Interventions parlementaires

Pour que la prospective soit plus qu’un prospectus du Conseil d’Etat

Motion

Notre Grand Conseil a ratifié la composition de la Commission de prospective pour la période 2019 – 2022 en troisième débat le 4 février 2020. Ce n’est pourtant pas avec un grand enthousiasme que notre Parlement a donné suite à la liste de noms proposés par le Conseil d’Etat. Ce n’est pas la qualité et les compétences des personnes proposées qui faisait débat, mais le fait que celle-ci ne soit composée que de personnes provenant soit du Conseil d’Etat ou dépendantes directement de celui-ci, soit des Hautes Ecoles sises sur le territoire du Canton.

Ce cercle très restreint de profils fait sérieusement douter de la capacité de cet organe à remplir la mission qui lui est confiée, selon l’art. 3 du règlement sur la Commission de prospective (RCPro) : « La Commission de prospective a pour mission d’identifier les évolutions sociales, techniques, scientifiques, économiques, politiques, environnementales, culturelles et philosophiques, et d’en rendre compte aux autorités politiques par l’intermédiaire du Conseil d’Etat. Ses réflexions contribuent à l’élaboration du programme de législature. ».

Il est en effet difficilement envisageable que ce soit les personnes qui sont aux postes de décisionnels et de gouvernance qui soient les mieux placées pour identifier les évolutions à moyen termes de notre société. Les agendas de ministre de ces personnes – au sens littéral du terme pour certaines d’entre eux – ne permettent pas non plus de rassurer les motionnaires quant au temps effectivement pris pour remplir de manière satisfaisante la mission attribuée à la Commission de prospective.

Basé sur ces constats et en tenant compte des avis exprimés lors des trois débats ayant eu lieu en ce début d’année 2020, les motionnaires demandent respectueusement au Conseil d’Etat de proposer au Grand Conseil la modification de Loi sur l’organisation du Conseil d’Etat (LOCE) et particulièrement les teneurs de l’art. 24b, al. 3, ainsi que la modification du RCPro. Ces modifications devront viser les éléments suivants :

Composition :

  • Maximum deux membres du Conseil d’Etat,
  • Trois membres, scientifiques (sciences de l’environnement, sciences sociales et humaines, sciences de base, recherche/innovation ou ingénierie, etc.), provenant de l’Université de Lausanne, de l’EPFL et de l’une des écoles de la HES-SO sises dans le Canton de Vaud,
  • Cinq membres des milieux artistiques, culturels, associatifs (apolitiques et laïcs), économiques et sportifs,
  • Deux membres issus de la société civile, au sens large, dont la désignation pourrait être effectuée par un procédé de tirage au sort à partir d’une liste de personnes déclarées intéressées.

Dans la proposition des futures listes des membres de la Commission de prospective au Grand Conseil, le Conseil d’Etat veillera :

  • à un juste équilibre entre les genres,
  • à couvrir au maximum les champs de la mission de la Commission,
  • à viser, dans la mesure du possible, l’indépendance des membres de la Commission par rapport à l’Etat et à son administration,

Les signataires remercient par avance le Conseil d’Etat de la bonne réception de cette motion en vue d’une mise en œuvre pour la prochaine législature 2022-2027.

Etienne Räss

Interventions parlementaires

Veramente allegro… ou non troppo? Quelle partition se joue en sourdine à la HEMU ?

Interpellation

Après «l’affaire Klopfenstein»1 et les forts remous dans le conseil de fondation de la Haute école de musique Vaud-Valais-Fribourg et Conservatoire de Lausanne (HEMU-CL), le climat et le fonctionnement de l’institution semblaient s’être détendus et une certaine normalité avoir regagné les différents lieux de formation avec la nomination de la nouvelle directrice, Noémie L. Robidas2.

Toutefois, des sources d’information laissent entendre que le calme n’est que superficiel et que, sous l’apparence, bon nombre de problèmes de la période précédente n’aient pas été véritablement résolus.

C’est ainsi que l’exode de compétences professionnelles se poursuit sur le site du Flon (pédagogie, jazz et musiques actuelles), qu’une bonne partie de l’ancienne équipe dirigeante n’a pas été changée, que la situation financière ne paraît pas sereine, voire saine, que la production est privilégiée en lieu et place de la pédagogie, que les propositions issues du rapport de Dominique Arlettaz n’aient pas été mises en vigueur et que les compétences managériales paraissent faibles.

Au-delà de ces signes alarmants, il reste très difficile de se faire une idée précise du fonctionnement de l’institution, alors même que l’Etat de Vaud en reste le principal financeur.

Pour ces différentes raisons, j’ai l’honneur de poser les questions suivantes au Conseil d’Etat :

– Existe-t-il des faits objectifs (par exemple bilan ou rapport intermédiaire, etc.) attestant du véritable rétablissement de l’institution ?

– Si tel n’était pas le cas, est-il prévu de procéder à une analyse, notamment eu égard à la situation financière de l’institution, pour confirmer ce rétablissement ?

– Dans quelle mesure est-il envisageable d’évaluer les objectifs pédagogiques des différents secteurs (jazz, musiques actuelles, classique, etc.), en vue d’en déterminer l’adéquation avec les visées de l’institution, par exemple en termes d’employabilité ?

– Le taux de cette même employabilité des étudiant-e-s issu-e-s de la HEMU est-il connu ?

– Quelle est la proportion actuelle d’étudiant-e-s étrangères/étrangers (68% en 2017) ?

– Dans quelle mesure les problèmes de gouvernance apparus sous la direction précédente ont-ils été évités lors des nouvelles nominations ?

– De quel contrôle dispose véritablement le canton de Vaud en tant que principal bailleur de fonds de la HEMU ?

Dans l’attente des réponses du Conseil d’Etat aux différents points énoncés, je le remercie de sa prise en considération rapide de l’objet.

Felix Stürner

1 Voir notamment : https://www.24heures.ch/vaud-regions/audit-vise-gouvernance-hemu/story/19732415

ainsi que le résumé de l’audit de Dominique Alain Freymond

2 https://www.24heures.ch/vaud-regions/nouvelle-directrice-haute-ecole-musique/story/10178888