Intervention communale, Lausanne, Valéry Beaud

Le parking privé à usage public du Valentin tente-t-il discrètement de s’agrandir ?

Interpellation

Le 21 novembre 2017, l’Association paroissiale catholique de Notre-Dame de Lausanne et la société Parking Riponne SA ont mis à l’enquête publique un projet de « transformations intérieures et extérieures pour le réaménagement de l’îlot du Valentin, création d’un immeuble de 10 logements, aménagement d’une salle paroissiale au rez-de-chaussée, création d’une surface commerciale au 1er sous-sol, agrandissement du parking souterrain existant de 38 places de parc, installation de panneaux solaires en toiture, aménagements extérieurs, suppression de 44 places de parc extérieures et création de places deux-roues » à la Rue du Valentin 3, 7, 9, 13 et Rue du Pré-du-Marché 6.

Nous reconnaissons la pertinence d’une légère densification sur ce site, dans le respect du patrimoine bâti et naturel, et d’une amélioration de la qualité des aménagements extérieurs par la suppression des places de stationnement extérieures.

Nous sommes par contre extrêmement étonnés de l’extension projetée du parking souterrain du Valentin et de l’aménagement d’une nouvelle sortie du parking prévue sur la rue du Clos-de-Bulle, principalement pour les raisons suivantes :

les 44 places de stationnement privées extérieures qui sont supprimées pour valoriser la cour intérieure de l’îlot sont remplacées par 38 nouvelles places souterraines avec un statut fort différent, celui de parking privé à usage public, comme indiqué dans la notice technique du bureau Transitec ingénieurs-conseils SA, qui précise en page 15 que « si les nouvelles places peuvent se substituer dans l’usage aux places de stationnement supprimées en surface, elles seront disponibles pour tout usager du parking du Valentin et ne seront pas réservées aux besoins de la paroisse catholique du Valentin » ; le projet constitue donc une extension du parking souterrain du Valentin, propriété de Parking Riponne SA ;

ces nouvelles places de stationnement auront ainsi un taux de rotation beaucoup plus élevé que les places actuelles en surface, engendrant une augmentation significative du trafic automobile et des nuisances associées dans un contexte urbain déjà très délicat aujourd’hui, l’entrée du parking du Valentin créant régulièrement des perturbations pour les bus n° 1 et 2 qui descendent la Rue du Valentin et constituant un danger important pour les piétons empruntant le trottoir régulièrement coupé par les flux de voitures ;

une extension du parking privé à usage public du Valentin ne répond par ailleurs pas à un besoin, des relevés réalisés au parking voisin de la Riponne ayant montré que celui-ci dispose la plupart du temps d’une réserve de capacité importante, de plusieurs centaines de places ; le parking de la Riponne n’est plein qu’à de très rares occasions certains samedis aux alentours de midi et à quelques reprises à l’approche des fêtes de fin d’année (nocturnes, black friday, etc.) ; les parkings de la Riponne et du Valentin ont notamment une réserve de capacité́ importante le soir et le dimanche, correspondant aux heures de fréquentation de la basilique du Valentin ;

l’agrandissement du parking souterrain du Valentin est contraire à la politique de mobilité de la Ville de Lausanne ; dans son programme de législature, la Municipalité souhaite par exemple « s’assurer que la politique de stationnement serve la politique d’aménagement des espaces publics et soit un instrument au service d’une mobilité durable » ; cet agrandissement est également contraire à l’objectif de la mesure A25 du Plan directeur cantonal (PDCn) qui vise à « maîtriser le volume de trafic automobile par la limitation du nombre de places de stationnement de véhicules en fonction de la qualité́ de la desserte en transports publics » et contraire à la mesure MO-07 du Plan des mesures OPair 2005 de l’agglomération Lausanne-Morges, qui vise à « maîtriser la réalisation de nouvelles places de stationnement public dans les zones desservies par des transports publics performants » et qui restreint « la création de nouvelles places de stationnement publiques à la réalisation d’un projet générateur d’une nouvelle demande » ;

enfin, l’aménagement d’une nouvelle sortie du parking souterrain du Valentin sur la rue du Clos-de-Bulle est inacceptable, cette petite rue étant notamment bordée de nombreux immeubles d’habitation et d’une importante crèche, avec des dizaines d’enfants cheminant régulièrement le long de cette rue, notamment en direction de la place de jeu située à proximité immédiate ; l’augmentation du trafic dans cette rue étroite engendrerait d’importants problèmes de nuisances sonores, de pollution de l’air et de sécurité.

Sur la base des éléments présentés ci-dessus, l’objet de cette interpellation est de poser les questions suivantes à la Municipalité :

La Municipalité juge-t-elle cette extension du parking à usage public du Valentin compatible avec la politique de mobilité durable qu’elle entend mener, notamment en terme de stationnement, et avec le Plan directeur cantonal (PDCn) et le Plan des mesures OPair 2005 de l’agglomération Lausanne-Morges ?

Comment la Municipalité juge-t-elle ce projet du point de vue de la sécurité, du bruit et de la pollution de l’air, particulièrement sur la rue du Clos-de-Bulle et le bas de la Rue du Valentin ?

La Municipalité peut-elle refuser l’usage public des nouvelles places de stationnement qui seraient cas échéant créées dans le parking souterrain du Valentin ?

L’extension du parking à usage public du Valentin ne répondant manifestement pas à un besoin, la Municipalité prévoit-elle cas échéant de la compenser par la suppression d’un nombre de places de stationnement public équivalent (38 places) à proximité ?

En remplacement d’une nouvelle sortie sur la Rue du Clos-de-Bulle, serait-il cas échéant possible de sécuriser l’entrée/sortie du parking sur la Rue du Valentin, tant pour les piétons que pour les bus (barrières, feux, etc.) ?

Enfin, concernant la nouvelle sortie du parking projetée sur la Rue du Clos-de-Bulle, n’aurait-elle pas dû être mentionnée dans le descriptif de la mise à l’enquête publique ? De plus, est-il conforme qu’aucun panneau orange signifiant la mise à l’enquête du projet n’ait été posé durant la période d’enquête publique  à l’emplacement de cette nouvelle sortie, alors qu’elle a un impact majeur sur l’espace public ?

Valéry Beaud