Ilias Panchard, Intervention communale, Lausanne

Municipalisation de la FASL : il est urgent d’attendre !

Interpellation urgente

Dans un communiqué du 29 novembre dernier, la Municipalité annonçait son intention de procéder à la municipalisation de la Fondation pour l’animation socioculturelle lausannoise (FASL). Cette annonce fait suite à celle du Conseil de fondation qui, après une démarche de plus d’une année effectuée avec l’ensemble des professionnel-le-s et les bénévoles de l’ensemble des lieux d’animation, a en effet décidé de refuser les deux propositions de refonte de la gouvernance proposées par la Ville. De plus, une proposition de nouveaux statuts, tenant compte des recommandations de l’évaluation de l’IDHEAP, a été présentée à la Ville sans en obtenir l’adhésion.

La présence de la Municipalité au sein du Conseil de fondation de la FASL, la volonté de négocier de nouveaux contrats tripartites (Ville, FASL, associations) et la nouvelle convention de subventionnement entre la Commune et la FASL semblent être les trois points principaux qui ont mené à la situation de blocage actuelle.

Le groupe des Vert-e-s comprend tout à fait la volonté souhaitée de longue date par la Ville de la nécessité d’une bonne gouvernance de la FASL et la soutient pleinement dans l’idée de sa démarche. De même, bénéficier d’une bonne vue d’ensemble et d’un certain droit de regard sur les activités financées par le budget communal sont des souhaits que nous considérons comme légitimes.

L’animation socioculturelle est cependant une tâche particulière au sein des activités d’une collectivité publique qui s’en distingue par un ancrage délicat auprès d’une population parfois précaire et marginalisée. Pour répondre au mieux aux valeurs de l’animation socioculturelle, celle-ci doit bénéficier d’une indépendance opérationnelle et d’une marge de manœuvre importante pour s’adapter aux spécificités rencontrées sur le terrain afin de pouvoir répondre aux besoins d’une population qui échappe parfois à tous les maillons du filet social.

C’est pourquoi le groupe des Vert-e-s est attentif et préoccupé par les craintes exprimées de longue date par les professionnel-le-s de l’animation socioculturelle concernant le risque de voir leurs activités standardisées et fixées de manière trop détaillée, sans adaptation aux spécificités des quartiers et des populations dans lequel le lieu d’animation est implanté et sans marge de manœuvre suffisante. De même, voir les activités socioculturelles être trop fortement adaptées à une politique publique pourrait mener à une perte en qualité des prestations fournies par les professionnel-le-s et les associations dans les quartiers. Le simple fait que les professionnel-le-s du terrain ressentent cette volonté de la part de la Municipalité, même si elle ne s’avérait pas fondée, est déjà, en soi, problématique pour la qualité de leur travail. Il est en effet indispensable, quelle que soit la gouvernance choisie à l’avenir, de garantir une marge de manœuvre suffisante à l’animation socioculturelle, en fonction des besoins et des demandes exprimés sur le terrain et dans les lieux d’animation des quartiers.

Les réactions suite à l’annonce de la Municipalité montrent que le scénario annoncé pour l’instant est loin de faire l’unanimité. Entre le statu-quo et la municipalisation telle que proposée, le groupe des Vert-e-s est convaincu qu’une autre solution est à même d’être trouvée, d’autant plus que des rencontres sont semble-t-il prévues ces prochaines semaines entre la Ville, les associations de quartier et le personnel.

Considérant les éléments ci-dessus et suite aux différentes communications publiques de la Municipalité, de la FASL et des syndicats, les interpellatrices et interpellateurs posent les questions suivantes à la Municipalité :

  1. Comment la Municipalité explique-t-elle que le processus susmentionné ait débouché sur l’annonce inopinée de la volonté de municipalisation de la FASL exprimée dans son communiqué du 29 novembre 2019, alors même qu’il ne s’agissait pas de la voie discutée jusque-là entre les partenaires ?
  2. Quelles sont les étapes envisagées par la Municipalité dans un avenir proche concernant sa relation avec la FASL, les professionnel-le-s et les associations ?
  3. Outre les deux propositions mises en avant par la Municipalité et rejetées par la FASL, quelles étaient les autres pistes de solution envisagées par les différentes parties prenantes pour une collaboration optimale ? La Municipalité estime-t-elle que des discussions ou des ajustements des deux premières propositions sont encore possibles ?
  4. Au vu des réactions contrastées et de l’incompréhension vécue par bon nombre d’actrices et d’acteurs du domaine, la Municipalité peut-elle d’ores et déjà préciser ses intentions concernant la réorganisation de l’animation socioculturelle dans un avenir proche et à moyen terme ?
  5. Dans la lignée du travail effectué depuis plusieurs années et malgré sa dernière communication, la Municipalité compte-t-elle néanmoins poursuivre les démarches permettant de trouver des solutions de gouvernance autres que la municipalisation ?
  6. Par exemple, la Municipalité prévoit-elle de réunir prochainement l’ensemble des actrices et acteurs de l’animation socioculturelle et pourrait-elle envisager l’ouverture de nouvelles négociations afin de trouver une solution pérenne permettant d’éviter la municipalisation évoquée ?
  7. Dans la même optique, la Ville peut-elle envisager de reconduire une convention provisoire afin d’éviter de placer le personnel dans une situation d’incertitude tout en laissant une période de temps suffisante pour conduire de nouvelles discussions à même de mener à une solution satisfaisante pour une majorité d’acteurs-trices de l’animation socioculturelle, ainsi que la Municipalité ?
  8. Dans le cas contraire, la Municipalité peut-elle garantir qu’une municipalisation ne mènerait pas à une uniformisation néfaste aux dépens des spécificités des quartiers et donc à une moins grande marge de manœuvre des actions de l’animation socioculturelle ? Le cas échéant, quelles seraient les mesures financières et organisationnelles envisagées pour éviter ces conséquences négatives?

Ilias Panchard