Actes Verts

Des parlementaires aux RHT?

Actes verts n°58 – juin 2020

Pensez-vous que les parlementaires ont chômé durant le semi-confinement dû au COVID-19 ? Il semble que non, à en croire le dépôt de 100 objets parlementaires au Grand Conseil vaudois depuis la reprise des sessions, le 12 mai, à la Marive d’Yverdon. Malgré l’annulation de six séances plénières, le travail s’est poursuivi tout du long, en arrière-fond, dans la discrétion, à l’abri des feux médiatiques. Il a été bien plus large que la mise sur papier des problématiques rencontrées, et ce, dans un contexte de quasi non droit, et sans reconnaissance financière du travail effectué.

Pas d’indemnités durant le semi-confinement

Faut-il le préciser, les député·e·s vaudois·es n’ont pas droit aux RHT. L’indemnité qu’ils et elles perçoivent (pour les séances plénières mais qui couvrent aussi leur préparation) n’est pas considérée comme un salaire. Aussi, aucune base légale, pas même le décret fixant le «montant des indemnités des membres du Grand Conseil pour la législature 2017-2022», n’a pu solutionner «le manque à gagner» des six sessions journalières annulées.

Or, certain·e·s député·e·s se sont retrouvé·e·s dans des situations financières délicates.

Soucieux de cette situation, le bureau du Grand Conseil a proposé un projet de décret pour indemniser les séances annulées en raison de la pandémie. Cependant, ce projet a été refusé par la commission des finances, par 7 voix contre 6. La raison? Solidarité avec les branches professionnelles en difficulté. Dès lors, le bureau a préféré retirer sa proposition, plutôt que de lancer un débat bien délicat au Grand Conseil, sans réelle perspective de succès.

Des parlementaires engagé·e·s

«La meilleure façon d’aider, c’est de se mettre en retrait», telle a été la recommandation du Conseil d’Etat vaudois en début de crise. Pour organiser les flux de questions et de recommandations des parlementaires resté·e·s actifs et actives malgré cette devise, une chaîne de transmission d’information a pu être organisée. Toute information utile, toute question importante ont pu être communiquées aux chef·fe·s de groupe, puis à la 1ère vice-présidente du Grand Conseil et enfin au Conseil d’Etat. Cela a permis de faire remonter les problématiques rencontrées sur le terrain, dans certaines régions, dans certaines branches professionnelles. Le Conseil d’Etat s’est prêté au jeu, en répondant parfois même dans l’immédiat, en se mettant à disposition du bureau élargi (bureau + chef·fe·s de groupes) lors de visio-conférences, en prenant des mesures concrètes.

Les commissions de surveillance (gestion et finances) ainsi que la commission thématique de santé publique ont été mandatées pour établir un rapport commun et suivre, surveiller, voire critiquer, les décisions du Conseil d’Etat, durant cette période extraordinaire.

Le bureau du Grand Conseil a, quant à lui, réorganisé le travail parlementaire à l’aune des nouvelles normes sanitaires, pour que celui-ci puisse reprendre son cours le plus rapidement possible. Il a, en particulier, défini les outils adéquats pour les visio-conférences, en y transférant les commissions parlementaires, trouvé une salle à Yverdon, organisé le fonctionnement technique de celle-ci. Le bureau s’est réuni en visio-conférence chaque semaine, a reçu des expert·e·s pour prendre les meilleures décisions, a demandé des avis de droit pour interpréter un cadre légal mouvant, a diffusé de l’information auprès des chef·fe·s de groupes. Il a permis de faire le lien entre l’exécutif et le législatif.

Les député·e·s n’ont pas réellement eu de répit durant cette crise. Ils et elles ont dû rester en tout temps informé·e·s, ont dû vulgariser autour d’eux/elles les décisions parfois contradictoires prises sur la durée de l’état de nécessité, ont dû s’adapter comme tout un chacun·e à de nouvelles habitudes et de nouveaux outils de travail. En reprenant les séances à la Marive, les député·e·s ont eu à avaliser a posteriori les nombreux décrets du Conseil d’Etat, tout en y apportant un regard critique.

Quid des droits politiques?

L’image des député·e·s vous paraît bien docile ? Vous êtes peut-être de l’avis du journaliste de Bon pour la tête, Jacques Pilet, qui dépeignait dans un article du 20 mai, une situation totalitariste, durant laquelle le gouvernement fédéral avait pris le pouvoir de façon absolue sur le pays, défiant les principes les plus raisonnables de la démocratie – dont les pouvoirs doivent se répartir entre le gouvernement, le Parlement et l’ordre judiciaire.

Il n’avait certes pas tout tort. Toutefois, le contexte de confiance dans lequel ce pouvoir a été transféré, la nature des décisions allant dans l’intérêt général, il semble que l’on puisse raisonnablement nuancer son analyse. Au niveau cantonal, bien que les droits des parlementaires aient été durement limités durant cette période et qu’ils et elles n’aient pas souhaité reconnaître leur propre travail d’un point de vue financier, tant les député·e·s que les groupes d’intérêts ont trouvé une oreille attentive auprès du gouvernement et ont malgré tout pu faire pression pour apporter les appuis là où il y en avait besoin.

Et si ce n’est pas totalement le cas, les parlementaires peuvent désormais à nouveau siéger! Osons espérer qu’ils et elles le pourront aussi à la rentrée d’août 2020. Et c’est dans cette continuité bien différente que d’habitude qu’ils et elles pourront toutefois orienter les actions politiques et défendre ce qui nous tient à cœur dans ce monde d’après, concernant les aspects écologiques, sociaux et d’économique locale.

Séverine Evéquoz

Actes Verts

Que retenir de mon travail parlementaire à l’issue de la session de juin 2020 ?

Actes Verts n°58 – juin 2020

Mes chères membres Vertes vaudoises et Verts vaudois,

Il m’est demandé de vous faire part de mes impressions générales à l’issue de cette période parlementaire agitée, depuis la session extraordinaire de mai exclusivement consacrée à la crise sanitaire jusqu’à celle de juin qui vient de s’achever. Parmi les innombrables constatations, impressions et réflexions qui y sont liées, j’ai choisi de vous présenter trois aspects particuliers :

  • les impacts de la crise sanitaire sur l’agenda et le travail parlementaire,
  • le lien entre science et politique tel que je le perçois aujourd’hui de l’intérieur,
  • le rapport de force inégalitaire et ses conséquences en terme de réponse politique à l’urgence écologique.

Les impacts de la crise sanitaire sur l’agenda et le travail parlementaire

Comprendre quels sont les impacts de la crise sanitaire sur le travail parlementaire implique de pouvoir les distinguer de ce qui constitue habituellement ce travail. Or, comme tous les nouveaux et nouvelles élu·e·s, les trois mois d’expérience au sein de cette législature ne pesaient pas bien lourds lorsque la session de mars a été suspendue, l’état d’urgence prononcé et le travail législatif brutalement interrompu. Après une semaine de stupeur et de «chômage technique», le temps pour le bureau du conseil national et pour les groupes parlementaires de reprendre leurs esprits et de mettre en place les fameuses visio-conférences qui sont depuis devenues la norme pour bon nombre d’entre nous, a commencé une période que je qualifierais de «chaotique». Les demandes affluaient de toutes parts alors que l’agenda était totalement bouleversé. Les séances de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture (CSEC) dont je suis membre ont repris en accéléré et exclusivement consacrées au traitement des nombreuses questions soulevées, en particulier par l’école à la maison, le creusement de l’inégalité des chances, le soutien au secteur de l’accueil de la petite enfance, les mesures facilitatrices de recherche d’un vaccin et les conséquences économiques du confinement sur le monde de la culture dont les acteurs sont encore aujourd’hui rudement touchés. La session extraordinaire de mai a été elle aussi dédiée dans sa totalité au traitement de la crise COVID. Il s’agissait avant tout de valider les décisions prises par le gouvernement tant dans le domaine sanitaire que financier.

Ainsi il n’a été possible de reprendre les objets suspendus depuis le mois de mars que durant la session de juin. Malgré des horaires très denses, le retard dans le traitement des dossiers à l’issue de cette session est estimé à environ 30 heures de débat. Il sera par conséquent nécessaire de densifier encore davantage le programme de la session d’automne notamment avec trois séances de nuit les lundis jusqu’à 22h. Il est également prévu d’organiser une deuxième session spéciale fin octobre.

Malgré tout cela, le traitement ordinaire des dossiers en commission doit aller de l’avant. La CSEC a la responsabilité d’examiner le programme de politique culturelle, ainsi que de formation, recherche et innovation pour la législature, alors même que les enjeux qui y sont liés ont été amplifiés par la crise sanitaire (numérisation accélérée de la société, formation continue et réinsertion professionnelle, risque de restriction budgétaire, etc.). La multiplicité des dossiers et l’accélération du rythme de leur traitement, qui mettaient déjà à rude épreuve les capacités d’un·e parlementaire même chevronné·e se sont trouvées encore accrues par la crise sanitaire et ses conséquences. Bref, comme pour n’importe quelle profession, le rythme et la densité de travail ont été intensifiés. Mais parlementaire est-elle une profession à part entière au sein de notre système qualifié de «milice» ? En temps normal, on estime à 10-15% le temps restant pour exercer nos éventuelles professions parallèles alors qu’il paraît évident que les compétences spécifiques requises par nos fonctions impliquent une professionnalisation, d’autant plus depuis la crise sanitaire.

Urgence écologique et «Politique des petits pas»

Me concernant, il n’y a cependant pas de doute, je suis bien une politicienne de milice car mon identité première est celle de scientifique, climatologue plus précisément. Qu’est-ce que cela implique ? Que je suis hautement consciente de la précarité de notre situation, en tant qu’espèce au sein de notre système Terre ; que la réalité de l’urgence écologique, dont le réchauffement climatique n’est malheureusement qu’un des nombreux défis planétaires auxquels nous sommes désormais confrontés, réclame des mesures sans précédent, une révolution idéologique, à l’échelle mondiale et tout cela durant cette décennie que nous venons d’entamer. C’est d’ailleurs cette conscience de l’urgence qui m’a amené à m’investir en politique en 2018, alors qu’un sentiment d’impuissance m’envahissait, comme bon nombre de mes pairs au sein de la communauté scientifique, et que les réponses institutionnelles restaient bien en deçà des enjeux. C’est sans aucun doute à cette caractéristique que je dois mon élection en novembre dernier me donnant l’opportunité inespérée de raccourcir la distance entre approche scientifique du monde et interprétation politique.

Après bientôt sept mois d’activité au sein du parlement, suis-je rassurée sur la capacité du politique à répondre suffisamment vite et fort à ces défis ? Je dois bien confesser que non. Au contraire, alors même que je ne me faisais pas beaucoup d’illusions, ma méconnaissance des rouages du pouvoir depuis l’intérieur me permettait encore d’espérer une évolution rapide, espérance qui a tôt eu fait d’être balayée par les constats qui se sont imposés à moi depuis. Deux particularités constituent actuellement les principaux obstacles : le fonctionnement par commission et la forte inégalité des rapports de force.

La multiplicité des dossiers dont il a déjà été question et le peu de temps à disposition pour les traiter implique que le travail parlementaire est très peu propice au travail d’équipe inter et trans-commission. Il en ressort que chaque «objet» (modifications de lois, interventions parlementaires, initiatives populaires, etc.) une fois traité par la commission «experte», ne fera pas ou très peu l’objet de débat interne au sein des groupes parlementaires. Les délégué·e·s de chaque commission portent donc la lourde responsabilité de représenter seul·e·s leur groupe au sein de leur commission et d’indiquer les enjeux propres à chaque dossier à leurs collègues de parti, et donc les indications de vote. Il n’y a plus vraiment de débat de fond en dehors du travail en commission. Cette organisation du travail, qui découle tant de la tradition que de la nécessité, implique une approche unilatérale des problématiques sous-jacentes aux différents dossiers traités, alors même qu’une approche systémique serait nécessaire face à des phénomènes complexes comme le réchauffement climatique ou l’érosion de la biodiversité. Par exemple, si l’on aborde la question de l’atténuation du réchauffement uniquement du point de vue de la politique énergétique et de ses solutions technologiques, les solutions offertes par la restauration des sols et la valorisation des pâturages seront sous-évaluées.

Évidemment l’octroi d’une commission au sein des groupes s’effectue en fonction des compétences spécifiques mais avant tout du niveau d’expérience politique, ce qui explique pourquoi je ne siège pas à la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie (CEATE) qui pourtant s’occupe de politique climatique. Il a donc été particulièrement frustrant de ne pouvoir intervenir directement sur la loi CO2 tous ces derniers mois. Il faut cependant préciser que le plus gros du travail était déjà accompli en novembre avant la nouvelle législature. Depuis, mes collègues vert·e·s de la CEATE ont pu déposer onze minorités au sein de leur commission, toutes perdues en plénum, comme la quasi-totalité de toutes les minorités déposées par la gauche, quels que soient les dossiers concernés. Cela m’amène au deuxième point, l’inégale répartition des forces au sein des commissions et du parlement.

La vague verte se concrétise-t-elle par une amélioration de notre politique ? Bénéficions-nous des effets d’un parlement plus progressiste ? Sans aucun doute oui, comme l’ont montré les résultats pour le mariage pour tous ou le service civil.  Il est possible désormais d’obtenir des majorités dans les commissions dont mes collègues qui ont connu l’«ancien régime» rêvaient. En règle générale, tout comme les groupes parlementaires font confiance à leurs délégué·e·s des différentes commissions, le parlement fait confiance aux majorités issues des commissions. Ainsi, l’UDC s’est retrouvé minoritaire lorsqu’elle réclamait une non entrée en matière de la loi CO2, ce qu’elle n’a pas obtenu, les autres partis ayant pris le parti de la majorité. A l’inverse, alors que mes collègues vert·e·s proposaient plusieurs mesures pour renforcer la loi, soutenues uniquement par le PS, quelques unes également par les Verts lib, ils n’étaient toujours que minoritaires, et le parlement rejetait également ces minorités. Pour faire pencher la balance, il faut qu’une part suffisante du centre droit vote avec la gauche et cela n’arrive pas très souvent. Le résultat de tout cela est que nous avançons certes, mais à «petit pas», et que cela n’est certainement pas compatible avec l’urgence climatique.

Valentine Python, climatologue, conseillère nationale

Actes Verts

Mes premiers pas au Grand Conseil

Actes Verts n°57 – mars 2020

On ne va pas se le cacher, c’est un moment comme on en vit peu dans une vie: une grande porte, un imposant escalier, et, en haut en homme et une femme, habillés en cape verte et blanche qu’on a plus l’habitude de voir sur les photos officielles qu’en chair et en os.

Pour moi c’était le 3 décembre dernier. On m’avait avertie que j’allais siéger en lieu et place de Léonore Porchet et puis tout est allé très vite. On promet solennellement d’être fidèle à la Constitution suisse et vaudoise, d’exercer en toute conscience la charge à laquelle nous avons été appelé et de donner notre assentiment qu’aux projets de loi qui nous semble justes, utiles et conformes aux bonnes mœurs. Un geste qui revient souvent à l’ordre du jour. Mais ça reste toujours un moment d’émotion.

Bon. Passées les accolades, on découvre vite la réalité. Le Grand Conseil est un monde en soi. Un endroit extrêmement codifié où il se joue autant de choses dans les coulisses que dans l’hémicycle. Difficile à comprendre pour une novice. Le contraste est encore plus grand pour une élue verte qui débarque tout droit du Conseil communal de Lausanne où la gauche est majoritaire. Au Parlement cantonal, où nous ne sommes (pour l’instant!) pas en position de force. En termes de psychologie politique, il y a un sacré pas à faire.

Reste un côté singulièrement grisant. C’est là, entre ces 150 député-e-s et ces sept conseiller-ère-s d’Etat, que se prennent bon nombre des décisions qui font ce canton. Y participer ne serait-ce qu’un peu, essayer de comprendre modestement ses rouages et tenter de mettre le grain de sel pour lequel nous avons été élus, c’est une opportunité que je trouve magique.

Et c’est bien là le premier choc. On pense urgence climatique, biodiversité, mixité sociale, et le premier point à l’ordre du jour, pour moi, c’est tout bonnement une plongée douloureuse dans la réalité du budget cantonal, dans le subtil équilibre des rapports de force entre exécutif et législatif, dans la composition des commissions et les discussions sans fin pour essayer de décrocher un vote dans le camp d’en face. 

Il y a aussi ces moments où la politique du Parlement et l’actualité se confondent. Et ce début d’année, ça ne manque pas. Entre la démission du Président du Grand Conseil, son remplacement au pied levé et bien sûr l’actuelle crise du Coronavirus qui a vu la suspension de nos travaux, 2020 peut d’ores et déjà être considérée comme exceptionnelle et ravira sûrement les futur-e-s historien-ne-s qui devront décortiquer nos PV de séances et autres bulletins. A nous d’y être efficaces.

Ces premiers pas dans la politique cantonale, c’est aussi et surtout grâce à l’aide du groupe des Vert-e-s: les militant-e-s, les élu-e-s, les ami-e-s du partis, et les député-e-s en place. Dans cette période plus que turbulente et dans cette grande machine qu’est le Grand Conseil ce groupe des Vert-e-s, composé de personnes intègres, motivées et engagées, vous rappelle à quel point nous sommes une vraie famille de conviction. C’est ce que je retiendrais de ces premiers mois passés au Parlement. Nous avons la chance d’avoir des gens de qualité, avec chacun ses thèmes de prédilection et ses engagements. Un grand tout avec qui je me réjouis de pouvoir reprendre le plus rapidement possible nos travaux. Cette crise épidémiologique montre à notre canton et à nous tous nos limites. Nous aurons besoin d’énergie et d’idées novatrices pour pouvoir nous réinventer. Et des idées et de l’énergie, les Vert-e-s en ont à foison.

Alice Genoud

Actes Verts

Malgré le coronavirus

Actes Verts n°57 – mars 2020

Est-il possible de parler d’autre chose que de coronavirus alors que la session de printemps a été complètement éclipsée par ce maudit virus ? Comme toute réflexion politique, la réponse est plus compliquée que la question : c’est à la fois impossible et indispensable.

Impossible parce que nous vivons une situation inédite, confinés, inquiets alors qu’une partie de la population continue à être mobilisée pour notre santé et notre confort. Parce que nous savons qu’une partie d’entre nous n’a pas son revenu garanti. Parce que nous savons que le confinement cela veut aussi dire la fin de traitement médicaux, des violences domestiques, des enfants en détresse.

Avec mes collègues de la commission de la sécurité sociale et de la santé publique, nous avons rédigé un paquet de mesures à court et à long terme pour sortir les conséquences sociales de la crise de l’angle mort du Conseil fédéral. Les personnes et les familles les plus précaires doivent être mieux protégées. Si nous réglons la crise sur le dos des plus faibles, nous devrons alors affronter une crise sociale aussi terrible que la crise sanitaire lors des prochaines sessions.

Mais parler d’autre chose que du coronavirus est indispensable, parce que notre démocratie à une multitude de projets sur le feu. Aussi parce que nous avons besoin de variété, de changer l’air dans nos têtes. Et cette session de printemps 2020 nous en a donné l’occasion, même raccourcie.

Des vies pour leurs profits

Nous avons notamment traité du large panel du soutien suisse aux guerres de ce monde : exportation de matériel de guerre, exportation de biens pouvant être utilisés à des fins civiles ou militaires (biens à double usage), exportation de services de sécurité privée, financement des producteur·trice·s de matériel de guerre. La loi a été changée pour permettre au Conseil fédéral d’interdire l’exportation de matériel de télécommunication qui pouvait être utilisé à des fins de répression sur les populations des pays importateurs. Mais le Conseil national a refusé d’étendre cette précaution à tous les biens à double usage et ainsi d’empêcher le Pakistan, la Koweït ou l’Indonésie (les trois meilleurs clients de la Suisse) d’utiliser des technologies suisses pour réprimer leurs opposants politiques. Le financement du matériel de guerre, auquel participe chaque année la puissante place financière suisse à coup de milliards, a été longuement discuté. Au final, le Conseil national a refusé d’interdire que l’argent de la BNS ou de nos retraites ne subventionne ces engins de mort, y compris les armes atomiques, chimiques et biologiques. Nous avons vu la majorité bourgeoise du Parlement voter deux motions pour changer la loi qui règle les prestations de sécurité privée à l’étranger (LPSP) afin qu’elle ne concerne plus Pilatus.

Insistons sur ce dernier point, assez grave : notre Parlement a approuvé la LPSP en 2013, car il croyait en son principe : empêcher d’exporter des services de sécurité qui sont problématiques pour les objectifs de paix et de neutralité de la Suisse. Mais maintenant qu’une marque bien connue est frappée d’une interdiction d’exportation, il n’y a plus de place pour les principes, mais seulement pour les bénéfices de l’entreprise nidwaldienne. Une « lex Pilatus » qui s’apparente à de la politique des petit·e·s copain·e·s.

Solidarité envers les chômeuses et chômeurs séniors, mais avec quelle ambition ?

Les chiffres du SECO sont clairs : trouver un emploi après 50 ans est une chose complexe voire quasi impossible pour beaucoup de Suissesses et Suisses. Face à cette réalité, le Conseil Fédéral a proposé la mise en place d’une “rente-pont” pour permettre aux personnes qui, après 60 ans, arrivent à la fin de leur droit à l’assurance-chômage, de toucher une prestation transitoire jusqu’à l’âge ordinaire de la retraite, à condition qu’elles aient exercé une activité lucrative suffisamment longtemps et qu’elles ne disposent que d’une fortune modeste. Je me suis battue, avec mes collègues Vert·e·s pour que cette rente puisse être touchée dès 57 ans, sans succès. Elle ne pourra l’être qu’à partir de 60 ans. 

Après un jeu de ping-pong entre le Conseil National et le Conseil des Etats, la réforme a été adoptée sur le principe mais pas sur tous les détails, les deux Chambres n’étant pas d’accord sur le plafond des rentes-ponts. La droite propose un montant ridicule, qui ne dépassera quasi pas le montant de l’aide sociale. Il faudra reprendre le dossier à la prochaine session parlementaire, et rapidement, car l’urgence sociale est belle et bien là.

Genre et santé

Durant cette session, j’ai déposé deux objets pour mettre les lunettes de l’égalité à la santé : un postulat demandant rapport sur l’intégration de la perspective de genre dans la mise en œuvre de la politique ” santé 2020 ” et sur les mesures relatives pour ” santé 2030 “, ainsi qu’une motion pour intégrer le genre dans la formation et la recherche médicale.

Léonore Porchet

Actes Verts

La première session de la législature

C’est avec plaisir que j’ouvre la série de nos récits fédéraux après notre intensive campagne et nos beaux résultats électoraux. Parler de sa première session a forcément une dimension plus personnelle que de rapporter sur les votes d’une session ordinaire. Je me permets donc cette fois-ci de ne pas me concentrer sur l’ordre du jour mais de vous confier comment je vis ma première session de la législature alors que débute cette 3ème semaine.

Pour tous les nouveaux parlementaires, les contingences sont d’abord pratiques, humaines et logistiques. Tester les hôtels, avoir assez d’habits classes avec soi, trimballer ses bagages entre la maison, le boulot et le Parlement. Puis trouver sa place dans ce désormais grand groupe parlementaire vert et dans cette ruche, où travaillent 250 parlementaires et le même nombre de médias, fonctionnaires de l’administration, lobbyistes, etc. Et enfin, recevoir avec gratitude l’accès tant attendu à son e-mail, le wifi, l’imprimante et l’outil interne de travail.

Le premier vote suivant notre assermentation du 2 décembre a conduit à l’acceptation de la motion visant à encadrer la présence des lobbyistes au Palais. Les anciens semblaient surpris de ce résultat. Peu après les élections, le lobbying est un sujet qui a beaucoup intéressé les médias : quels sont les groupes d’intérêts qui vous contactent, où êtes-vous invités, etc. J’ai débattu d’ailleurs des lobbys et du financement des partis dans Classe politique lundi soir. Heureusement que le petit déjeuner à 7h du mat’ avec les autorités du canton de Vaud a eu lieu la semaine passée parce que je commence à sentir la fatigue. Les journées à Berne sont interminables. Après deux jours, j’avais déjà le sentiment d’être là depuis une semaine.

C’est connu, mais encore plus patent quand on le vit de l’intérieur, peu de gens écoutent les interventions, mais tout le monde en revanche prend son travail de rapporteur de commission ou porte-parole de groupe à cœur. Chaque catégorie de débat a ses règles (temps de parole, nombre d’intervention) et les rapporteurs germanophones et francophones vont de pair et se suivent. La Commission de l’Economie et des Redevances m’a été attribuée par mon groupe. Je suis contente de ce choix, flattée aussi. C’est une commission très active et je serai la seule Romande verte à y siéger. Je me suis donc rendu compte en observant les débats du travail colossal qui m’attend si je dois, en tant que francophone de la délégation, intervenir sur chaque dossier! Ces fameuses interventions que personne n’écoute mais qui nourrissent le bulletin en ligne et servent de base à l’avancement du travail législatif et à la compréhension du ping-pong entre les Chambres.

Cette session aura entre autres vu passer un budget excédentaire, dépenser des milliards pour des avions de combat, bloquer l’accession d’une Verte au Conseil fédéral, perdre de peu un vote lié à la biodiversité – et de beaucoup de nombreux autres objets. Mais nous avons aussi ouvert la voie à la possibilité pour les villes de mettre sur pied des projets-pilotes pour le cannabis. Cela m’a rappelé avec plaisir notre long travail interpartis au Conseil communal de Lausanne sur la thématique. Petit clin d’œil.

Pour terminer, j’ai déposé la semaine passée ma première motion, exigeant une information obligatoire et visible sur le degré de réparabilité de certains appareils afin que les consommateurs et consommatrices puissent faire un choix durable en magasin ou sur la toile. Cette semaine, je dépose encore une motion sur les investissements durables préparée par un petit groupe et deux interpellations, une dans le domaine des biobanques et l’autre de la facturation hospitalière, découlant les deux de témoignages recueillis par la FRC. D’ailleurs là aussi, une nouvelle organisation doit se mettre en place. Pour la session de mars, ce sera fait. Vous verrez, je ne parlerai ensuite plus que d’objets parlementaires et des interventions vertes à leur sujet.

Sophie Michaud Gigon

Nouvelles du réseau

Lettre ouverte des Jeunes Vert-e-s aux parlementaires bourgeois

Chère délégation vaudoise du bloc-bourgeois,

Vendredi 18 janvier, plus de 10’000 jeunes Vaudoises et Vaudois ont pris la décision de donner un signal fort à l’ensemble de la classe politique : faire grève pour le climat. En effet, pourquoi étudier si les politiques détruisent allègrement notre futur sur Terre ? Cette grève est le signe d’une jeune génération qui se réveille et va de l’avant, vers une société responsable et consciente des limites des ressources. Cette génération, parfois accusée de silence ou de désillusion, montre aujourd’hui sa force et sa détermination à se faire entendre par celles et ceux que les bourdonnements du profit immédiat et du système économique rendent sourd-e-s aux cris de l’urgence climatique.

L’ensemble des espèces menacées, les dérèglements climatiques et les injustices sociales qui en découlent ne trouvent plus d’allié-e-s dans l’arène climatosceptique libérale. La jeunesse est attachée aux enjeux du 21ème siècle, et nous accusons le manque de prévision à long-terme des politiques actuelles. Les derniers chiffres du site ecorating.ch ont révélé que vous ne vous souciiez qu’infimement de la protection de l’environnement et de la lutte contre l’urgence climatique. Nous entendons régulièrement dans vos discours que vous vous préoccupez des générations futures : cette mobilisation montre pourtant bel et bien que la préoccupation principale de la jeunesse est celle que vous ne cessez de bafouer jour après jour par vos votes et vos prises de positions, comme récemment lors de la Loi sur le CO2 que vous avez soigneusement vidée de toute substance. Et pourtant, des élu- e-s vaudois-e-s de vos rangs soutiennent les grévistes.

Cette génération-là, la génération climat, que vous avez tant de peine à entendre, espère que vous ne resterez plus assourdi-e-s par le bruit passager du profit immédiat et des climatosceptiques. Biodiversité menacée, réchauffement de la planète, dérèglement des cycles de l’azote, du carbone, du système biogéochimique intégral, hausse des températures et ses conséquences sur l’agriculture ou le déplacement des populations, montée du niveau des océans ; tout va vers le pire, le drame progresse et vous continuez à agir de manière totalement irresponsable.

Pourtant, des solutions existent (en annexe, le rapport du GIEC à l’attention des politicien-ne-s) pour un monde en-deçà des 1,5° C de réchauffement, et vous les connaissez : la génération d’aujourd’hui vous parle, il est déterminant pour l’avenir de notre planète, de notre vie sur Terre, et surtout pour l’économie, que vous les entendiez.

Dernièrement, vous vous êtes opposé-e-s à une initiative sur la protection des sols suisses, à une autre en faveur d’un système d’alimentation durable et responsable ou encore à une troisième, pour la sortie du nucléaire. Vous continuez à vous opposer aux taxes sur le kérosène et à réglementer les émissions de CO2.

Ne serait-il pas temps de repenser vos valeurs ? Que vaut un parti qui ne sait évoluer au gré des événements historiques et qui reste figé sur des convictions du passé ? La liberté n’est-elle pas indissociable de la responsabilité ? Alors prenez les vôtres ! La jeunesse est dans la rue : les libéraux les ignorent, avec dédain, et votre majorité politique ne répond pas aux enjeux critiques du 21ème siècle et aux préoccupations des jeunes Vaudoises et Vaudois, futurs citoyen-ne-s de notre Canton. Par cette lettre, nous vous appelons à vous engager concrètement pour le climat et l’environnement, ou à ne pas vous représenter le 20 octobre prochain. Nous vivons une urgence planétaire vitale ; nous avons besoin d’élu-e-s à la hauteur de cet enjeu !

En espérant que vous saurez prendre conscience de l’importance de cette urgence, recevez, Chère délégation vaudoise du bloc-bourgeois, nos sincères salutations,

Oleg Gafner, coprésident des Jeunes Vert-e-s vaudois-e-s

Mathilde Marendaz, membre des Jeunes Vert-e-s vaudois-e-s