Interventions parlementaires

Souffrons-nous d’amnésie visuelle ?

Interpellation

Le Canton de Vaud ne possède actuellement pas de banque d’images anciennes du canton accessible. Les illustrations représentant Vaud dans le passé (photos, gravures, estampes, dessins etc.) sont dispersées dans diverses institutions (Bibliothèque cantonale universitaire, Archives cantonales, Musée des Beaux-Arts, Musée d’archéologie et d’histoire, Conservation du patrimoine, Musée régionaux, Musée de l’Elysée et nombre de musées locaux) qui parfois les rendent facilement accessibles, parfois pas du tout. 11 n’existe pas non plus de banque informatique permettant de retrouver un lieu, un événement, une personrialité, une année… Que l’un des plus grands cantons de Suisse ne bénéficie pas encore d’une telle structure est une lacune regrettable, qui péjore notre mémoire visuelle commune.

Le Valais (Médiathèques de Sion et Martigny en étroite collaboration), Genève (Centre iconographique genevois), Lausanne (Musée historique de Lausanne) ont réussi à créer une mémoire iconographique en fédérant les institutions et la partageant généreusement. Cela profite aux chercheurs, aux passionnés d’histoire, aux curieux, aux amoureux du patrimoine, aux journalistes, aux enseignants et élèves, etc. Bref, à tout le monde !

C’est pour ces raisons que nous avons l’honneur de poser les questions suivantes au Conseil d’Etat :
1 . Suite à la transmission de la Collection iconographique vaudoise à la BCUL par le Musée de l’Elysée, qu’est-il prévu pour valoriser cette collection ?
2. De quels moyens les différentes institutions cantonales possédant du matériel iconographique présentant un intérêt historique et scientifique disposent-elles pour le partager ?
3. Comment la coordination entre ces institutions, dans la perspective d’une mise à disposition du public et des chercheurs des différents fonds iconographiques existants, est-elle prévue ?
4. La création d’une iconothèque cantonale est-elle en projet ?

Léonore Porchet

Interventions parlementaires

Nos salons sont des galeries : pour une artothèque vaudoise

Postulat

Une artothèque est une structure de diffusion d’oeuvres d’art dotée d’une collection d’oeuvres d’art originales, régulièrement enrichie et prêtée à un large public (particuliers, établissements scolaires,associations, entreprises, collectivités…), à la manière dont une bibliothèque prête des livres et diffuse la lecture. L’artothèque est ainsi un outil culturel permettant d’offrir une rencontre privilégiée, directe et différente entre une oeuvre d’art et des individus : Démocratiser la culture par la pratique de la location à tout un chacun d’oeuvres d’art originales est la mission essentielle d’une artothèque.

Une artothèque a aussi comme but de soutenir les artistes à travers des expositions, des résidences de création, des éditions, etc. Une telle structure est un outil culturel permettant d’offrir une rencontre privilégiée et directe entre une oeuvre d’art et les citoyennes et citoyens, rencontre étayée par un travail de médiation.

L’expérience des artothèques est largement positive dans les pays qui voient fleurir ces structures, par exemple en France et en Allemagne. Une pinacothèque existe à Genève. Très récemment, le Canton du Valais a inauguré une artothèque cantonale, avec un très bel écho et enthousiasme des professionnels comme des artistes et des usagers de la médiathèque cantonale. Parfois privées, beaucoup de ces artothèques sont publiques.

Elles permettent aux collectivités :
(1) d’offrir à la population un accè,s dïrect à l’art contemporain, parfois considéré comme difficile;
(2) de valoriser et rendre visible leurs collections d’art plastique, qui bien souvent reste inaccessibles au public
(3) de mettre en place une aide directe à la création locale et aux artistes du cru, en particulier les jeunes créateurs, qui peinent souvent à émerger.

Le Canton de Vaud pourrait ainsi profiter d’une telle structure pour créer un lien direct, abordable et médiatisé, entre sa population et l’art contemporain, qu’elle soutien déjà par d’autres biais.

Ce postulat demande dès lors que le Conseil d’Etat étudie l’opportunité de mettre en place une artothèque cantonale.

Quelques liens :

www.mediatheque.ch/valais/artotheque
https://www.rts.ch/play/radio/nectar/audio/de-lart-a-la-maison?
www.pinacotheque.ch

Léonore Porchet

Communiqué 2018, Votation

Les milieux culturels, artistiques, sportifs, musicaux et économiques et les partis contre l’initiative « No Billag »

Communiqué de presse
Conférence de presse du Comité vaudois « NON à No Billag »

Représentants vaudois des radios et télévisions, des personnes âgées, des milieux artistiques, culturels, sportifs, économiques, politiques : ils étaient nombreux à expliquer ce matin face aux médias les conséquences négatives que l’initiative « No Billag » aurait sur les milieux qu’ils représentent. Tous refusent de perdre la qualité et la quantité des médias locaux. Ceux-ci participent à la transmission d’une information suisse, cantonale et locale de grande valeur. Le 4 mars 2018, ils recommandent de rejeter l’initiative qui vise la suppression des redevances radio et télévision « No Billag ».

Le Comité vaudois « NON à No Billag », entré en campagne en novembre dernier, tenait sa première conférence de presse ce matin. C’est sur le plateau de La Télé que les intervenants étaient réunis. Formant un large panel, allant des radios et télévisions à l’AVIVO, en passant par les milieux artistiques, culturels, sportifs, économiques et politiques, les intervenants ont chacun expliqué les conséquences négatives qu’une adoption de l’initiative aurait pour leur milieu respectif.

« L’auditeur-téléspectateur suisse de ces 60 chaînes serait obligé de compenser en s’abonnant à des chaînes privées, dont le montant pour un minimum de programme s’élèverait au moins à CHF 1’000.- par année, soit environ trois fois plus que la redevance actuelle de CHF 365.- par année dès le 1er janvier 2019. »
Marc Oran, Président de la Société de radio et télévision vaudoise (SRT Vaud)

« Dans la culture, nous avons besoin de médias de service public, pour que l’on parle de nous. Nous avons besoin d’exister dans l’inconscient collectif. Nous avons besoin que la Suisse romande sache ce que l’on fait. Pour cela, on ne va pas compter sur TF1 ou NRJ. Ce que nous faisons n’est pas toujours désirable, lucratif ou addictif, mais il est néanmoins indispensable. »
Jean-Yves Cavin, Directeur artistique du Cully Jazz festival

« La suppression de la redevance provoque la destruction de quasi toute la production cinématographique suisse. Les apports cantonaux, fédéraux, ou le crowdfunding ne permettent pas de maintenir un volume de production signifiant. Ce sont des milliers de techniciens, prestataires, créateurs qui se retrouvent sans emploi. C’est notre voix qui s’éteint dans le concert du monde. »
Stéphane Goël, Réalisateur, membre de la Société suisse des auteurs

« L’initiative repose sur le bluff : bluff en termes de diversité et vis-à-vis des entreprises. Les petites structures dont le chiffre d’affaires est inférieur à 500’000 francs, soit 75% des entreprises suisses, ne payeront aucune redevance ; seuls 9% des entreprises bénéficieront d’un tarif plus avantageux qu’aujourd’hui. Pour les autres, il s’agira d’une goutte d’eau, versée pour le bien de notre pays. »
Gilles Meystre, Président de Gastro Vaud

« Les salles de concert et les festivals disent “NON” à “No Billag” parce que nous refusons de perdre nos principaux relais et partenaires. L’initiative vise à supprimer d’importantes plateformes de visibilité et de promotion de nos événements ainsi que des musiciennes et des musiciens suisses. Qui diffusera encore les artistes qui se produisent sur nos scènes si ce n’est les médias du service public, via leurs antennes régionales et les médias locaux?»
Albane Schlechten, Coordinatrice romande de Petzi

« Pour nombre de retraités, la radio et la télévision sont des compagnies quotidiennes incontournables. C’est une ouverture sur l’actualité, l’information, le sport, la culture, le divertissement. Certains apprécient tout particulièrement le service du langage des signes ou l’audio description, que seul un média qui n’est pas soumis à la tutelle de groupes financiers et de publicitaires est prêt à offrir. »
Christiane Jaquet-Berger, Présidente de l’AVIVO Suisse

« Lorsqu’elles retransmettent des manifestations sportives, qu’il s’agisse d’événements nationaux ou internationaux, la SSR et les chaînes régionales mettent l’accent sur les athlètes suisses. Un élément non-négligeable, car nos «héroïnes et héros du sport » sont les modèles de la génération suivante. Sans oublier que les grands événements sportifs suscitent l’émotion, forgent l’identité et unissent la population au-delà des régions. »
Adamo Vionnet, Directeur technique à Athletissima

Marc Oran, Président de la Société de radio et de télévision vaudoise (SRT VD)
Jean-Yves Cavin, Directeur artistique du Cully Jazz festival
Stéphane Goël, Réalisateur, membre de la Société suisse des auteurs (SSA)
Gilles Meystre, Président de Gastro Vaud
Christiane Jaquet-Berger, Présidente de l’AVIVO
Albane Schlechten, Coordinatrice à PETZI (section romande)
Adamo Vionnet, Directeur technique à Athletissima
Kurt Eicher, Directeur général de La Télé Vaud-Fribourg
Adèle Thorens, Conseillère nationale (Verts vaudois)
Géraldine Savary, Conseillère aux États (PS Vaud)
Isabelle Moret, Conseillère nationale (PLR Vaud)
François Pointet, Député et président (vert’libéraux vaudois)
Claude Béglé, Conseiller national (PDC Vaud)

Interventions parlementaires

La maison de l’écrivain C.F. Ramuz en péril

Interpellation

La maison de l’écrivain C.F. Ramuz en péril : le Conseil d’Etat a-t-il vraiment l’intention de laisser disparaître ce patrimoine unique ?

C.F. Ramuz (1878 – 1947), certainement le plus grand écrivain vaudois du 20ème siècle, jouit d’une renommée mondiale. De grands auteurs français, tels que Paul Claudel ou André Gide, ont très tôt reconnu Ramuz comme l’un des leurs. Sa consécration d’auteur majeur, en 2005, a été couronnée par sa publication dans la prestigieuse collection de la Pléiade, chez Grasset. Il est le deuxième écrivain suisse romand, avec Rousseau, à figurer dans cette prestigieuse collection.

L’écrivain a résidé durant les 17 dernières années de sa vie, dans sa maison rose aux volets verts, « La Muette », sise à la rue Davel, dans le vieux bourg de Pully. Son appartement au 1er étage, dans lequel il vécut durant toute cette période est parfaitement conservé en l’état. Quelque 3000 visiteurs du monde entier ont eu le privilège de le visiter au fil du temps.

Or, malgré la louable intention des descendants de l’écrivain d’ouvrir la maison au public, l’appartement est en péril.

Suite à la sollicitation des héritiers de l’écrivain, une commission ayant réuni des représentants tant communaux que cantonaux (Service des affaires culturelles du canton de Vaud, de la Municipalité de Pully, du Service des monuments et sites du canton de Vaud et du Musée de Pully) a pris l’option de ne conserver que le bureau de l’écrivain, situé au rez-de-chaussée, et d’aménager le tout en espace muséal, sur une surface de 100 m2. Pully a d’ores et déjà décidé une étude de faisabilité qui devrait aboutir à un projet d’espace muséal, qui sera soumis au Conseil communal début 2017. Le reste du bâtiment, dont l’appartement de l’écrivain au 1er étage, sera transformé en trois espaces locatifs.

Si l’on peut apprécier l’idée d’un espace muséal, la disparition d’un patrimoine tel que l’appartement entièrement conservé d’un auteur vaudois majeur pourrait constituer une grave erreur patrimoniale.

Il y a donc urgence.

La chance de disposer, 70 ans après le décès d’un écrivain de cette valeur, d’une demeure dans laquelle il a vécu, avec tous ses meubles et objets personnels, est exceptionnelle : un témoignage hors du commun de la vie d’une époque, inestimable pour la connaissance intime de l’écrivain. Il semble que certaines pièces de ce mobilier sont anciennes et de grande valeur. En outre, Ramuz y possédait des tableaux de plusieurs peintres romands (Auberjonois, Blanchet, Soutter), qui s’y trouvent toujours. Curieusement, il semble qu’aucun inventaire du mobilier et de l’appartement n’ait été réalisé par la ville ou par le canton. Seules les photos parues dans un article en ligne de 24Heures du 27 mai 2016 témoignent de ce véritable bijou historique.

Je souhaite dès lors poser au Conseil d’Etat les questions suivantes :

Le Conseil d’Etat a-t-il l’intention de faire établir un inventaire du contenu (mobilier et objets d’art) de l’appartement de C.-F. Ramuz, à Pully, témoin du mode de vie des Vaudois du milieu du XXème siècle et espace de valeur artistique et patrimoniale hors du commun ?

Que compte faire le Conseil d’Etat pour sauvegarder intégralement ce patrimoine, compte tenu de la procédure de mise à l’enquête prévue, probablement encore cette année 2016, concernant la rénovation des appartements, dont celui de l’écrivain ?

Le Conseil d’Etat ne considère-t-il pas qu’il est de son devoir de sauvegarder ce patrimoine unique, en hommage à l’un des écrivains majeurs de ce canton ?

Josée Martin