Intervention communale

Pour une nouvelle gestion du stationnement sur le domaine public

Postulat
Centre-ville: Pour une nouvelle gestion du stationnement sur le domaine public

Dans ce postulat, le centre-ville désigne le secteur de Lausanne délimité par la petite ceinture, celle-ci comprise. Ce secteur correspond à la zone macarons L.

Selon des informations récemment fournies par l’Administration communale, on compte dans cette partie de la ville 1’669 places de stationnement « voitures » sur la voirie et 4’936 dans les parkings couverts accessibles au public. A cela s’ajoutent les 355 places situées dans les parkings des centres commerciaux Coop-Caroline et Métropole. Les places situées sur le domaine public sont payantes et de durée limitée, du moins pendant les heures d’ouverture des magasins et des bureaux. Une partie de ces places (44%) peuvent également être occupées sans limite de temps par les résidents, s’ils sont en possession du macaron L. Par rapport à d’autres villes suisses, le centre de notre ville est fort bien doté en parkings couverts1. Lausanne compte presque deux places dans ces parkings pour un employé du commerce de détail. Cette ville est, de ce point de vue, presque quatre fois mieux lotie que la ville de Zurich. S’ajoute à ces possibilités de stationnement, les nombreuses places pour deux-roues motorisés qui ont été créées ces dernières années sur le domaine public. Elles sont gratuites et de durée illimitée.

Les rues, places et, parfois, trottoirs du centre-ville fonctionnent donc comme un parking ouvert à tous, même à des personnes qui n’y ont rien à faire. Il est, par exemple, possible pour un automobiliste de parquer sa voiture à l’avenue Vinet pour deux heures et d’aller faire ses courses ou ses démarches dans l’hyper-centre piétonnier. Cela explique que le centre-ville est encombré de voitures stationnées, alors que les habitants qui n’ont, la plupart du temps, pas de parking souterrain dans leur immeuble trouvent difficilement un endroit où garer leur véhicule. Le soir, lorsque le stationnement est libre, la situation pour les habitants devient encore plus difficile, puisque les places peuvent alors être occupées sans limite de temps par des automobilistes se rendant au cinéma, au théâtre et autres boîtes de nuit. Quant aux cyclistes, ils n’ont, en règle générale, d’autres alternatives que le stationnement sauvage, le besoin en places de stationnement appropriées ayant été, jusqu’à peu, complètement occulté.

Bien entendu, ces nombreuses places de stationnement pour véhicules motorisés ont un impact négatif sur l’esthétique et la convivialité du centre-ville. Les trottoirs sont étroits, parfois même utilisés pour le stationnement, en particulier celui des deux-roues motorisés. Les arbres d’alignement peinent à se développer. Quant aux places publiques, elles ont passé, sans qu’on y prenne garde, du statut de lieu de rencontre à celui de parking.

Les principes du stationnement sur le territoire communal sont définis dans le rapport-préavis 108 du 26 juin 19912. Selon ces principes et en ce qui concerne le territoire urbain, le stationnement sur le domaine public est réservé aux résidents, aux «clients» et aux «visiteurs». Les pendulaires doivent stationner à la périphérie de la ville. Aujourd’hui, la mobilité dans les villes est envisagée sous un nouvel angle. On cherche à réduire la part des transports individuels motorisés au profit de la mobilité douce et des transports publics. Le Plan directeur lausannois en révision fera probablement sien ce nouveau concept3. La gestion du stationnement à Lausanne mériterait donc d’être revue, en tout cas au centre-ville.

En conséquence et considérant qu’en matière de stationnement « voitures », les « clients » et « visiteurs » trouvent une offre abondante dans les parkings couverts du centre-ville, nous demandons à la Municipalité d’étudier l’opportunité de modifier la gestion du stationnement sur le domaine public dans cette partie de la ville comme suit :

  • Le stationnement «voitures» est règlementé de façon à répondre aux besoins des habitants du centre-ville et des commerces et entreprises de la rue / place en question. On peut appliquer ce principe de la façon suivante : la totalité des places de stationnement «voitures» sur le domaine public deviennent accessibles aux détenteurs du macaron L, sauf dans les centralités de quartier et dans les rues où les commerces et entreprises prédominent. Les «clients» et «visiteurs» peuvent stationner en payant comme aujourd’hui, mais pour une courte durée leur permettant seulement des achats ou des démarches dans les commerces ou entreprises de la rue / place où ils ont stationné.
  • Le stationnement «voitures» est facilité pour les personnes à mobilité réduite, les véhicules utilitaires d’entreprise et les voitures en auto-partage.
  • Le stationnement «voitures» ne devient libre qu’à une heure suffisamment tardive pour que les détenteurs du macaron L rentrant tard le soir puissent trouver une place de parc sans trop de difficulté.
  • Une politique est définie pour le stationnement des deux-roues motorisés.
  • Des places de stationnement pour vélos sont créées dans chaque rue / place.
  • Les riverains sont associés aux réflexions et décisions.

Outre un stationnement plus en accord avec la conception actuelle de la mobilité urbaine, ces modifications devraient permettre de réduire la surface du domaine public dévolue au stationnement. Ainsi, un pas décisif vers plus d’esthétique et de convivialité au centre-ville aura été fait.

Elisabeth Müller, le 12 avril 2016
1 Crédit Suisse. Retail Outlook 2012. Faits et tendances. Janvier 2012, pp. 31-32.
2 BCC 1992, I, p. 975.
3 Plan directeur communal. Cahier 1. Version pour examen préalable. Novembre 2014.