Alice Genoud, Benjamin Rudaz, Intervention communale, Lausanne, Ngoc Huy Ho, Sophie Michaud Gigon

De quelle couleur doit être une terrasse ?

Interpellation

Récemment les Verts ont posé une question orale concernant la terrasse du Great Escape. Une pétition réunissait des milliers de signatures et s’insurgeait contre le traitement municipal imposé au mobilier de la terrasse. Elle y faisait mention des différences de traitement entre établissements, de l’arbitraire qui semblait sous-tendre les décisions. Depuis, plusieurs cas similaires sont sortis dans la presse.

Les Verts sont favorables à un espace public de qualité et convaincus que l’harmonie et la beauté contribuent à la qualité de vie. C’est dans ce sens notamment qu’ils plaident pour une diminution de la publicité sur l’espace public. Convaincus aussi que les terrasses sont un moyen de rendre la rue et la ville joyeuses et dynamiques, ils soutiennent la mise sur pied de celles-ci et sont ravis qu’elles soient de plus en plus demandées par les Lausannois-es. Il semble ainsi couler de source que le matériel offert aux usagers soit de bonne qualité.

En parallèle, sensibles à la diversité dans l’espace public et à l’esprit d’initiative des cafetiers qui cherchent à se démarquer avec une identité visuelle ou un style de mobilier, les Verts saluent les initiatives qui éclosent et contribuent à dynamiser une rue, à surprendre les promeneurs et à les inviter à s’asseoir.

Ainsi, nous profitons de cette interpellation pour exprimer une certaine incompréhension face à la démarche de la Ville et avons l’avantage de poser les questions suivantes à la Municipalité :

  • Sur quelle stratégie de fond se base la volonté de la Municipalité d’uniformiser les terrasses en terme de couleurs et de matériaux ?
  • Une pesée d’intérêts a-t-elle été faite entre carcan administratif et tentative d’harmoniser l’espace public ?
  • La Municipalité ne craint-elle pas de décourager les cafetiers avec des contraintes peu compréhensibles en les obligeant à changer un mobilier encore en bon état et leur imposant ainsi des frais?
  • Quels sont les critères auxquels doivent répondre les cafetiers-restaurateurs ?
  • Imposer un certain style de mobiliers pourrait priver certains établissements, moins rentables, de toute terrasse. La Ville ne craint-elle pas de diminuer la diversité des enseignes en imposant un style de mobilier plus onéreux ?
  • Sur quelle base légale et règlementaire la Municipalité se base-t-elle pour valider ou interdire certains mobiliers ?
  • Applique-t-elle le même traitement à toutes les enseignes ?
  • L’esthétisme des terrasses étant des compétences de la Direction du logement, de l’environnement et de l’architecture et les autorisations de la Direction de la sécurité et de l’économie, quelle est la gouvernance des terrasses dans l’administration ?
  • La Municipalité n’est-elle pas mal à l’aise de pousser à jeter du mobilier en bon état sous prétexte qu’il n’est pas de la bonne couleur et comment assume-t-elle ce gaspillage potentiel ?
  • Uniformiser une rue en imposant le gris dans toute un espace n’est-il pas contraire à la volonté de la Ville de dynamiser le centre, rien que visuellement ?

Sophie Michaud Gigon

Ngoc Huy Ho

Alice Genoud

Benjamin Rudaz

Feuille verte

Grève féministe, grève climatique

Les mouvements syndicaux consacrent cette année le 1er mai aux revendications féministes. C’est l’occasion de rappeler ici que nous vivons en 2019 une double mobilisation : une grève féministe et une grève climatique. Ces deux thématiques sont liées de manière intrinsèque.

Les femmes vont être les victimes directes, majoritairement et avec violence des catastrophes climatiques à venir. Parce qu’elles sont, partout et encore aujourd’hui, minorisées, discriminées, appauvries, violentées par un système qui ancre son pouvoir sur leur exploitation : le patriarcat. Il est donc indispensable de lier émancipation féminine, égalité entre les sexes et protection du climat.

En Suisse tout d’abord, parce que les femmes vivent plus souvent dans la précarité et pourront donc plus difficilement se prémunir face aux catastrophes climatiques et sanitaires. Par exemple il est plus complexe pour ces femmes de déménager dans les cas où leur lieu de vie représente soudain un danger (inondation, insalubrité, etc) ou de payer de nouveaux soins pour elle-même ou l’entourage dont elles s’occupent (allergies, cancers, etc..). Parce que selon vous qui sera en charge de protéger les enfants des aliments pollués ou des nouveaux dangers comme les tiques ? Et qui sera en charge de s’occuper des personnes âgées durant les vagues de grande chaleur qui ne vont qu’augmenter ? Les femmes ! Parce que ce sont les femmes qui supportent aujourd’hui encore maintenant la majorité du travail de soin non rémunéré, offert à une société bien peu reconnaissante.

Ailleurs, le problème de l’impact climatique sur la condition féminine se pose encore dans d’autre terme. Dans certains pays, ce sont par exemple les femmes qui assurent l’approvisionnement de la famille en eau, en bois de chauffage, en nourriture, qu’il faudra aller chercher encore plus loin, dans des contrées encore plus hostiles. Et nous portons une lourde part de responsabilité, car l’impact climatique de la Suisse se ressent plus à l’étranger qu’à l’intérieur des frontières helvétiques. Grands consommateurs de produits importés, nous produisons en effet la majorité de nos émissions de gaz à effet de serre hors du pays.

Convergence des grèves

La convergence des luttes climatiques et féministes à travers les grèves qui s’annoncent sont donc les meilleurs moyens pour défendre le climat, la (bio)diversité et pour parvenir enfin à l’égalité effective entre les femmes et les hommes. C’est pour cela que la grève des femmes appelle aussi à une grève de la consommation le 14 juin : ne pas nourrir le système ni donner de travail aux femmes à qui la grève est interdite, en évitant de faire les courses, d’aller chez la coiffeuse ou chez tous les professionnels qui emploient des secrétaires et assistantes, pas de baby-sitter ni de femme de ménage.

Les mobilisations qui s’organisent cette année, pour le climat et pour l’égalité, ont de plus un but et un destin communs. Fondamentaux, les manifestes portés par ces mouvements sont déjà relayés auprès des élu.e.s. Mais ces revendications ne sont pas entendues par la majorité de droite qui domine notre Parlement!

Des mobilisations citoyennes sont donc indispensables pour faire pression sur les majorités politiques. Pressions qui fonctionnent : même le PLR semble ébranlé par les exigences des grévistes, et se donne un grand coup de peinture verte. À vérifier en juin déjà, lors du second débat autour de la loi sur le C02.

La grève du 14 juin est quant à elle une journée spéciale. En 1991, les Suissesses avaient obtenu la loi sur l’égalité. En 2019, nous espérons obtenir des vrais changements politiques et sociétaux. Et pourquoi pas mener à une profonde remise en question de cette société qui exploite nature et humains, en particulier les femmes.

Léonore Porchet