Interventions parlementaires

Si l’Etat n’en a cure, nous oui

Interpellation

En juillet 2015, te Conseil d’Etat annonçait sa volonté de vendre une vingtaine de cures parmi les plus belles de l’ensemble du patrimoine vaudois. La mise sur le marché devait procéder par appels d’offres publics et le produit de la vente devait atteindre 12 à 18 millions pour le bilan de l’Etat (communiqué de presse du 10 juillet 2015). Le Conseil d’Etàt avait alors indiqué qu’un décret serait soumis au Grand Conseil courant 2016 pour procéder aux ventes de plus de 1 millions de francs, l’affaire étant de la seule compétence du Conseil d’Etat pour des montants inférieurs. De plus, il avait été précisé que la vente de ces édifices serait en priorité proposée aux communes concernées.

Plusieurs voix se sont élevées contre cette vente considérant qu’une telle action serait de nature à démanteler et appauvrir un ensemble patrimonial exceptionnel pour notre canton. Pour marquer son opposition à la vente, la section vaudoise de Patrimoine suisse a lancé une pétition en janvier 2017 demandant à l’Etat de conditionner la vente de cures à certains critères.

Si la vente de certaines cures vides et sans valeur patrimoniale peut être envisagée, il nous semble important que cet ensemble, qui forme une unité de par ses particularités historiques et symboliques, soit conservé. Le degré de protection assuré par le classement à l’inventaire peut être insuffisant pour protéger durablement les cures de transformations risquant de dénaturer leurs qualités patrimoniales. De plus, ces sites peuvent représenter une opportunité de développer un projet d’intérêt public et de redynamiser certains cœurs de village.

Préoccupés par le silence du Conseil d’Etat sur ce dossier et soucieux du maintien de ce patrimoine exceptionnel, tout en étant conscient des opportunités qu’il offre pour porter de nouveaux projets, le groupe des Verts invite le Conseil d’Etat à répondre aux questions suivantes:

  1. Combien d’offres le Conseil d’Etat a-t-il reçues? Quel est le profil des potentiels acquéreurs (privé, public, communes…) ?
  2. Le prix d’achat imposé par l’Etat est-il un frein à de potentielles acquisitions communales ?
  3. Sous quelles conditions de potentielles ventes ont-elles été engagées ?
  4. Le Conseil d’Etat a-t-il proposé à la Fédération ecclésiastique catholique romaine du canton de Vaud (FEDEC-VD) l’occupation des cures vides conformément à l’art. 19 al. 1 de la Loi sur les relations entre l’Etat et les Églises reconnues de droit public ?
  5. Le Conseil d’Etat considère-t-il que la législation actuelle (LPMNS) est suffisante pour protéger durablement les cures vaudoises ?
  6. Le Conseil d’Etat compte-t-il valoriser les cures vaudoises comme un ensemble patrimonial d’importance et si oui, comment ?
  7. Patrimoine suisse a-t-il été associé à la démarche du Conseil d’Etat ?
  8. Si oui, de quelle façon ? Si non pourquoi ?
    Le Conseil d’Etat entend-il prendre en considération les recommandations de Patrimoine suisse ? Si oui de quelle façon ? Si non pourquoi ?

Nous remercions d’avance le CE pour ses réponses.

Yverdon-les-Bains, le 5 septembre 2017

Vassilis Venizelos

Interventions parlementaires

Pour que le patrimoine ne soit pas que financier !

Vendredi dernier, Béatrice Lovis, historienne de l’art, vice-présidente de la section vaudoise de Patrimoine Suisse, tirait la sonnette d’alarme sur les ondes de la Première, dénonçant une situation devenue à son sens intenable au sein de la section Monuments et sites du Département des finances.

La levée, en décembre dernier, d’un décret de protection d’un terrain à Avenches pour permettre la construction à l’entrée de la ville d’une halle de 20’000 m2, destinée pour l’essentiel à accueillir un centre de logistique d’IKEA, semble avoir été la goutte qui a fait déborder le vase. Comme nous l’apprenait la presse il y a quelques jours, « dans le secteur prévu, on trouve notamment l’ancien mur d’enceinte de la ville, un canal, un port, et plusieurs anciennes routes. D’ailleurs, la voie ferrée prévue pour alimenter la halle doit chevaucher sur quelques mètres un site protégé et donc indestructible: les fondations de l’ancienne muraille » (24 heures du 26.01.2017). On peut dès lors légitiment s’interroger sur les raisons qui ont poussé le Conseil d’Etat à lever le décret.

Cette décision interroge d’autant plus lorsqu’on la met en parallèle avec d’autres affaires de gestion du patrimoine qui ont défrayé la chronique ces deux dernières années.

On s’en souvient : en juillet 2015, le Conseil d’Etat annonçait la mise en vente de 20 cures appartenant au canton. Des cures qui non seulement font partie d’un ensemble patrimonial unique en Suisse, mais qui, à en croire Mme Lovis, auraient été mises en vente sans que des garanties d’entretien suffisantes ne soient exigées des nouveaux propriétaires.

Enfin, quelques mois plus tard, c’est l’ensemble du mobilier du château de Hauteville qui était vendu aux enchères pour un montant de près de 4,5 mio de CHF. La presse relevait alors : « le rêve de faire de Hauteville un musée s’est envolé en même temps que son intérieur, témoin rare (préservé depuis deux cent cinquante ans) de la vie sous l’Ancien Régime » (24 heures du 13.09.2015).

Au vu des éléments qui précèdent, nous nous interrogeons sur la politique du Conseil d’Etat en matière de préservation et de valorisation du patrimoine et sur la pesée des intérêts qui préside à la définition de celle-ci. Plus particulièrement, nous demandons au Conseil d’Etat de bien vouloir répondre aux questions suivantes :

Quelle est la stratégie mise en œuvre par le Conseil d’Etat pour assurer la préservation et la valorisation du patrimoine archéologique et architectural vaudois ?

Quels sont concrètement :

a) les procédures appliquées et,

b) les critères utilisés pour décider de de la conservation, de la valorisation, de l’entretien, de l’achat ou de la vente de biens patrimoniaux (privés ou publics) situés dans le Canton de Vaud?

Comment le Conseil d’Etat gère-il les potentiels conflits d’intérêts, notamment économiques, entre le Service Immeubles, Patrimoine et Logistique (SIPAL), et plus particulièrement sa division Monuments et sites, et les autres Services du Département ?

Comment s’effectue la pesée d’intérêts entre patrimoine financier, d’une part, et patrimoine archéologique et architectural, d’autre part ? Quels moyens le Conseil d’Etat se donne-t-il pour assurer une prise en considération équitable des intérêts (financiers, historiques, etc.) et des besoins des différents services du Département des finances ?

Céline Ehrwein Nihan

Interventions parlementaires

La maison de l’écrivain C.F. Ramuz en péril

Interpellation

La maison de l’écrivain C.F. Ramuz en péril : le Conseil d’Etat a-t-il vraiment l’intention de laisser disparaître ce patrimoine unique ?

C.F. Ramuz (1878 – 1947), certainement le plus grand écrivain vaudois du 20ème siècle, jouit d’une renommée mondiale. De grands auteurs français, tels que Paul Claudel ou André Gide, ont très tôt reconnu Ramuz comme l’un des leurs. Sa consécration d’auteur majeur, en 2005, a été couronnée par sa publication dans la prestigieuse collection de la Pléiade, chez Grasset. Il est le deuxième écrivain suisse romand, avec Rousseau, à figurer dans cette prestigieuse collection.

L’écrivain a résidé durant les 17 dernières années de sa vie, dans sa maison rose aux volets verts, « La Muette », sise à la rue Davel, dans le vieux bourg de Pully. Son appartement au 1er étage, dans lequel il vécut durant toute cette période est parfaitement conservé en l’état. Quelque 3000 visiteurs du monde entier ont eu le privilège de le visiter au fil du temps.

Or, malgré la louable intention des descendants de l’écrivain d’ouvrir la maison au public, l’appartement est en péril.

Suite à la sollicitation des héritiers de l’écrivain, une commission ayant réuni des représentants tant communaux que cantonaux (Service des affaires culturelles du canton de Vaud, de la Municipalité de Pully, du Service des monuments et sites du canton de Vaud et du Musée de Pully) a pris l’option de ne conserver que le bureau de l’écrivain, situé au rez-de-chaussée, et d’aménager le tout en espace muséal, sur une surface de 100 m2. Pully a d’ores et déjà décidé une étude de faisabilité qui devrait aboutir à un projet d’espace muséal, qui sera soumis au Conseil communal début 2017. Le reste du bâtiment, dont l’appartement de l’écrivain au 1er étage, sera transformé en trois espaces locatifs.

Si l’on peut apprécier l’idée d’un espace muséal, la disparition d’un patrimoine tel que l’appartement entièrement conservé d’un auteur vaudois majeur pourrait constituer une grave erreur patrimoniale.

Il y a donc urgence.

La chance de disposer, 70 ans après le décès d’un écrivain de cette valeur, d’une demeure dans laquelle il a vécu, avec tous ses meubles et objets personnels, est exceptionnelle : un témoignage hors du commun de la vie d’une époque, inestimable pour la connaissance intime de l’écrivain. Il semble que certaines pièces de ce mobilier sont anciennes et de grande valeur. En outre, Ramuz y possédait des tableaux de plusieurs peintres romands (Auberjonois, Blanchet, Soutter), qui s’y trouvent toujours. Curieusement, il semble qu’aucun inventaire du mobilier et de l’appartement n’ait été réalisé par la ville ou par le canton. Seules les photos parues dans un article en ligne de 24Heures du 27 mai 2016 témoignent de ce véritable bijou historique.

Je souhaite dès lors poser au Conseil d’Etat les questions suivantes :

Le Conseil d’Etat a-t-il l’intention de faire établir un inventaire du contenu (mobilier et objets d’art) de l’appartement de C.-F. Ramuz, à Pully, témoin du mode de vie des Vaudois du milieu du XXème siècle et espace de valeur artistique et patrimoniale hors du commun ?

Que compte faire le Conseil d’Etat pour sauvegarder intégralement ce patrimoine, compte tenu de la procédure de mise à l’enquête prévue, probablement encore cette année 2016, concernant la rénovation des appartements, dont celui de l’écrivain ?

Le Conseil d’Etat ne considère-t-il pas qu’il est de son devoir de sauvegarder ce patrimoine unique, en hommage à l’un des écrivains majeurs de ce canton ?

Josée Martin