanciation sociale entre individus va constituer l’un des points essentiels. Considérant la durée prévue de ce plan, cela doit permettre également de retrouver une vie aussi normale que possible, tant sociale que professionnelle et de loisir. Les activités économiques locales doivent aussi pouvoir reprendre.

Pour ce faire, il appartient notamment aux villes d’assurer que leurs habitantes et habitants disposent des espaces publics suffisants pour respecter les exigences de distanciation sociale. Cela passe en particulier par trois pans d’actions.

  1. La place disponible dans les transports publics et les alternatives offertes, notamment pour les vélos et les piétons 

La Commune de Lausanne doit garantir à la fois le maintien d’une offre forte en transports publics et l’existence d’alternatives réelles pour décharger ces transports publics. Si nous souhaitons éviter une congestion automobile complète (avec les problèmes de sécurité et de pollution s’y rapportant), cela doit se faire principalement de deux façons :

  • des aménagements larges et sécurisés pour les cycles et piétons, cas échéant, en reprenant une partie de l’espace concédé aux voitures individuelles, notamment pour le parking ;
  • un accès simple et facilité des habitantes et habitants de la Commune aux vélos, notamment à assistance électrique.

S’agissant spécifiquement de cette seconde possibilité, il est central dans une ville comme la Commune de Lausanne d’assurer l’accès à des vélos à assistance électrique ainsi qu’à des vélos « de bonne qualité » permettant d’en aplatir la topographie.

  1. La place disponible dans les bars et restaurants qui rouvriront

Tant les exigences renforcées en matière d’hygiène que les besoins de place liés à cette distanciation sociale auront pour effet d’augmenter les charges ainsi que de réduire les revenus des exploitantes et exploitants de bars et restaurants. Au final, la rentabilité de ces établissements en souffrira directement. Une telle situation inquiète naturellement, tant les bars et restaurants composent un pan essentiel de l’économie locale et jouent un rôle central dans le maintien du tissu social et le dynamisme d’une ville.

Dans ce contexte, l’on peut espérer que l’arrivée des beaux jours permette une reprise tempérée de ces activités, toujours en assurant le respect de la distanciation sociale. Les terrasses et l’appropriation d’autres lieux publics joueront alors un rôle très important, dans la mesure où ils pourront permettre aux établissements de continuer leurs activités avec une surface agrandie. Et ainsi, accueillir un nombre de clients suffisant pour que leurs activités soient viables. Cela impose toutefois d’étendre les espaces à disposition et d’assouplir les règles relatives aux terrasses, à l’image de ce que d’autres villes ont pu faire1.

  1. Les espaces publics mis à disposition des habitantes et habitants.

Les beaux jours arrivant, il est naturel que les lausannoises et lausannois souhaiteront profiter d’un bol d’air en se rendant dans les parcs et sur les rives du Léman. Cela impose de leur offrir un accès aussi large que possible aux beaux espaces publics de la Commune, d’une façon à permettre de respecter les règles et impératifs en matière de distanciation sociale.

Pour ce faire, il est nécessaire que les espaces publics à disposition soient suffisamment nombreux et étendus. En particulier, et alors que le Conseil fédéral a annoncé la possible réouverture des piscines le 8 juin prochain, les impératifs en termes d’hygiène et de distanciation sociale, de même que les craintes fondées de la population, rendent vraisemblable que l’exploitation de la piscine de Bellerive cette année soit très limitée. Or, cet espace offre non seulement un large accès aux eaux vives du Léman, mais aussi un large parc. Se pose donc l’éventualité que les rives ainsi que le parc de Bellerive demeurent accessibles librement au public durant tout le printemps et l’été2.

Forts de ces éléments et de l’urgence dans laquelle nous nous trouvons, les interpellateurs et interpellatrices posent les questions suivantes à la Municipalité.

Questions :

  1. Quelles mesures la Municipalité a-t-elle prévu pour assurer le maintien d’une offre forte en transports publics permettant d’assurer aux passagères et passagers le respect des règles en matière de distanciation sociale ?
  1. La Municipalité a-t-elle prévu d’adapter les horaires et modalités de travail de ses employés afin de décharger les transports publics aux heures de pointe, par exemple par le biais d’horaires souples ou d’un recours plus important au télétravail ?
  1. La Municipalité a-t-elle prévu des aménagements (temporaires ou définitifs) permettant de donner plus de place aux cyclistes et piétons en ville ?
  1. La Municipalité prévoit-elle de réduire les espaces concédés au parking en surface des véhicules automobiles dans le but d’accroître la place à disposition des cycles et piétons ?
  1. La Municipalité prévoit-elle d’augmenter les subventions à l’acquisition de vélos à assistance électrique ?
  1. La Municipalité a-t-elle prévu d’assouplir les règles applicables aux autorisations de terrasses pour les bars et restaurants de la Commune de Lausanne ?
  1. La Municipalité prévoit-elle d’augmenter la surface à disposition pour l’installation de terrasses, notamment :
  1. Sur les places de la Commune ?
  2. En prenant de l’espace sur des places de parc dédiées au trafic individuel motorisé ?
  3. En fermant temporairement certaines rues au trafic ou en réduisant l’espace dédié au trafic individuel motorisé.
  1. Quelles mesures la Municipalité a-t-elle prévu de mettre en place pour assurer l’accessibilité à suffisamment d’espaces publics en faveur de la population, dans le but de permettre à chacune et chacun de respecter les impératifs de distanciation sociale ?
  1. La Municipalité prévoit-elle de créer de nouveaux espaces publics temporaires, y compris cas échéant de nouvelles places de jeux ?
  1. Si de nouveaux espaces publics temporaires sont prévus, est-il prévu de profiter pour ce faire de l’espace actuellement occupé par le parking en plein-air ?
  1. La Municipalité prévoit-elle que les rives ainsi que le parc de Bellerive puissent rester accessibles librement au public durant tout le printemps et l’été 2020 ?
  1. La Municipalité prévoit-elle d’aménager de nouveaux espaces temporaires pour l’accès au lac durant le printemps et l’été 2020 ?

David Raedler, Valéry Beaud, Sima Dakkus, Ilias Panchard, Xavier Company

1 Notamment Vilnius : https://www.theguardian.com/world/2020/apr/28/lithuanian-capital-to-be-turned-into-vast-open-air-cafe-vilnius.

2 Une demande qui a d’ailleurs été faite à plusieurs reprises par le Conseil communal, la dernière fois en renvoyant directement à la Municipalité le postulat du 9 avril 2019 « Un accès libre à nos ‘belles rives’ pour toutes et tous ».

Lausanne

Permettre à la population de respecter la distanciation sociale dans le but de renouer le lien social !

Les Vert·e·s lausannois·es ont déposé ce jour une interpellation urgente adressée à la Municipalité de Lausanne concernant les voies d’actions qui doivent être suivies afin de permettre à la population de respecter les impératifs de distanciation sociale tout en reprenant petit-à-petit un semblant de vie normale. Elle s’inscrit à la suite directe des annonces du Conseil fédéral de hier, dont l’ouverture des bars et restaurants dès le 11 mai prochain fait partie.

Les Vert-e-s lausannois-es s’interrogent sur la place qui est donnée à chacune et chacun dans la reprise (sociale et économique) annoncée. Pouvoir rouvrir des commerces locaux, boire un apéro entre ami·e·s ou manger au restaurant nécessite dans tous les cas le respect de la distanciation sociale. Un impératif qui va s’inscrire sur le long terme et qui requiert d’offrir suffisamment d’espace à la population. Pour assurer cela, les Vert-e-s lausannois-es ont identifié trois pans d’actions qu’ils souhaitent être mis très rapidement en place par la Municipalité de Lausanne :

  1. Une augmentation des aménagements vélos et piétons : afin d’assurer la distanciation sociale dans les transports publics tout en évitant une congestion automobile complète (avec les problèmes de sécurité et de pollution s’y rapportant), il est nécessaire d’assurer (i) des aménagements larges et sécurisés pour les cycles et piétons, cas échéant, en reprenant une partie de l’espace concédé aux voitures individuelles (notamment pour le parking) et (ii) un accès simple et facilité des habitantes et habitants de la Commune aux vélos à assistance électrique par l’augmentation des subventions à l’achat.
  2. Une augmentation et simplification des terrasses pour les bars et restaurants : pour assurer que les bars et restaurants puissent demeurer rentables malgré les exigences de distanciation sociale, il est essentiel de leur octroyer plus de place, notamment par les terrasses et l’appropriation d’autres lieux publics. Cela impose d’étendre les espaces à disposition et d’assouplir les règles relatives aux autorisations, à l’image de ce que d’autres villes ont pu faire1.
  3. L’augmentation des espaces publics accessibles, dont l’ouverture de Bellerive : avec les beaux jours, nous serons nombreuses et nombreux à souhaiter profiter d’un bol d’air dans les espaces publics de la Ville, notamment au bord du lac. Pour assurer suffisamment de place à chacune et chacun, cela nécessite l’ouverture de nouveaux espaces publics. À ce titre, les Vert·e·s lausannois·es proposent que les rives ainsi que le parc de Bellerive demeurent accessibles librement au public durant tout le printemps et l’été2.

Dans l’ensemble, les Vert·e·s lausannois·es invitent la Municipalité à agir rapidement dans le sens des propositions faites, afin de permettre une reprise sociale et économique rapide tout en évitant une nouvelle aggravation de la pandémie.

1 Notamment Vilnius : https://www.theguardian.com/world/2020/apr/28/lithuanian-capital-to-be-turned-into-vast-open-air-cafe-vilnius.

2 Une demande qui a d’ailleurs été faite à plusieurs reprises par le Conseil communal, la dernière fois en renvoyant directement à la Municipalité le postulat du 9 avril 2019 « Un accès libre à nos ‘belles rives’ pour toutes et tous ».

Ilias Panchard, Intervention communale, Lausanne

Crise humanitaire à Lesbos : Lausanne solidaire des réfugiés ?

Interpellation urgente


Près de la moitié de la population mondiale fait aujourd’hui face à des mesures de confinement. Cependant, les conditions de son vécu sont largement inégales selon le pays où l’on vit et les moyens dont on bénéficie. Les camps de réfugiés, déjà soumis à d’innombrables difficultés, font hélas partie des lieux les plus vulnérables lors d’une pandémie.

Sur les îles de la Mer Egée, une véritable catastrophe humanitaire est en cours. Des dizaines de milliers de réfugiés et de déplacés, venant de zones de guerre et appauvries, y sont bloqués. Ayant atteint l’Europe, ils ne bénéficient d’aucune protection digne de ce nom, n’ont pas accès aux soins et leur droit à déposer une demande d’asile vient d’être suspendu.


D’après les rapports des organisations caritatives qui sont sur place, les besoins fondamentaux des réfugiés bloqués dans le camp de Moria, sur l’île de Lesbos, ne sont pas couverts. Alors que, sur l’île, il est interdit d’être plus de deux personnes dans la rue, le camp, prévu pour accueillir 3000 personnes, regroupe aujourd’hui plus de 20’000 personnes dans des conditions indignes.

Médecins sans frontières, présente sur place, évoque « une toilette pour 167 personnes, une seule douche pour 200 personnes et un robinet pour 1 300 personnes ». Pour accéder aux toilettes et aux douches, trop rarement désinfectées, ainsi que pour la distribution de nourriture, souvent immangeable, les personnes doivent faire des heures de queue. Les tentes et les huttes de fortune construites avec les moyens du bord s’agglutinent. Dans ces circonstances, il est impossible d’appliquer les recommandations d’hygiène et de distanciation sociale, comme par exemple celles préconisées par l’OMS (ou celles de l’OFSP en Suisse). Sans compter qu’il n’existe vraisemblablement aucun plan d’urgence sanitaire à même de se déployer rapidement. En cas de flambée du virus, de nombreux décès sont à craindre sans que la catastrophe ne puisse alors être évitée.

La Suisse, en tant que signataire des accords de Dublin, porte une co-reponsabilité dans le drame humanitaire en cours dans les îles grecques. Les accords de Dublin, fondement de la politique d’asile européenne, ont créé cette situation catastrophique. En empêchant les réfugiés de déposer une demande d’asile dans un autre pays que celui dans lequel ils sont arrivés en premier, cette “politique de non-asile” crée des catastrophes humanitaires comme celle de Lesbos et les conséquences se répercutent quasi exclusivement sur les pays méditeranéens comme la Grèce, l’Italie ou l’Espagne.

Chaque pays peut, de sa propre initiative, décider d’accueillir des réfugiés ayant fait une demande d’asile. Nous pouvons, légalement, prendre en charge ici des réfugiés bloqués sur les îles grecques. Plusieurs pays européens ont décidé de franchir le pas. Un pont aérien pourrait être mis en place, à l’instar de celui mis en place récemment pour rapatrier nos concitoyen-ne-s du monde entier. La Suisse a les moyens d’y participer. Et nos villes ont des capacités de logement, le personnel nécessaire et de nombreux réseaux citoyens de solidarité à même de secourir ces réfugiés et pour améliorer la situation sur les îles grecques. Lausanne tout particulièrement.

Suite aux pressions exercées par de nombreux appels et mobilisations de la société civile, dont un appel récent lancé par des milieux d’Église et plus de 110 organisations, soutenu par plus de 15’000 personnes en quelques jours, demandant d’accueillir urgemment des réfugiés bloqués en Grèce2, la Suisse a proposé à la Grèce d’accueillir des mineurs non accompagnés en Suisse, à condition qu’ils aient des liens familiaux dans notre pays. Suite à cela, le 17 avril, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) a reçu et approuvé 21 (!) demandes d’accueil concernant des requérants d’asile mineurs. Ces démarches sont à saluer. Néanmoins, représentant moins d’un millième des personnes présentes sur la seule île de Lesbos, cette action positive s’avère largement insuffisante face à l’ampleur de la crise humanitaire en cours sur le sol européen.

Ces dernières semaines, les habitantes et habitants de la ville de Lausanne ont fait preuve d’une solidarité conséquente, mis en place des systèmes d’entraide impressionnants et ainsi fait davantage attention aux personnes qui les entourent. L’attention portée sur les personnes les plus précaires et vulnérables est à saluer. Dans le cas où une volonté et des actions politiques fortes en faveur des réfugiés devaient se développer prochainement, nos concitoyen-ne-s sauront à coup sûr aussi nous aider à relever le défi de la solidarité avec les réfugiés bloqués hors de nos frontières et soutenir ces démarches.

Quand le courage politique ne vient pas suffisamment des Etats, il est de la responsabilité des villes d’assumer leur rôle de solidarité, de renforcer leur tradition d’accueil, d’ouverture sur le monde et de s’affirmer comme des lieux de refuge pour les personnes menacées et précarisées.

Suite aux éléments qui précédent et à la longue tradition de solidarité et d’accueil face aux tragédies du monde chère à la ville de Lausanne, nous adressons les questions suivantes à la Municipalité :

  1. Comment la Municipalité analyse-t-elle l’évolution de la situation migratoire sur les îles grecques ainsi qu’aux frontières turco-grecques et turco-bulgares ? La crise sanitaire du coronavirus fait-elle évoluer l’analyse de la Municipalité ?

  2. Plus globalement, quelle est la position de la Municipalité vis à vis du système Dublin (dont la Suisse fait partie), de Frontex, l’agence européenne de sécurité des frontières extérieures auquel la Suisse contribue financièrement et participe aux opérations, et du délit de solidarité qui criminalise les actes de solidarité envers les réfugiés ?

  3. La Municipalité de Lausanne a-t-elle fait part à la Confédération de sa disposition et volonté ferme à accueillir sur le territoire communal des réfugiés actuellement bloqués dans les îles grecques ? Si non, compte-t-elle le faire prochainement ?
  1. Afin de concrétiser cette demande et étant donné la lenteur des procédures et les méandres administratifs dans lesquels les dossiers de regroupement familial s’enlisent bien souvent, la Municipalité de Lausanne a-t-elle effectué des démarches visant à identifier les personnes habitant dans la région lausannoise qui auraient de la famille parmi les réfugiés bloqués dans les îles grecques ?
  1. Si c’est le cas, la ville accompagne-t-elle ces personnes dans les démarches de regroupement familial ? Si non, est-elle prête à initier cette démarche de recherche puis d’accompagnement ?

  2. Est-ce que les deux questions précédentes ont été récemment évoquées au sein de l’Union des villes suisses ou avec d’autres villes suisses dans d’autres cadres ?
    1. La Municipalité ne considère-t-elle pas qu’une démarche conjointe menée par plusieurs dizaines de villes suisses aurait un impact important à même de forcer la Confédération à accueillir plusieurs milliers de réfugiés et, à terme, d’infléchir la politique d’asile helvétique ?

  3. En plus des potentielles démarches urgentes visant à accueillir des réfugiés bloqués sur les îles grecques et aux frontières extérieures de l’Union Européenne, la Municipalité envisage-t-elle de contribuer à une aide directe sur place (sanitaire, financière, accès à l’eau, etc.) ?
    1. En ce sens, la Municipalité est-elle en contact avec des associations sur place ou à Lausanne oeuvrant dans ce domaine ?
    2. Suite à l’événement Lausanne Méditerranées consacré à la Grèce pour sa seconde édition (2018), la Municipalité a-t-elle développé des synergies ou des contacts en Grèce pouvant aider dans ce contexte humanitaire ?
    3. La Municipalité compte-t-elle prendre contact avec les organisations internationales présentes sur le territoire communal pour les inciter à évaluer leurs moyens d’action sur place, par exemple par le sport ou la mobilisation de moyens financiers, face à cette tragédie humanitaire ?

  4. Enfin, la Municipalité est-elle prête à dégager une enveloppe budgétaire pour répondre, à son échelle, à la catastrophe humanitaire en cours depuis plusieurs mois sur les îles de la Mer Egée ?

Ilias Panchard, Claude Nicole Grin, Xavier Company, Ngoc Huy Ho

Intervention communale, Lausanne, Valéry Beaud

Blécherette: valorisation écologique

Pour une valorisation écologique d’une partie des surfaces comprises dans le périmètre de l’aéroport de la Blécherette

Postulat

Le 11 février 2020, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) ont présenté conjointement une nouvelle aide à l’exécution intitulée « Biodiversité et compensation écologique sur les aérodromes », qui expose les potentialités de maintien et de promotion de la biodiversité ainsi que de revalorisation écologique des surfaces des aérodromes non directement utilisées pour l’activité aéronautique.

Ce rapport décrit notamment que « des analyses scientifiques démontrent que la surface minimale d’habitats proches de l’état naturel à l’intérieur des terres agricoles devrait atteindre 12 % de la surface totale exploitée afin d’empêcher la disparition et la perte de diversité des espèces animales et végétales. La proportion de 12 % convient également aux aérodromes pour définir la part de la compensation écologique sur la surface totale, idéalement le périmètre Plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique (PSIA) ». Les milieux naturels de qualité à promouvoir peuvent par exemple être des prairies extensives, des haies, des surfaces rudérales de longue durée et tas d’épierrage, des fossés humides, mares et étangs, etc.

Dans le chapitre sur les outils de financement, cette publication précise notamment que selon l’art. 37 de la Loi fédérale concernant l’utilisation de l’impôt sur les huiles minérales à affectation obligatoire et des autres moyens affectés à la circulation routière et au trafic aérien (LUMin), « l’OFAC peut octroyer des contributions aux frais des mesures de protection de l’environnement, également aux mesures de compensation écologique sur les aérodromes ». A ce titre, le rapport précise que « les critères d’obtention selon LUMin sont très stricts : seules les démarches volontaires dont les objectifs sont ambitieux, comme par exemple, des surfaces proches de l’état naturel supérieures au 12 % minimum attendus, pourront être examinées ».

Dans le cas de l’aéroport de la Blécherette, les 192’300 m2 du droit distinct et permanent de superficie (DDP) sont actuellement occupés par 14’933 m2 de bâtiment (8 %), environ    79’000 m2 d’autres surfaces imperméables (41 % : pistes, héliports, voies de circulation, stationnement des avions, stationnement des voiture, etc.) et environ 98’000 m2 de surfaces vertes (51 %, soit 22 % entre des surfaces imperméables et 29 % autour de celles-ci), le plus souvent des prairies sans grandes qualités apparentes à l’heure actuelle. Ces surfaces vertes, naturelles ou proches de l’état naturel, possèdent un réel potentiel de valorisation écologique pour le maintien et le développement d’espèces animales et végétales.

L’aéroport de la Blécherette est en effet situé entre des territoires d’intérêt biologique supérieur (TIBS) du Réseau écologique cantonal (REC-VD), soit à l’Est le cours d’eau du Petit Flon et son cordon boisé et à l’Ouest la forêt du Désert et son prolongement vers le nord. De plus, l’extrémité Nord du périmètre de l’aéroport se trouve à proximité d’un corridor à faune d’importance régionale à renforcer. Les milieux naturels à développer dans le périmètre de l’aéroport de la Blécherette devraient ainsi s’inscrire dans le réseau écologique et s’articuler avec les mesures de compensation écologique misent en œuvre dans le cadre de la réalisation du Centre sportif de la Tuilière. En prenant comme référence la surface du DDP, la surface minimale des milieux naturels de grande qualité à réaliser à l’intérieur de celui-ci pour répondre aux objectifs de la Confédération (minimum 12%) devrait être d’environ 23’000 m2. Au vu de la configuration particulière du site de la Blécherette, cette surface pourrait même être largement augmentée.

Sur la base des différents éléments exposés ci-dessus, le présent postulat demande donc à la Municipalité d’étudier l’opportunité de présenter avec l’Aéroport Région Lausannoise “La Blécherette” SA un projet ambitieux de valorisation écologique d’une partie des surface comprises au sein du périmètre de l’aéroport de la Blécherette, et de solliciter les contributions financières de la Confédération.

Valéry Beaud, Marie-Thérèse Sangra

Intervention communale, Lausanne, Valéry Beaud

Mais où est donc bien passé le Plan Directeur Communal (PDCom) ?

Interpellation

Conformément à l’art. 16 de la Loi cantonale sur l’aménagement du territoire et les constructions (LATC), les plans directeurs définissent la stratégie d’aménagement du territoire pour les quinze à vingt-cinq prochaines années et les mesures de mise en œuvre. Ils assurent aussi la coordination des politiques publiques ayant un effet sur le territoire.

A Lausanne, le Plan directeur communal (PDCom) en vigueur date de 1996. Depuis lors, les circonstances ont sensiblement changé et cet ancien PDCom est obsolète. Il a notamment perdu sa capacité à impulser et mettre en cohérence les actions municipales. Comme prévu par la Loi cantonale, la Municipalité a donc initié à la fin des années 2000 sa révision, afin de répondre aux nouveaux défis à relever.

Pour une commune comme Lausanne, le PDCom est un outil extrêmement important, car il regroupe les intentions de la Ville pour gérer et développer son territoire. C’est également un outil de planification qui engage les autorités publiques, la Ville et le Canton. De plus, le PDCom constitue la base pour la révision du Plan d’affectation communal (PACom, anciennement Plan général d’affectation, PGA).

Ainsi, c’est le 24 mai 2011 que le Conseil communal adoptait le préavis n°2010/64 relatif aux intentions de la Municipalité pour la révision du PDCom, allouant par la même occasion un crédit d’investissement de 1’200’000 francs pour les frais d’études et la prise en charge des mandats extérieurs nécessaires.

Depuis lors, de nombreuses études et analyses ont été menées, d’une part par des mandataires externes mais également en interne de l’administration communale, au sein de laquelle des dizaines de collaborateurs ont été impliqués. La commission consultative de l’urbanisme et des transports (CCUT) a également été régulièrement mise à contribution durant l’élaboration du PDCom. Après un envoi d’un projet de PDCom pour examen préalable des services cantonaux en 2014, et la consultation des communes voisines, celui-ci a été adapté et à nouveau soumis aux services cantonaux en 2017 pour examen complémentaire. Il a ensuite été finalisé en vue de la mise en consultation publique de 30 jours, conformément à l’art. 17 de la LATC, qui s’est tenue du 21 février au 22 mars 2019.

La population lausannoise a également été associée à la révision du PDCom, d’une part lors d’une exposition publique qui s’est tenue aux Arches du Grand-Pont du 3 au 20 décembre 2014, puis durant la consultation publique, avec une grande soirée d’information publique à la Salle des fêtes du Casino de Montbenon en présence de 3 Municipaux le 20 février 2019, ainsi qu’une exposition publique sur la vision « Lausanne 2030 » qui s’est tenue au Service de l’urbanisme durant toute la durée de la consultation, avec des permanences en présence d’experts de la Ville.

Lors de la soirée d’information publique du 20 février 2019, le calendrier présenté à la population pour la suite de la démarche était alors le suivant :

  • mai 2019 : rapport de consultation publique du PDCom ;
  • fin 2019 : adoption du préavis PDCom par la Municipalité ;
  • mi-2020 : adoption du préavis PDCom par le Conseil communal.

Par ailleurs, durant la consultation publique, la population lausannoise a été invitée à formuler ses remarques et exprimer son point de vue, les documents mentionnant que « les contributions, observations et remarques reçues lors de cette consultation feront l’objet d’un rapport qui accompagnera le PDCom et sera rendu public ».

Aujourd’hui, près d’une année après la clôture de la consultation publique, alors que le rapport de consultation publique devrait déjà être publié et que le préavis sur le PDCom devrait être en main du Conseil communal, force est de constater que ni le Conseil communal ni la population n’ont eu la moindre nouvelle sur le PDCom, ce qui est en droit de les inquiéter au vu des enjeux extrêmement importants que représente celui-ci.

Enfin, il peut encore être bon de rappeler que dans le bilan à mi-législature du programme de la Municipalité (février 2019), sous le titre « Un développement urbain harmonieux au coeur de l’agglomération », il était encore mentionné que « la Municipalité a adopté les principes du Plan directeur communal, ce qui permettra sa mise en consultation en 2019 et son adoption durant cette législature ».

Au vu de ces différents éléments, nous souhaitons poser les questions suivantes à la Municipalité :

  • Près d’une année après la fin de la consultation publique du Plan directeur communal (PDCom), pourquoi le rapport de consultation publique, annoncé pour mai 2019, n’a pas encore été publié ? Quand le sera-t-il ?
  • Quand est-ce que le préavis sur la révision du PDCom sera-t-il soumis à la Municipalité pour adoption ?
  • Quand est-ce que le préavis sur la révision du PDCom sera-t-il soumis au Conseil communal pour adoption ?
  • De manière plus générale, la Municipalité n’estime-t-elle pas que près de 9 ans après le lancement des études, il serait temps de transmettre le PDCom au Conseil communal pour qu’il puisse en débattre ?
  • Concernant cette fois-ci la révision du Plan d’affectation communal (PACom), la Municipalité avait annoncé en février 2019 qu’une démarche participative aurait lieu dans les quartiers dès l’été 2019. Rien de tel n’ayant été entrepris, qu’en est-il aujourd’hui ?
  • Enfin, la Municipalité peut-elle transmettre au Conseil communal un calendrier réaliste et détaillé de la suite des démarches tant pour le PDCom que pour le PACom ?

Valéry Beaud, Daniel Dubas

Intervention communale, Lausanne, Valéry Beaud

Pôle Gare n° 4

Préavis 2019/51 – Intervention

Lors des trois précédents débats concernant le Pôle Gare (2014/33 + 2015/18 + 2015/79), les Verts ont eu l’occasion de rappeler tout le bien qu’ils pensaient de ce projet dans sa globalité, notamment en termes de renforcement des transports publics, d’ouverture de la Gare vers le Sud de la ville ou de requalification d’espaces publics sur des périmètres étendus tant au Nord qu’au Sud de la Gare. Je ne reviendrais pas là-dessus aujourd’hui, ni sur les réserves que nous avions pu émettre au fil des débats sur le dimensionnement des parkings et certains aspects des développements des secteurs voisins des Epinettes et de La Rasude, même si certaines de ces réserves restent d’actualité.

Je concentrerais aujourd’hui mon intervention sur l’interface multimodale de la place de la Gare (IMPG), soit la place elle-même ainsi que son sous-sol, un projet ambitieux d’une très grande complexité, avec plusieurs sous-projets et de multiples acteurs aux objectifs différents, voire parfois divergents. Et dans ce contexte, je souhaite commencer en adressant des félicitations à notre Municipale Natacha Litzistorf ainsi qu’aux services impliqués dans les différentes négociations, car si nous devons voter ce soir un crédit d’investissement de Fr. 22’400’000.-, qui peut paraître à première vue important, il faut relativiser ce chiffre par rapport à l’ampleur du projet et être conscient que nous nous en tirons plutôt bien, très bien même, en ne payant finalement que 9.5 % de l’interface multimodale de la place de la Gare. Je salue également la coordination effectuée par la Ville de Lausanne pour donner un maximum de cohérence à l’ensemble du projet.

Concernant le projet d’interface lui-même, nous relevons avec plaisir les améliorations qui ont pu être apportées depuis 2016, par exemple en termes d’accessibilité piétonne, d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite ou d’augmentation de l’arborisation, même si nous souhaitons que la végétalisation de la place soit encore renforcée, afin de tenir compte aussi des évolutions climatiques.

Dans le projet d’interface présenté à la commission en août dernier, il restait toutefois un gros point négatif. Il s’agit de l’organisation des circulations sur la partie nord de la place, qui laissait une trop grande place au trafic individuel motorisé, au détriment du fonctionnement de l’interface. Le rapport des mandataires était d’ailleurs d’une honnêteté remarquable, mentionnant dans les stratégies que « un résultat imparfait pour tous les modes vaut mieux qu’un résultat parfait pour une catégorie de mode spécifique ». Nous ne pouvons naturellement pas partager ces propos. En investissant Fr. 22’400’000.-, nous souhaitons avoir un projet exemplaire, en accord avec son temps, sachant que la mise en service de la nouvelle place ne devrait pas avoir lieu avant 2029. D’ici là, l’évolution déjà constatée des habitudes de mobilité des lausannoises et lausannois va se poursuivre et se renforcer. Nous souhaitons donc un projet ambitieux et exemplaire, la place de la gare constituant la 1ère réalisation d’une zone particulière au sens du nouveau Plan directeur communal (PDCom).

Par nos interventions communes avec nos collègues socialistes, de La Gauche et d’autres, nous avons pu amorcer dès l’été passé l’évolution du projet et nous sommes aujourd’hui heureux de constater les optimisations qui sont envisagées pour la partie mobilité de la place, notamment les intentions annoncées dans ce préavis concernant la « première réalisation exemplaire de zone particulière, où le trafic individuel motorisé est modéré au profit des piétons et des transports publics » ou encore la volonté de diminuer le nombre de feux de régulation. Pour optimiser la partie mobilité de la place, des études complémentaires sont nécessaires et font partie du présent préavis, ce qui nous réjouit. Nous attendons désormais qu’elles prennent en compte les évolutions en cours et à venir de la mobilité des lausannoises et lausannois, comme nous l’avons demandé pour l’abandon du barreau routier « Vigie – Gonin ».

Nous avons par ailleurs été surpris que la liaison piétonne entre la Gare du Flon et la Gare CFF ne soit pas mentionnée dans ce préavis, notamment pour son accroche dans le sous-sol de la place. Cette idée ayant été renvoyée à la Municipalité pour étude et rapport-préavis, je souhaite donc demander à la Municipalité où en est l’étude de cette nouvelle liaison piétonne très attendue ?

Enfin, nous tenons à saluer l’accent mis dans ce préavis sur l’accompagnement des chantiers, qui s’étaleront sur plus de huit ans, en termes d’information de la population, de limitation des nuisances et de maintien de l’attractivité des différents quartiers touchés.

Les Verts accepteront donc les conclusions du présent préavis 2019/51 et le crédit d’investissement de Fr. 22’400’000.- destiné principalement à couvrir la part communale de la réalisation de l’interface multimodale de la place de la Gare. Nous resterons toutefois très attentifs aux suites qui seront données aux nouvelles études de mobilité.

Valéry Beaud

Lausanne, Sara Gnoni

Limites planétaires : prenons nos décisions pour le bien-être de chacune et chacun

Postulat

Une étude de l’EEA et de OFEV publiée le 17 avril 2020, intitulée «Est-ce que l’Europe vit dans les limites planétaires ?», montre les limites planétaires 1 et comment elles sont dépassées par les pays européens, et étaye le cas particulier de la Suisse pour la biodiversité. Le fait que la Suisse est une petite économie très ouverte a pour conséquence que la plupart de nos limites sont dépassées non pas directement en Suisse mais au-delà de nos frontières. Ce rapport montre, par exemple pour la biodiversité, que nous dépassons notre quota d’un facteur 3.7 au niveau national, c’est à dire que nous exerçons une pression sur la biodiversité de la planète près de quatre fois plus intense que ce qu’elle est capable de supporter. Notre pays avait déjà fait une évaluation des limites planétaires au niveau national et avait utilisé celles-ci dans la stratégie de développement durable 2016-2019. Nous savons que de nombreuses limites sont d’ores et déjà dépassées.

La crise sanitaire du COVID-19 que nous vivons est un symptôme de cette transgression des limites planétaires. Comme indiqué par le PNUE 2 , l’émergence de ce virus, comme d’autres, est lié à la déforestation et à la destruction d’écosystèmes jusqu’à récemment préservés.

De ce point de vue, cette pandémie zoonotique n’est que la pointe de l’iceberg d’une société mondialisée en profond mal-être. Cette situation ne fait par ailleurs qu’exacerber les inégalités présentes dans nos sociétés ainsi qu’entre pays riches et pays pauvres. Nous avons pu être témoins du fait que les métiers qui nous ont permis de «survivre» pendant la pandémie sont bien souvent des métiers mal valorisés.

Cette crise sanitaire est donc également un révélateur de dysfonctionnement de notre société en termes de valorisation des tâches et des personnes. La durabilité sociale doit nécessairement la durabilité environnementale.

Si nous voulons éviter la prochaine crise ou du moins nous y préparer au mieux, nous allons devoir changer les principes fondamentaux sur lesquels notre société est basée. Nous pouvons dès lors saisir l’opportunité de la sortie de la crise actuelle pour créer une société réellement inclusive et durable à tous les niveaux, des plus globaux jusqu’aux communes/villages. C’est une opportunité pour repenser les infrastructures et solutions pour la reprise et pour poser les piliers qui prémuniront la société des crises qui vont venir, et de nous positionner stratégiquement en trouvant des solutions à de nombreux problèmes de société.

Au cours des dernières semaines, de nombreuses personnes ont découvert une forte solidarité et entraide, le plaisir d’une ville plus tranquille et moins polluée, l’importance des circuits courts pour l’approvisionnement et, peut-être, des valeurs essentielles à leur vie.

La pandémie pourrait permettre après cette “pause forcée” de repenser ce que nous désirons comme société. Il ne faut en outre pas oublier que les crises environnementales et sociales qui nous attendent en raison du changement climatique vont être autrement plus graves et aucun confinement ne pourra y pallier. Pour les prévenir, seules des mesures fortes et volontaires se révèleront efficaces, mais elles doivent aussi être l’opportunité d’une société plus égalitaire, où tout un chacun peut se développer, tout en respectant les limites planétaires qui sont les limites indépassables pour assurer notre survie.

Ce postulat propose d’utiliser dès lors un cadre pour les prises de décisions futures pour notre Ville, y compris les investissements, les marchés publics entre autres mais en fait, l’ensemble des instruments publics pour soutenir un modèle de société viable. Cette approche servirait les intérêts à long terme des citoyens et le cadre suggéré serait l’outil de l’économiste Kate Raworth, le “doughnut”.

Le “doughnut” de Kate Raworth Image issue de La théorie du doughnut (Plon, 2018)

Ce modèle vise à avoir un développement qui permette à chaque habitant d’avoir accès aux besoins fondamentaux sociaux (logement, réseaux, énergie, eau, nourriture, santé, éducation, revenu et travail, paix et justice, représentation politique, équité sociale et égalité des genres) tout en respectant les limites planétaires (climat, pollution de l’air, perte de biodiversité, pollutions chimiques, acidification des océans, phosphore et nitrate, eaux douces, conversion des terres,) qui sont, il est utile de le répéter, les limites dans lesquelles nous pouvons nous développer pour nous donner une chance d’un avenir vivable. Les limites sont calculées au niveau communal en prenant en compte des principes tels que la justice, l’équité, le partage international de la charge et le droit au développement économique et pas simplement les limites planétaires divisées par le nombre d’habitants.

Ce modèle permettrait de pouvoir prendre les bonnes décisions en les alignant aux limites planétaires avec un nombre d’opportunités pour notre ville et région: potentiels de relocalisation ou régénération régionale dans les chaînes d’approvisionnement, créer des capacités localement en favorisant la résilience future pour l’économie et la société.

Par exemple, si un objectif pour la Ville est de fournir des logements abordables aux habitant-e- s lausannois-es, mais que construire plus de logements n’est pas possible dans ce nouveau cadre car la ville de Lausanne a comme ambition d’être neutre en carbone avant 2030 (objectif qui devrait être revu à 2025 pour être plus résilients), une solution pourrait donc être de faire des constructions avec des matériaux recyclés. Pareillement, construire de nouveaux logements va détruire des espaces de biodiversité qui est une des limites largement dépassées, donc il faudra plus densifier et moins construire pour ne pas dépasser ces limites.

Ce postulat demande donc à la Municipalité de commander une étude en utilisant par exemple le modèle du Doughnut pour trouver une manière de mobiliser les pouvoirs publics et le secteur privé dans un cadre qui permette d’avoir une feuille de route pour le développement actuel cohérente avec celui des générations futures. Elle pourrait ainsi emboîter le pas à Amsterdam qui est la première ville à le faire. Cette étude pourrait ainsi nous servir de guide pour toutes les décisions à prendre pour la sortie de crise et les futures décisions: les décisions prises devraient être uniquement celles qui visent l’amélioration du bien-être humain tout en créant une société réellement inclusive et égalitaire.

Les limites planétaires ont été décrites puis affinées dans une série d’articles, dont: Steffen W, Richardson K, Rockstrom J, et al (2015) Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet. Science (80- ). doi: 10.1126/science.1259855

Sara Gnoni, Vincent Rossi, Marie-Thérèse Sangra, Ilias Panchard, Sima Dakkus, Benjamin Rudaz

1 Les limites planétaires ont été décrites puis affinées dans une série d’articles, dont: Steffen W, Richardson K, Rockstrom J, et al (2015) Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet. Science (80- ). doi: 10.1126/science.1259855

2 PNUE: Programme des Nations Unies pour l’Environnement, dans un rapport de 2016 cité par l’AGEFI: https://www.agefi.com/home/ news/detail-ageficom/edition/online/article/lactivite-humaine-a-favorise-le-passage-du-coronavirus-du-monde-animal-a-lhomme- pour-les-chercheurs-il-faut-repenser-notre-relation-avec-les-ecosystemes-naturels-et-les-services-quils-495622.html
Egalement étayé dans une chronique du New York Times https://www.nytimes.com/2020/01/28/opinion/coronavirus-china.html? smtyp=cur&smid=tw-nytopinion

Intervention communale, Lausanne, Selsa Maadi

Une mise en place de stands alimentaires éparses à défaut de marché réduit ?

Question écrite

Lors de sa séance du 9 avril dernier, le Conseil d’Etat a décidé d’interdire la tenue des marchés lausannois dans leur forme « réduite » alors que toutes les mesures avaient été prises par la Commune de Lausanne pour assurer le respect des normes fédérales et exigences de l’OFSP – dont un nombre très réduit de stands et des contrôles renforcés.

Si au niveau fédéral, l’art. 6, al. 2, let. a de l’ordonnance 2 Covid-19 interdit la tenue de marchés jusqu’à nouvel avis, le Rapport explicatif y relatif précise que la tenue de stands de denrées alimentaires est autorisée pour autant qu’ils soient exploités seuls : « Un stand isolé vendant de la nourriture est considéré comme un magasin d’alimentation et peut donc rester ouvert, contrairement aux marchés alimentaires, pour autant qu’il soit possible de respecter les règles en matière de distance. Cependant, un seul stand isolé de nourriture peut être dressé sur une place de marché ou sur une autre place ».

Pourtant, dans sa directive, le Conseil d’Etat va plus loin et exige qu’un seul stand soit monté sans concomitance de lieu, de date et d’horaire avec d’autres stands de denrées alimentaires isolés, au bénéfice d’une même autorisation communale. En ce sens, et conformément au bref avis de droit joint à la présente, l’interprétation du Conseil d’Etat nous paraît trop restrictive.

Cela étant, et dans tous les cas, les Vert·e·s lausannois·es souhaitent que la municipalité étudie la possibilité d’ouvrir des stands de façon suffisamment espacée – cas échéant, et si l’on suit temporairement l’interprétation restrictive du Conseil d’Etat, sous la forme d’un seul stand par quartier et par jour, du lundi au samedi, notamment aux emplacements suivants : Place de la Riponne, Place de la Palud, Saint-Laurent (future Place du 14 juin), rue de l’Ale, Place de la Sallaz, Place Saint-Francois, Rue de Bourg, Place de l’Europe, Place Bel-Air, Place Chauderon, Avenue de France, avenue du Grey, et Grancy, ainsi que dans les quartier hors Centre-Ville, avec un tournus quotidien des maraîchères et maraîchers présent-e-s en fonction de leurs possibilités et volontés d’y participer. Ceci en respectant toutes les règles de distanciation et d’hygiène en vigueur, comme la Confédération l’y autorise et semble également l’envisager le ministre de l’économie Philippe Leuba (24heures – 09.04.2020). L’ouverture ne vise en aucun cas à alléger le confinement, les règles de maintien de la distance de 2 mètres entre les client·e·s doivent être particulièrement respectées et contrôlées.

Outre le fait que cette ouverture très réduite permettrait le respect des exigences fédérales d’isolation des stands, les avantages sont multiples :

  1. Pour les citoyens :
  2. Cette mesure permet de diversifier les points de vente et d’éviter ainsi aux citoyens de s’agglutiner dans les rayons des grandes surfaces où les distances sociales sont plus difficiles à respecter qu’en plein air.
  3. Cela permet au citoyen·ne de trouver une offre de produits frais et locaux à proximité de chez lui et d’avoir donc moins à se déplacer en ces temps de confinement.
  • Pour les maraîchers :
  • En effectuant un tournus des maraîchers·ères du lundi au samedi, une ouverture telle que proposée permettrait aux habitants de les soutenir en les faisant profiter des rentrées financières liées à la vente de leurs produits, tout en étant équitable envers chacun. Cela leur évite également de devoir jeter leurs denrées périssables.
  • Enfin, la mesure vise à rectifier une iniquité de traitement vis-à-vis des magasins d’alimentation qui sont quant à eux restés ouverts en permanence.

Fondé-e-s sur ce qui précède, les Vert·e·s lausannois·es posent donc les questions suivantes à la Municipalité :

  1. La Municipalité entend-elle contester l’approche du Conseil d’Etat vaudois s’agissant de l’interdiction de tenir des marchés en leur forme « réduite », notamment au regard du bref avis de droit joint à la présente ?
  2. La Municipalité entend-elle étudier l’opportunité, malgré les limitations imposées au niveau cantonal, d’organiser la tenue de stands alimentaires par des maraîchers·ères de la région en les répartissant de façon isolée, soit un stand par secteur ou quartier, dans toute la ville, quotidiennement ?  
  3. Enfin, la Municipalité prévoit-elle des mesures spécifiques, par exemple un soutien financier ou organisationnel, destinées aux productrices et producteurs qui, en temps normal, vendent leurs produits frais et locaux chaque semaine dans les différents marchés de la Ville ?

Selsabil Maadi, David Raedler, Sima Dakkus, Xavier Company, Anne Berguerand, Sara Gnoni

Avis de droit – Ordonnance 2 COVID-19 aux marchés et stands alimentaires

Intervention communale, Lausanne, Sara Soto

Quelle aide aux victimes de violences domestique durant le confinement ?

Question écrite

En cette période de crise du Covid-19, la presse s’est particulièrement fait l’écho des victimes de violences domestiques, le confinement représentant un facteur d’aggravation de leur situation déjà difficile en temps normal. Leur augmentation guettant nombre de personnes – particulièrement femmes et enfants –, aucun risque ne saurait être pris qui leur porterait atteinte, raison pour laquelle il est expressément important de s’assurer que les mesures et moyens de prévention et de protection nécessaires sont mis en œuvre par la Municipalité.

Si on peut l’en féliciter pour l’inscription d’une rubrique violences domestiques au répertoire pratique pour les familles spécial COVID-19, ainsi que le relais de ces informations sur les réseaux sociaux, ceci pourrait ne pas être considéré comme suffisant au vu de la menace qui pèse sur nombre de nos concitoyen-ne-s ici et maintenant. On peut en effet partir du principe que le confinement représente une difficulté supplémentaire pour l’appel à l’aide ou la fuite. Si la question de l’émancipation restera toujours difficile et complexe, le confinement réduit considérablement la marge de manœuvre dont peuvent disposer les victimes de violences domestiques pour se faire entendre ainsi que les possibilités de repérage par leur entourage. Il est en outre fort à parier qu’une part significative de la population ne consulte pas le site Internet de la Ville, pas plus qu’elle ne suit sa page sur les réseaux sociaux.

Il est ainsi impératif et urgent de déployer toutes les mesures et moyens nécessaires afin de protéger ces victimes durant le confinement, notamment par une communication et une sensibilisation proactive de la population et des voisin-e-s que nous sommes tou-te-s (et par là pouvoir tenir le rôle de lanceurs/ses d’alerte), ainsi qu’une collaboration accrue avec les professionnel-le-s et expert-e-s, qu’il s’agisse du corps de police, des enseignant-e-s et éducateurs/trices ou d’associations et fondations actives dans le domaine.

Au vu de ce qui précède, les sous-signataires demandent à la Municipalité :

  • Si elle a mis en place des mesures et moyens supplémentaires d’aide aux victimes de violences domestiques durant le confinement, outre l’inscription de la rubrique violences domestiques qui figure au répertoire pratique pour les familles spécial COVID-19, ainsi que le relai de ces informations sur les réseaux sociaux ?
    Si oui, lesquels ?
  • Si elle dispose d’une force opérationnelle « violences domestiques durant le confinement », à l’instar de ce qui a été fait dans d’autres administrations publiques ?
    Si oui, comment et autour de quels buts s’organise-t-elle et qui en sont ses membres ?
  • Si elle collabore avec les associations et fondations actives dans le domaine, ceci afin de prévenir les violences et protéger les victimes ? Pour ce qui concerne les enfants, avec le corps enseignant, les éducateurs/trices (APEMS, maisons de quartier, etc.) et le Service de protection de la jeunesse ? Si oui, qui en font partie ?
  • Si elle a prévu d’engager des moyens supplémentaires dans sa communication, ceci afin de sensibiliser un public le plus large possible – par exemple dans les médias traditionnels, l’espace public ou encore les transports publics ? Si oui, quels supports sont d’ores et déjà envisagés/engagés ?

Sara Soto, Sima Dakkus, Daniel Dubas, Ngoc Huy Ho