Actes Verts

Actes Verts n°53 – REGIO ou quand les corps de police montent dans le même train

Depuis l’échec de l’initiative d’Artagnan dans les urnes, c’était il y a dix ans déjà, le projet de la police unique avait alors cédé la place à celui d’une police coordonnée. Une organisation de la police qui permettait aux communes qui le souhaitaient de maintenir leur propre corps de police (ou de manière intercommunale) aux côtés de la police cantonale qui conservait l’essentiel des compétences en matière judiciaire (à l’exception notable de Lausanne). Ainsi, notre canton est sillonné par 10, oui, 10 corps de police différents. 9 polices (inter)communales et la police cantonale. Afin d’assurer une cohérence dans le dispositif, encore fallait-il mettre en place une gouvernance à même de permettre ce travail collectif.

C’est ainsi que la loi d’organisation de la police vaudoise (LOPV) a prévu l’existence du Conseil cantonal de sécurité (CCS), organe de pilotage politique et stratégique, dont j’assume la présidence comme Cheffe de département en charge, et son pendant opérationnel, la Direction opérationnelle (DO) qui est sous la baguette du commandant de la police cantonale.

Le CCS et la DO ont donc la charge de superviser l’ensemble de l’action policière ou d’élaborer des priorités sécuritaires via le plan d’action coordonné (PAC), notamment. La Cour des comptes a relevé en 2017 que dite-police coordonnée souffrait de quelques erreurs de jeunesse qu’il convenait de corriger, tant en matière de gouvernance que de financement. Ces révisions, réflexions, voire réformes sont maintenant en cours. Le Grand Conseil a, ce mois de mars, donné plusieurs mandats dans ce sens par le biais de motion et de postulats.

Cela étant, le dispositif devrait encore être appelé à évoluer. En effet, depuis le 1er mars, un nouveau projet pilote a débuté dans l’Ouest lausannois, le projet REGIO. Ce projet fait suite à une demande du corps de police du district la Police de l’Ouest lausannois (POL). La POL a souhaité un plus grand rapprochement avec la gendarmerie, sur le terrain, afin d’améliorer la collaboration et la coordination du travail en faveur d’une sécurité de proximité.

REGIO c’est le principe d’une police intégrée et décentralisée. Dans les faits, cela veut dire quoi ? Dans un premier temps, la gendarmerie et la POL auront donc deux patrouilles mixtes qui assureront ensemble les missions de police secours. Afin d’en améliorer les synergies, le Conseil d’Etat a d’ailleurs octroyé des compétences judiciaires pour la POL dans le cadre de ce projet pilote.

Les cadres de la POL et la Gendarmerie bénéficieront d’une visioconférence à chaque prise de service afin de permettre une meilleure circulation de l’information et une plus grande efficacité du dispositif. Par ailleurs, le Commandant de la POL et son remplaçant ont été intégrés les structures de conduite du canton au sein de la Gendarmerie pour une collaboration accrue.

La direction politique de la POL reste par ailleurs intacte, permettant ainsi une prise en compte optimale des attentes et des besoins sécuritaires propres à l’Ouest lausannois.

Cette proximité opérationnelle permet des synergies importantes en matière de commandement et de conduite opérationnelle, mais aussi dans le domaine tant logistique (matériel, informatique, télématique) que des ressources humaines (formation, gestion des horaires, etc.).

Ce projet pilote fait l’objet d’un suivi très attentif tant d’un point de vue opérationnel que d’un point de vue politique. Les communes disposant d’un corps de police s’intéressent aussi beaucoup à ce processus.

Si le projet REGIO devait être concluant, il est possible que cette proximité opérationnelle se renforce sur le terrain, ceci pour le bien d’une sécurité renforcée et bien adaptée. C’est la police intégrée et décentralisée, qui permet d’éviter la tentative de défense des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général.

Et la police coordonnée, même si elle est appelée à évoluer, elle fonctionne globalement. Depuis 2013, la baisse de la criminalité est notable : les infractions au code pénal ont diminué de moitié ! Certes la criminalité est multifactorielle, elle dépend de critères endogènes et exogènes au canton. Mais la tendance est positive et, comme je me plais à le dire régulièrement, la sécurité est indispensable à la qualité de la vie remarquable que nous connaissons dans notre pays.

Béatrice Métraux

Actes Verts

Actes Verts n°44 – La lutte contre le terrorisme, mais que fait la police ?

Pour cette édition d’Actes Verts, je souhaitais partager avec vous quelques lignes au sujet du terrorisme international et le travail que nous menons en Suisse et dans le Canton pour y faire face.

Il y a bien sûr différentes formes de violence et d’actes de terreur commis par divers types de groupuscules qui souhaitent imposer leur idéologie en détruisant ce qui fonde l’Etat de droit. Les évènements récents et les plus médiatisés impliquent en particulier des mouvances sectaires et apocalyptiques islamistes. Ce type de menace n’est pas nouveau, mais les modes opératoires et de recrutement le sont. Face à cela, quelle est l’action menée par mon Département en collaboration avec d’autres ?

La police cantonale travaille sur la base d’informations fournies par les services de renseignements fédéraux, qui eux travaillent aussi en collaboration avec leurs collègues internationaux. Elle dispose d’une unité, récemment renforcée, dont le rôle est justement de faire le lien avec le renseignement, de contribuer à la circulation de l’information et d’identifier les risques propres au contexte vaudois.

Tous les policiers de notre canton ont reçu une « pocket card » qui instruit de la manière de procéder pour faire suivre des signalements. Il est possible que nous nous dotions d’un service transversal de consultation spécifique pour les proches de personnes en voie de radicalisation. Les cadres de la police cantonale ont déjà reçu des formations pour faire face à ce genre de risques et cela devrait être prochainement étendu à l’ensemble des policiers vaudois, y compris aux polices communales. En effet, le travail d’une police de proximité est essentiel pour identifier certaines situations problématiques.

Cela étant, nous ne faisons pas face à une situation particulièrement périlleuse. D’après les informations dont nous disposons de la Confédération, sur les quelque 73 départs pour l’Irak ou la Syrie, seuls 13 seraient revenus. Aucun des combattants ne serait de retour sur le territoire vaudois. Si tel devait être le cas, ces personnes devraient faire face à la justice pénale et pourraient être condamnées, comme ce fut le cas l’année passée en Valais.

Au-delà de la réponse sécuritaire, nous sommes également en train de mener une réflexion interdisciplinaire sur les causes de la radicalisation et les manières d’y faire face. Nous avons aussi des contacts continus avec les communautés religieuses du Canton ainsi qu’avec les acteurs de la politique d’accueil et d’intégration des migrants et des réfugiés.

Il faut également le rappeler, l’attrait en Occident pour des idéologies violentes est aussi résultante d’une certaine perte de valeurs, de perte de sens dans nos vies souvent individualistes et surchargées. A cela s’ajoutent également les discriminations sociales et économiques. Bien que le Canton de Vaud ne soit pas un terreau de la radicalisation, il convient de se battre au quotidien pour le renforcement du lien social, pour la lutte contre les injustices et les préjugés, pour une culture de paix, pour une spiritualité vivante et pour une écologie régénérative de nos relations aux uns les autres et à la Terre.

Béatrice Métraux, conseillère d’Etat