Feuille verte

Black Friday a encore frappé et c’est la planète qui a payé…

Depuis quelques années désormais, le dernier vendredi du mois de novembre se distingue dans nos contrées par l’appellation « Black Friday ». Cette habitude, car il ne s’agit nullement d’une tradition malgré ce que certain·e·s se plaisent à dire, nous vient d’outre-Atlantique.

Apparu au début des années 1950, le dernier vendredi du mois de novembre était un jour relativement calme d’un point de vue commercial, puisque les gens attendaient le mois de décembre pour commencer leurs achats de Noël. Dès lors, pour la grande distribution, le mois de novembre présentait en général des chiffres d’affaires peu réjouissants. Ainsi l’idée est arrivée de proposer des rabais conséquents durant ce vendredi vu qu’il marque en plus le début des périodes de Fêtes. Grâce aux nombreuses promotions, les chiffres rouges de novembre redevenaient noirs dans les livres de compte. Et Black Friday obtint ses lettres de noblesse : grâce à cette attraction du prix bas, les commerçants voyaient leur mois de novembre avec plus de « couleurs »…

Aujourd’hui, c’est la majorité des enseignes présentes en Europe qui a cédé à cette nouvelle opération commerciale et qui s’est également mis à raboter les prix pour attirer les client·e·s.

En soi, qui pourrait s’offusquer de devoir moins payer pour un article qu’il/elle souhaite ? Personne. Nous, toutes et tous, devons tenir un budget et chacun·e a envie (voir besoin) de se faire plaisir, de s’accorder un cadeau, un geste pour se conforter dans la routine de nos vies quotidiennes. Même si désormais, les soldes ne sont plus réglementées et qu’on trouve du prix rouge à longueur d’année, on ne va pas renoncer à un p’tit rabais supplémentaire… Toujours mieux dans sa poche que dans celle du commerçant… Ou pas !

Cependant, la réalité est toute autre : de nombreuses preuves ont été fournies sur les agissements des enseignes durant ces périodes. Les prix sont très souvent augmentés juste avant pour accorder ensuite des rabais qui sont totalement faux, étant donné que le prix initial a été manipulé. Il y a peu, en Suisse, un cas a été dénoncé dans un magasin de sport. Le magasin a répondu qu’il s’agissait certainement d’une erreur de l’équipe de vente. Au final, il a été condamné à une amende dérisoire, et l’affaire est classée. Merci beaucoup, M’sieurs, Dames, au suivant !

Donc finalement, à quoi rime ce Black Friday : des prix manipulés, des client·e·s trompé·e·s et des ressources exploitées en vain…

Et ce n’est pas le seul gaspillage à considérer : outre les nombreuses ressources naturelles qui doivent être utilisées pour nourrir les rayons des magasins, ou les pages des shops en ligne, est-ce que l’on prend véritablement la mesure des impacts écologiques que toutes ces marchandises produisent ? Combien d’avions, de bateaux et autres frets supplémentaires sont nécessaires pour qu’au bout de la chaîne se trouve un coup de stylo rouge ? Alors qu’on essaie de trouver des solutions pour diminuer nos émissions de CO2, on en vient à réduire ces efforts à néant, juste pour assouvir la soif de vente d’une poignée de commerçants…

Objectivement, aujourd’hui, en tout cas sous nos latitudes, la seule chose que Black Friday représente vraiment, c’est le mépris.

Le mépris pour les consommatrices et les consommateurs qui croient acheter à meilleur prix mais qui finalement se font complètement duper.

Le mépris pour les équipes de vente qui se trouvent confrontées à un stress et à un rythme de travail effréné juste avant la folie des Fêtes.

Le mépris pour nos ressources naturelles qui sont exploitées pour fournir des biens de (sur)consommation dont personne n’a vraiment besoin mais dont de gros budgets publicitaires nous font croire qu’ils sont indispensables.

Et finalement, le mépris pour les artisan·e·s qui essaient de préserver la valeur de leur travail et se trouvent exclus du circuit commercial car il leur est impossible de s’aligner sur ces prix dévalorisés.

Arriverons-nous à limiter notre frénésie de consommation qui n’enrichit que quelques actionnaires et attribuer leur juste valeur aux ressources naturelles qui s’épuisent?

Keko Razzano