Intervention communale, Marie-Thérèse Sangra

Campagne de Rovéréaz : faut-il tout saccager ?

Intervention

Mesdames, Messieurs,

Je remercie la Municipalité pour les réponses rendues à mon interpellation. Celles-ci me laissent toutefois perplexe par rapport à la position défendue en ce qui concerne l’avenir des parcelles du Château Fallot.

Le 3 mars 2013, les Lausannois et Lausannoises approuvaient à plus de 70 % la modification de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire. Ses objectifs étaient de préserver les terres agricoles, d’obliger à une densification vers l’intérieur, de préserver le paysage et de séparer plus clairement les territoires constructibles des territoires non constructibles.

La question de la préservation de la campagne de Rovéréaz représente un cas d’école quant à la mise en oeuvre de la LAT entrée en en vigueur le 1er mai 2014.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas le site, voici deux photos du lieu. Il s’agit d’un vaste plateau agricole situé à la porte d’entrée Nord-Est de Lausanne juste avant d’arriver au quartier des Boveresses, puis à celui de la Sallaz en empruntant la route d’Oron. On retrouve au Nord de la zone agricole, la ferme de Rovéréaz qui a repris l’année passée l’exploitation du domaine tout en développant fortement la composante sociale et pédagogique.

La campagne de Rovéréaz est le dernier grand espace vert d’un seul tenant d’une trentaine d’hectares aux abords immédiats de la ville, facilement accessible par la population lausannoise. Le Palm la reconnaît comme parc d’agglomération de grande valeur doté d’un paysage remarquable. Il s’agit en effet du dernier poumon vert de grande taille sur le territoire lausannois. Toute la campagne de Rovéréaz est aujourd’hui propriété communale, affectée en zone agricole, à l’exception du Château Fallot et des terrains qui l’entourent restés en main privée où une surface de 6000 m2 est en zone à bâtir conformément au plan partiel d’affectation intitulé « Château Fallot ». Une demande de permis de construire a été déposé auprès de la commune en mai 2017. Celui-ci prévoit le développement d’un projet immobilier de 18 appartements de haut standing dans trois bâtiments, un parking souterrain de 42 places pour voitures, 6 places en surface et une place de jeux. Le périmètre constructible se situe au sud du domaine agricole, à côté du Château Fallot, manoir de style néogothique construit en 1899 et unique construction du site. Le périmètre constructible fait intégralement partie de la vaste zone agricole d’un seul tenant de la campagne de Rovéréaz. Comme l’écrit la Municipalité, il s’agit d’un « site exceptionnel, formé d’une large prairie entourée de frondaisons, jouissant d’un panorama impressionnant sur le Léman ».

Toute la campagne de Rovéréaz est très prisée par la population, en témoigne la très nombreuse présence de piétons, joggeurs et promeneurs de chiens à tout moment de l’année.

Pour les Verts, l’édification de constructions à cet endroit porterait gravement atteinte au site. L’harmonie et la beauté exceptionnelle des lieux reposent avant tout sur le caractère champêtre et naturel du site et sur l’absence de construction aujourd’hui. La vue panoramique et plongeante sur le lac n’aurait plus la même ampleur si un projet immobilier se réalisait perdu au milieu des champs. L’ambiance bucolique de ce paysage exceptionnel serait détruite par la construction de bâtiments au cœur de la prairie entourée de forêt. L’aménagement d’une route d’accès depuis le chemin de la Fauvette perturberait définitivement la tranquillité du site et le charme des lieux.

Le programme de législature de la Municipalité 2016-2021 annonce une densification respectueuse du patrimoine qui contribue à améliorer la qualité de vie des Lausannois et Lausannoises. Le renoncement à une opération immobilière sur une zone vierge et exceptionnelle en serait la mise en œuvre cohérente. Récemment M. le Syndic s’exprimait dans les pages de 24H au sujet de St-Paul en disant « Je suis convaincu que si nous voulons que les gens adhèrent au développement de la ville, il faut que nous soyons en même temps extrêmement attentifs au patrimoine. Ce sont les deux bras d’une même politique». Je partage ce point de vue.

Nous demandons à la Municipalité, suite au cas de la Gottéttaz, de prendre en compte l’Inventaire ISOS (entré en vigueur en 2015) qui a classé toute l’ensemble du site de Rovéréaz et les bâtiments avec un objectif de sauvegarde A et a, soit le degré de protection le plus élevé demandant la protection intégrale du site et la sauvegarde de l’état existant en tant qu’espace agricole. Même si les objectifs de protection de l’ISOS ne sont pas directement applicables au stade de l’octroi d’un permis de construire, ils doivent toutefois être pris en considération en vertu de l’article 5 de la LPN. Une non entrée en matière sur le permis de construire se justifie en raison d’un intérêt tant patrimonial que paysager ou encore de protection de la nature. Il s’agit là de motifs d’intérêt public prépondérant.

Nous nous étonnons que la Municipalité puisse considérer que les planifications à l’étude ou en vigueur et les développements en cours soient compatible avec la préservation des qualités paysagères du site. Nous contestons aussi l’appréciation que le périmètre du PPA Château Fallot se trouve dans un secteur déjà urbanisé. Bien au contraire, il s’agirait ici de la construction d’une micro- zone à bâtir, isolée et coupée du milieu bâti tout à fait contraire au droit fédéral. Quant à la desserte, elle est faible, les TP étant éloignés et peu fréquents.

Placer cette zone en zone réservée serait un geste fort de la Municipalité en faveur de la lutte contre le mitage du territoire et pour la qualité de vie des Lausannois. Pour un cas aussi délicat, il aurait été bien plus transparent d’établir un concept de construction sur ces parcelles avant son classement en zone à bâtir, la population aurait alors pu se prononcer en toute connaissance de cause.

Enfin le développement du projet de la ferme de Rovéréaz donne une nouvelle impulsion à tout le secteur autant sur le plan de l’équilibre écologique que l’offre en espace de délassement. La vocation sociale affirmée du projet de la ferme de Rovéréaz augmente la fréquentation des lieux par des personnes désireuses de se rapprocher du monde agricole et de la nature. Rappelons que la zone agricole selon la loi sur l’aménagement du territoire est multifonctionnelle et que ces enjeux sont à prendre en compte dans la pesée des intérêts, il est donc important de ne pas miter l’étendue des espaces encore disponibles.

Une procédure de modification de l’affectation du sol est certes coûteuse, mais les erreurs de planification sont difficiles à corriger, souvent irréversible et également très coûteuses. Pour le cas en question, le tir peut encore être corrigé.

Au vu des besoins accrus en sol et de la disparition des dernières zones de friches dans la Ville, un aménagement du territoire de qualité ne peut se permettre de sacrifier le dernier espace vert de la Ville de surcroit doté d’une valeur paysagère exceptionnelle. Rappelons pour finir que les paysages intacts influencent directement notre bien-être.

Marie-Thérèse Sangra