Benjamin Rudaz, Intervention communale, Lausanne

Projet d’aménagement hydroélectrique sur le Rhône

Intervention (2)

Le groupe des verts est divisé sur cet objet, comme vous l’a déjà dit ma collègue Sangra. Une partie minoritaire soutient toutefois ce projet de palier hydroélectrique, en toute connaissance de cause et avec les avantages et inconvénients allant avec ce type de projet. Ma position sera vous l’entendrez positive, mais elle restera critique, comme il se doit. Je voudrais bien vous promettre d’être court, mais 100% de ces déclarations dans cette salle s’avèrent a posteriori trompeuse.

Un peu de géographie, pour relativiser l’importance de barrage à l’échelle du Rhône. Ce nouveau barrage est de taille et de production modeste, par rapport à ses grands frères directs au fil de l’eau sur le même Rhône que sont la centrale Souste-Chippis, (presque 100 mètres de chute), et celle de Lavey, bien connue de ce cénacle. C’est que ce fleuve ne se prête qu’à de très rares endroits à des aménagements hydroélectriques de taille raisonnable (en terme de coûts et de production). Ainsi, le palier Massongex-Bex-Rhône qui fait l’objet du débat de ce soir, est installé à l’un des derniers endroits aménageables possibles, avec une pente et une configuration de plaine adéquate. Si la pente est trop faible, hé bien point d’énergie. Si la plaine est trop large, les aménagements deviennent pharaoniques (digues, canaux de dérivation, etc). Vous pouvez vous diriger sur le Rhône en aval de Lyon pour en avoir une idée. Or à Massongex, la plaine est encore étroite, serrée à la sortie du défilé de Saint-Maurice. La pente, certes plus faible qu’ailleurs sur le Rhône, reste suffisante pour construire cet aménagement.

La sortie du nucléaire implique plusieurs stratégies, combinant économies d’énergies, développement des nouvelles énergies renouvelables (solaire, éolien), et maintien du socle de production hydroélectrique. Ce socle est essentiellement constitué des centrales à accumulation, mais comporte aussi une composante « au fil de l’eau ». Or, pour remplacer du nucléaire de ruban, il faut trouver du renouvelable en ruban, disponible toute la journée. Le débit du Rhône varie, dans l’année et dans la journée, mais une centrale au fil de l’eau comme MBR viendrait, à sa hauteur, contribuer à ce tournant énergétique. 75 GWh, cela ne paraît pas énorme, mais cela équivaut à la production annuelle d’environ 300’000 m2 de solaire photovoltaïque.

Finalement, l’impact sur l’environnement est bien sûr présent, comme pour tout projet d’une taille industrielle. Il faut toutefois remettre l’ampleur de ce projet, faible, sur le reste du projet Rhone3, qui va de manière dramatique et positive renforcer les qualités biologiques du Rhône, sur l’entier de son parcours entre Brig et le Lac Léman. Dans le cadre de ce projet du siècle (Rhône 3), l’impact de MBR aura lieu sur un tronçon limité peut donc être considéré comme acceptable.

Dernier argument pour voter oui, même avec les réserves exprimées par ma collègue : La présence de Lausanne dans ce projet paraît essentielle, de par l’exemplarité de la Ville en matière de responsabilité environnementale et envers la biodiversité. Sans Lausanne, il y a fort à parier que les autres acteurs (FMV et Romande Energie) auront une pesée d’intérêts bien plus orienté vers la production pure. Il faut donc que les SIL soient partenaires de ce projet, pour garantir que le projet se passe conformément aux engagements pris envers les ONG environnementales, et d’un point de vue politique acceptable.

Pour ces raisons, plusieurs membres du groupe des Verts voteront positivement à ce rapport-préavis, en souhaitant que vous fassiez de même.

Benjamin Rudaz