Actes Verts

Des parlementaires aux RHT?

Actes verts n°58 – juin 2020

Pensez-vous que les parlementaires ont chômé durant le semi-confinement dû au COVID-19 ? Il semble que non, à en croire le dépôt de 100 objets parlementaires au Grand Conseil vaudois depuis la reprise des sessions, le 12 mai, à la Marive d’Yverdon. Malgré l’annulation de six séances plénières, le travail s’est poursuivi tout du long, en arrière-fond, dans la discrétion, à l’abri des feux médiatiques. Il a été bien plus large que la mise sur papier des problématiques rencontrées, et ce, dans un contexte de quasi non droit, et sans reconnaissance financière du travail effectué.

Pas d’indemnités durant le semi-confinement

Faut-il le préciser, les député·e·s vaudois·es n’ont pas droit aux RHT. L’indemnité qu’ils et elles perçoivent (pour les séances plénières mais qui couvrent aussi leur préparation) n’est pas considérée comme un salaire. Aussi, aucune base légale, pas même le décret fixant le «montant des indemnités des membres du Grand Conseil pour la législature 2017-2022», n’a pu solutionner «le manque à gagner» des six sessions journalières annulées.

Or, certain·e·s député·e·s se sont retrouvé·e·s dans des situations financières délicates.

Soucieux de cette situation, le bureau du Grand Conseil a proposé un projet de décret pour indemniser les séances annulées en raison de la pandémie. Cependant, ce projet a été refusé par la commission des finances, par 7 voix contre 6. La raison? Solidarité avec les branches professionnelles en difficulté. Dès lors, le bureau a préféré retirer sa proposition, plutôt que de lancer un débat bien délicat au Grand Conseil, sans réelle perspective de succès.

Des parlementaires engagé·e·s

«La meilleure façon d’aider, c’est de se mettre en retrait», telle a été la recommandation du Conseil d’Etat vaudois en début de crise. Pour organiser les flux de questions et de recommandations des parlementaires resté·e·s actifs et actives malgré cette devise, une chaîne de transmission d’information a pu être organisée. Toute information utile, toute question importante ont pu être communiquées aux chef·fe·s de groupe, puis à la 1ère vice-présidente du Grand Conseil et enfin au Conseil d’Etat. Cela a permis de faire remonter les problématiques rencontrées sur le terrain, dans certaines régions, dans certaines branches professionnelles. Le Conseil d’Etat s’est prêté au jeu, en répondant parfois même dans l’immédiat, en se mettant à disposition du bureau élargi (bureau + chef·fe·s de groupes) lors de visio-conférences, en prenant des mesures concrètes.

Les commissions de surveillance (gestion et finances) ainsi que la commission thématique de santé publique ont été mandatées pour établir un rapport commun et suivre, surveiller, voire critiquer, les décisions du Conseil d’Etat, durant cette période extraordinaire.

Le bureau du Grand Conseil a, quant à lui, réorganisé le travail parlementaire à l’aune des nouvelles normes sanitaires, pour que celui-ci puisse reprendre son cours le plus rapidement possible. Il a, en particulier, défini les outils adéquats pour les visio-conférences, en y transférant les commissions parlementaires, trouvé une salle à Yverdon, organisé le fonctionnement technique de celle-ci. Le bureau s’est réuni en visio-conférence chaque semaine, a reçu des expert·e·s pour prendre les meilleures décisions, a demandé des avis de droit pour interpréter un cadre légal mouvant, a diffusé de l’information auprès des chef·fe·s de groupes. Il a permis de faire le lien entre l’exécutif et le législatif.

Les député·e·s n’ont pas réellement eu de répit durant cette crise. Ils et elles ont dû rester en tout temps informé·e·s, ont dû vulgariser autour d’eux/elles les décisions parfois contradictoires prises sur la durée de l’état de nécessité, ont dû s’adapter comme tout un chacun·e à de nouvelles habitudes et de nouveaux outils de travail. En reprenant les séances à la Marive, les député·e·s ont eu à avaliser a posteriori les nombreux décrets du Conseil d’Etat, tout en y apportant un regard critique.

Quid des droits politiques?

L’image des député·e·s vous paraît bien docile ? Vous êtes peut-être de l’avis du journaliste de Bon pour la tête, Jacques Pilet, qui dépeignait dans un article du 20 mai, une situation totalitariste, durant laquelle le gouvernement fédéral avait pris le pouvoir de façon absolue sur le pays, défiant les principes les plus raisonnables de la démocratie – dont les pouvoirs doivent se répartir entre le gouvernement, le Parlement et l’ordre judiciaire.

Il n’avait certes pas tout tort. Toutefois, le contexte de confiance dans lequel ce pouvoir a été transféré, la nature des décisions allant dans l’intérêt général, il semble que l’on puisse raisonnablement nuancer son analyse. Au niveau cantonal, bien que les droits des parlementaires aient été durement limités durant cette période et qu’ils et elles n’aient pas souhaité reconnaître leur propre travail d’un point de vue financier, tant les député·e·s que les groupes d’intérêts ont trouvé une oreille attentive auprès du gouvernement et ont malgré tout pu faire pression pour apporter les appuis là où il y en avait besoin.

Et si ce n’est pas totalement le cas, les parlementaires peuvent désormais à nouveau siéger! Osons espérer qu’ils et elles le pourront aussi à la rentrée d’août 2020. Et c’est dans cette continuité bien différente que d’habitude qu’ils et elles pourront toutefois orienter les actions politiques et défendre ce qui nous tient à cœur dans ce monde d’après, concernant les aspects écologiques, sociaux et d’économique locale.

Séverine Evéquoz

Communiqué 2020

Vaud a besoin d’une stratégie de lutte contre la pauvreté

La crise du COVID-19 pose de nombreux défis, parmi lesquels la lutte contre la pauvreté. Alors que de plus en plus de personnes, pourtant salariées, doivent recourir à l’aide alimentaire, il devient urgent de mettre en place une stratégie cantonale coordonnée de lutte et de prévention contre la pauvreté pour mieux cerner et répondre aux besoins de la population concernée. Les chiffres actuels présentent un large angle mort qu’il s’agit de combler pour pouvoir déployer une action efficace. Afin d’obtenir cette stratégie et ce monitoring cantonaux, la députée verte Nathalie Jaccard intervient aujourd’hui au Grand conseil par voie de motion.

Le crise du COVID-19 aura permis de tirer de nombreux enseignements. En matière de pauvreté et de précarité aussi. En effet, si avant le mois de mars, près de 10% de la population vaudoise était considérée comme étant pauvre, la situation devrait désormais s’aggraver tant les conséquences économiques qui se profilent vont fatalement faire gonfler les statistiques.

Si depuis plusieurs années le Conseil Fédéral avait mis en place une stratégie nationale de lutte contre la pauvreté, il renvoie aujourd’hui la balle aux cantons en diminuant drastiquement les fonds jusqu’alors alloués à cet effet. Si le canton de Vaud s’est engagé pour cette cause, en mettant notamment en place un programme de prévention du surendettement, des prestations complémentaires pour les familles ou encore un revenu déterminant unifié (RDU), il faudrait plus.

C’est un fait connu : près de 30% de la population éligible ne demande pas les prestations sociales auxquelles elle a pourtant droit. Que ce soit par méconnaissance de ses droits, honte, des démarches administratives trop compliquées, ou autres. Et 70% des personnes qui s’adressent au CSP ont pourtant un emploi. Post-COVID, les personnes qui font désormais appel à l’aide alimentaire auprès de Caritas sont également des personnes qui avaient jusqu’à peu une situation professionnelle, des indépendant-e-s, ou des personnes qui ont quelques biens et qui par conséquent n’ont pas droit aux aides sociales étatiques. Sans compter les travailleuses et travailleurs précaires qui se débrouillaient jusque-là mais qui ont désormais perdu leurs emplois.

Une stratégie cantonale de prévention et de lutte contre la pauvreté s’avère donc urgente pour améliorer et renforcer les mesures existantes, accroître les échanges et l’innovation entre actrices et acteurs politiques, professionnels et associatifs  et recenser, observer et développer les bonnes pratiques dans notre canton, mais aussi ailleurs en Suisse.

Il devient également urgent de se doter d’un outil qui mesurerait systématiquement l’ampleur et l’évolution de la pauvreté pour pouvoir en tirer les enseignements qui s’imposent. Les chiffres actuellement utilisés sont basés sur l’octroi de prestations sociales et laissent donc dans l’ombre quantité de citoyen-ne-s dans le besoin.

C’est pourquoi les Vert∙e∙s interviennent aujourd’hui au Grand conseil par la voix de la députée Nathalie Jaccard.

Communiqué 2020

Nos médias doivent survivre à la crise du COVID-19

Les médias sont l’un des secteurs les plus durement touchés par la crise du COVID-19. Ils sont pourtant un élément crucial du bon fonctionnement de notre démocratie. Après le dépôt de bilan du Régional, et pour éviter que d’autres médias ne disparaissent également bientôt en raison de la chute des revenus publicitaires et la difficile passe qui s’annonce avec l’été, le député Raphaël Mahaim a déposé une motion, signée par des représentants de plusieurs groupes politiques, demandant une aide urgente à la presse, calibrée sur les besoins spécifiques de ce secteur. Une information diversifiée et indépendante n’a jamais été autant nécessaire : elle doit survivre à la crise !

La crise du covid-19 a durement frappé le secteur des médias. Certains ont perdu plus de 50% de leurs revenus publicitaires. Cela semble d’autant plus paradoxal que les médias ont joué durant la crise un rôle d’information absolument central. Alors que nous n’avons jamais autant eu besoin d’une presse forte et diversifiée, elle se meurt.

Certes, divers projets d’aide à la presse sont en discussion au niveau fédéral ou cantonal. Mais il ne s’agit que d’aides indirectes et ils ne sont pas suffisants dans le contexte très difficile, n’étant pas destinés à régler les problèmes de trésorerie des médias heurtés de plein fouet par la crise. Ainsi, s’il existe un bon projet vaudois d’exposé des motifs et projet de décret instituant des mesures en faveur de la diversité des médias datant de décembre 2019, les mesures prévues à l’art. 3 doivent se déployer sur 5 ans, ce qui est bien trop lent. Entre-temps, la crise a frappé et demande donc une réponse adaptée. Les mécanismes de la RHT et du chômage partiel sont, quant à eux, inadaptés ou insuffisants car il était bien souvent impossible de se passer de la force de travail des employé-e-s en cette période de forte production médiatique et les soutiens obtenus par le RHT ne comblent que de façon incomplète les baisses des revenus publicitaires. Enfin, l’aide de transition fédérale mettra bien trop de temps à déployer ses effets. Et il sera trop tard pour de nombreux médias locaux et régionaux qui s’attendent, notamment, à une chute massive des rentrées publicitaires cet été, en raison de tous les évènements culturels, associatifs, musicaux, etc., annulés.

Pour préserver la diversité de la presse, fondement de la démocratie, une aide financière cantonale directe, à fonds perdus, s’avère indispensable. Cette aide devrait servir à combler de façon transitoire les pertes de revenus publicitaires qui ne sont pas absorbées par les autres dispositifs d’aides (baisse des frais postaux de distribution, RHT, etc.). Le canton de Fribourg est d’ores et déjà allé dans ce sens avec une aide de 5.4 millions en faveur des médias fribourgeois. Les médias vaudois doivent aussi être aidés.

La motion déposée a été renvoyée à une commission parlementaire ce jour, très certainement à la commission qui traite déjà actuellement le projet vaudois d’aide indirecte à la presse. Le financement de ce crédit pourrait être assuré par les montants alloués par le Conseil d’État pour financer les mesures adoptées dans le cadre de la lutte contre la pandémie du COVID-19.

Nathalie Jaccard
Interventions parlementaires

Lutter contre la pauvreté : une bataille avec une stratégie, s’il vous plaît

Motion

En matière de pauvreté et de précarité, là aussi, il y aura un « Avant et un après » la crise du coronavirus.

Avant, les chiffres (Caritas) faisaient état d’environ 10% de la population vaudoise qui était considérée comme pauvre. Les besoins étaient déjà là. Mais, à l’avenir, ils seront probablement plus importants tant les conséquences économiques qui se profilent vont provoquer de gros dégâts et feront tristement gonfler les statistiques.

Depuis plusieurs années le Conseil Fédéral a mis en place une stratégie nationale de lutte contre la pauvreté. Aujourd’hui, il renvoie les cantons à leurs responsabilités en diminuant drastiquement les fonds qui étaient alloués à cet effet. Notre Canton s’est également engagé pour cette cause, en mettant notamment en place un programme de prévention du surendettement, des prestations complémentaires pour les familles ou encore un revenu déterminant unifié (RDU). Ces mesures sont sans nulle doute une avancée mais ne suffisent pas, elles ne suffisent plus… Il faut relever qu’environ 30% de la population éligible ne demande pas les prestations sociales auxquelles elle a pourtant droit. En cause : la méconnaissance de leurs droits, la honte, des démarches administratives trop compliquées, et bien d’autres raisons.

Les masques de la pauvreté ont différentes formes et ont des provenances diverses. Ainsi, par exemple, le 70% des personnes qui s’adressent au CSP travaillent. Chez Caritas, les personnes qui font appel à l’aide alimentaires sont, maintenant, également des personnes qui avaient jusqu’à peu une situation professionnelle, des indépendants, ou des personnes qui ont quelques biens et qui par conséquent n’ont pas droit aux aides sociales étatiques. Sans compter les travailleurs précaires qui pouvaient cumuler plusieurs emplois qui se débrouillaient jusqu’à maintenant mais qui désormais ont perdu leur(s) emploi(s).

Il devient donc urgent de se doter d’une politique cantonale plus coordonnée en mettant en place une stratégie cantonale de prévention et de lutte contre la pauvreté pour :

  • Améliorer et renforcer les mesures existantes.
  • Permettre les échanges et l’union entre politiques, professionnels, associations et divers acteurs pour développer et tester des approches innovantes.
  • Fournir des outils pratiques et mieux comprendre les mécanismes de reproductions de la pauvreté et permettre ainsi une meilleure réponse aux conséquences directes sur les individus, notamment les enfants.
  • Recenser, observer et développer les bonnes pratiques dans notre canton, mais également ailleurs en Suisse.

Il est également impératif de se doter d’un outil qui mesurerait systématiquement et périodiquement l’ampleur et l’évolution de ce fléau dans notre Canton permettant ainsi de tirer les enseignements qui en découlent. Ce monitoring cantonal tiendrait compte de l’ensemble des personnes en situation de précarité. Actuellement, les chiffres du rapport social sont basés sur l’octroi des divers types de prestations sociales et par conséquent les personnes qui ne demandent pas d’aides et les citoyens et citoyennes qui n’ont pas droit à ces aides (notamment tous les effets de seuil) échappent à ces statistiques, faussant ainsi notre perception de la réalité.

Le programme de cette stratégie devrait permettre de développer et d’affiner notamment :

  • La garantie des besoins vitaux.
  • Des programmes de formation de rattrapage ou le libre accès à des formations continues qui permettrait de mieux tenir compte de l’égalité des chances.
  • Des programmes d’encouragement précoce pour les enfants.
  • Permettre une meilleure conciliation de la vie familiale et professionnelle.
  • Développer des actions pour aider les ménages à retrouver leur autonomie.
  • Faciliter l’accès aux aides.
  • Permettre des campagnes de sensibilisation plus ciblée.
  • Etc.

Ainsi, la présente motion demande au Conseil d’Etat d’élaborer et de mettre en œuvre une telle stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté ainsi que la mise en place d’un monitoring cantonal.  

Nathalie Jaccard

Nathalie Jaccard
Interventions parlementaires

Le virus du plastique à usage unique survivra-t-il au déconfinement ?

Question

Les méfaits du plastique sur l’environnement ne sont plus à prouver. Les efforts pour trouver des alternatives et/ou limiter l’usage des plastiques à usage unique ont été stoppé net avec la crise sanitaire que nous venons de vivre et les prescriptions d’hygiène et de protection qui ont été édictées à juste titre.

Depuis le début du déconfinement, on assiste à une recrudescence de déchets plastiques à usage unique et autres détritus polluants.

Dès lors, le Conseil d’État a-t-il prévu une campagne de communication et de prévention afin d’aider à la reprise des bonnes habitudes en matière de déchets plastiques et de jetés sauvages ?

D’avance, je remercie le Conseil d’État pour sa réponse.

Nathalie Jaccard

Interventions parlementaires

Mieux prévenir les épidémies en EMS

Interpellation

Si l’action des hôpitaux contre la pandémie s’est révélée exemplaire, des failles sont apparues dans les établissements médico-sociaux ainsi qu’en psychogériatrie. Selon une enquête de Tamedia parue le 18 mai 2020, Vaud a connu 60% des décès dus au nouveau coronavirus dans ce type d’établissements (état au 12.5.20). Les cantons de Zurich, Neuchâtel et surtout Glaris et Nidwald ont des proportions plus fortes encore. En Suisse, près de 28% des personnes de 80 ans et plus, sont mortes, testées positives à Covid-19. La Suède et d’autres pays ont également éprouvé une grande majorité de décès dans les homes pour personnes âgées.

Dans le canton, des EMS semblent avoir été frappés davantage que d’autres. Le dispositif cantonal s’est resserré dès la fin mars, et la Direction générale de la cohésion sociale a procédé à des contrôles sur place dès le 1er avril.

En vue des vagues suivantes et d’autres épidémies, il importe de clarifier les difficultés qu’ont connues plusieurs établissements au début du printemps. Nous posons dès lors les questions suivantes au Conseil d’Etat :

  1. En raison du matériel de protection encore insuffisant en mars, des EMS ont-ils manqué de masques, de surblouses et d’autres éléments protecteurs davantage que les hôpitaux ?
  2. Le personnel a-t-il disposé à temps du perfectionnement nécessaire quant aux comportements et pratiques à même de protéger les résidentes et résidents ?
  3. Avant leur interdiction, les visites des proches ont-elles propagé le virus dans une certaine mesure ?
  4. A l’inverse, l’absence de visites et l’isolement de personnes en grand âge ont-ils entraîné des détresses psychologiques nécessitant des accompagnements particuliers ? Devant d’autres vagues ou épidémies, ne faudra-t-il pas réguler plus finement les visites des conjoints et des plus proches, les physiothérapies voire les animations musicales ou thérapeutiques ?
  5. La pression sur les coûts des EMS a-t-elle freiné l’acquisition du matériel, la formation du personnel ou d’autres dispositions protectrices ?
  6. Comment améliorer le dispositif de prévention des épidémies dans les EMS et établissements apparentés, à partir des leçons apprises ce printemps ?

Pierre Zwahlen

Interventions parlementaires

Plus indispensable que jamais, la diversité de la presse doit survivre à la crise

Motion

Parmi les secteurs les plus violemment touchés par la crise du covid-19, il y a le secteur des médias. Déjà très affaiblis dans un contexte général difficile, en particulier en raison de la concurrence avec l’information « gratuite » en ligne, les médias ont été touchés de plein fouet par la perte de revenus publicitaires, qui représentent une partie importante de leur chiffre d’affaires. Pour certains médias, les revenus publicitaires ont chuté de 50%, même parfois bien davantage encore. Ce phénomène est d’autant plus paradoxal que les médias ont joué durant la crise un rôle d’information absolument central. Pour le dire crûment : on n’a jamais autant eu besoin d’une presse forte et diversifiée, et pourtant elle se meurt.

Le dépôt de bilan de l’hebdomadaire « Le Régional » annoncé au début du mois de mai a retenti comme un premier coup de tonnerre dans un ciel déjà très sombre. Cette perte n’est pas la première – que l’on pense à la disparition de l’Hebdo et du Matin (version papier) – mais elle n’est pas non plus la dernière. Il s’agit bien plutôt du début d’une série noire en cette période de crise.

Les différentes projets d’aide (indirecte) à la presse, en discussion au niveau fédéral ou cantonal, sont évidemment bienvenus et nécessaires. Mais ils ne sont pas destinés à régler les problèmes de trésorerie des médias heurtés de plein fouet par la crise. En témoigne le très bon projet vaudois d’exposé des motifs et projet de décret instituant des mesures en faveur de la diversité des médias de décembre 2019 et qui sera bientôt soumis au Grand Conseil. Les mesure prévues à l’art. 3 de ce projet de décret doivent se déployer sur 5 ans et ont été conçues avant la crise, dans la perspective d’un soutien pérenne au paysage médiatique.

Les médias ont recouru, dans des proportions et selon des modalités variables, au dispositif de réduction de l’horaire de travail (RHT ou chômage partiel). Dans la plupart des cas,ce mécanisme est toutefois impropre à régler les problèmes spécifiques du secteur des médias, cela pour une double raison : d’une part, il était bien souvent impossible de se passer de la force de travail des employés, en cette période de forte production médiatique ; d’autre part, les soutiens obtenus par le RHT ne comblent que de façon incomplète les baisses des revenus publicitaires.

C’est la raison pour laquelle, contre l’avis du Conseil fédéral, les deux Chambres fédérales ont voté le principe d’une aide de transition au secteur des médias, lors de la session spéciale dédiée au coronavirus, pour un montant total de 65 millions de francs. Cette aide de transition comprend les mesures suivantes : des moyens financiers supplémentaires pour l’agence Keystone-SDA-ATS afin de pouvoir proposer gratuitement son service de base à ses abonnés ; distribution gratuite ou à un tarif avantageux des journaux ; aide de 30 millions de francs supplémentaires pour les radios et televisions locales.

L’aide de transition fédérale, même si le Conseil fédéral prend les dispositions correspondantes rapidement, pourrait mettre un certain temps à déployer ses effets. A l’instar du Régional, il sera trop tard pour certains médias. En outre, uniquement indirecte, cette aide ne permettra pas de compenser intégralement les pertes de revenus publicitaires. A ce propos, le soutien de 1.2 million annoncé par le Conseil d’Etat vaudois, par le biais d’une campagne d’annonces exceptionnelle, est une excellente mesure, mais qui ne va certainement. Les médis régionaux et locaux, en particulier, s’attendent à une chute massive des rentrées publicitaires cet été, en raison de tous les événements culturels, associatifs, musicaux, etc., annulés. On peut donc prédire que dans de nombreux cas leur situation financière sera particulièrement critique à l’automne.

Il faut ainsi s’attendre à des nouvelles faillites, restructurations ou concentrations de médias, particulièrement dommageables pour la diversité de la presse, fondement de la démocratie. Dans un tel contexte, une aide financière cantonale directe, à fonds perdus, est indispensable. Cette aide devrait servir à combler de façon transitoire les pertes de revenus publicitaires qui ne sont pas absorbées par les autres dispositifs d’aides (baisse des frais postaux de distribution, RHT, etc.). L’octroi d’une aide financière pourrait évidemment être sujette à certaines conditions, ne devrait pas excéder les pertes de rentrées publicitaire, etc.

Dans le canton de Fribourg, dix députés, issus de toutes les formations politiques, ont demandé en avril un fonds d’aide aux médias de 10 millions pour les médias ayant leur sigèe dans le canton. Le Conseil d’Etat vient d’annoncer, en date du 8 mai 2020, la mise à disposition d’un montant de 5.4 millions en faveur des médias fribourgeois.

Les députés soussignés demandent ainsi au Conseil d’Etat de lui soumettre de toute urgence un décret prévoyant un soutien financier au secteur des médias vaudois. Le financement de ce crédit sera assuré par les montants alloués par le Conseil d’État pour financer les mesures adoptées dans le cadre de la lutte contre la pandémie du COVID-19. Selon le cadre juridique applicable, le Conseil d’Etat posera les conditions et modalités d’octroi de cette aide dans un arrêté ou soumettra la base légale nécessaire au Grand Conseil, simultanément au décret.

Raphaël Mahaim

Interventions parlementaires

S’il y avait un lien entre biodiversité et épidémie ?

Interpellation

Le 21 avril dernier, le professeur Calandra, chef du service des maladies infectieuses au CHUV, a fait une présentation à propos du COVID-19, au Bureau élargi de notre Grand Conseil . À la diapositive n° 6, il est présenté un graphique illustrant un lien entre réchauffement climatique, baisse de la biodiversité et augmentation des maladies infectieuses.

Le lien entre le réchauffement climatique et la baisse de la biodiversité est évident, bien connu et peu surprenant. En effet, la biodiversité marine dépend de l’acidification des océans, qui est liée à la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. La biodiversité terrestre, elle, dépend de la variabilité du climat, par exemple de phénomènes climatiques extrêmes (sécheresses ou inondations), qui influe directement sur les écosystèmes. Le phénomène est d’ailleurs tellement massif que l’on parle d’effondrement de la biodiversité.

En revanche, le lien entre la baisse de la biodiversité et l’augmentation des maladies infectieuses est moins intuitif et plus étonnant.

Dans de nombreuses publications scientifiques, mais également selon l’OMS et d’autres instances internationales, cette corrélation est expliquée par le fait que plus la biodiversité est forte, plus il y a de microbes circulant à faible bruit, c’est-à-dire que ces derniers se transmettent mal. Mais lorsque la biodiversité chute, souvent à cause de la réduction de l’habitat sauvage, nous favorisons les contacts et la transmission. Des dizaines d’exemples (Ebola, SRAS, Peste noire, maladie de Lyme, la grippe porcine, etc…) semblent avoir pour cause une perturbation de l’équilibre de la biodiversité et d’une diminution ou d’une modification de l’aire d’habitats de certains animaux sauvages, souvent à la suite d’interventions humaines.

L’élevage intensif est un facteur aggravant : la proximité entre animaux sauvages et d’élevage favorise  la transmission de pathogènes d’origine animale aux humains. De plus, l’élevage industriel est – directement ou indirectement (production de soja pour le fourrage) une cause majeure de la destruction des forêts tropicales ainsi que des milieux naturels chez nous (notamment à travers les émissions azotées et d’ammoniac ainsi que de méthane). 

Bien sûr, dans un futur très immédiat, la priorité absolue est de venir rapidement en aide aux personnes les plus défavorisés. Mais cela ne devrait pas empêcher de se poser des questions sur le mode de vie que nous souhaitons à l’avenir. Durant cette période de semi confinement, nous avons, je l’espère, réfléchi à notre futur. De nombreuses lettres de lecteurs et d’autres actions citoyennes témoignent du fait que les gens y ont effectivement réfléchi et ne souhaitent pas continuer comme avant. Il faut donc donner suite à ces souhaits tant de fois exprimés et les traduire en actions au niveau politique.

Rappelons de plus, que 60% des animaux sauvages ont disparu ces 40 dernières années. Vous conviendrez que ces chiffres incitent à l’action et qu’il serait certainement moins cher ni compliqué de prévenir que de guérir.

Nous avons donc l’honneur de déposer une interpellation invitant le Conseil d’État à répondre aux questions suivantes :

  1. Ce lien entre biodiversité et propagation des maladies infectieuses est-il connu et identifié par le Conseil d’Etat ?
  2. Si oui, quelles sont les mesures environnementales que le canton de Vaud doit prendre pour prévenir de nouvelles épidémies (sur son territoire, ou dans le cadre de collaborations internationales, par exemple pour l’aide au développement) ?
  3. Dans quelles proportions les budgets dédiés au plan et à l’application du plan d’action biodiversité doivent-ils être augmentés pour lutter contre ce problème ?
  4. L’office fédéral de l’environnement estime que : « Les coûts résultant du déclin de la biodiversité et des services écosystémiques de par le monde sont estimés à des milliards de francs par an. Dans l’Union européenne, les coûts annuels de l’inaction sont estimés à environ 7% du produit intérieur brut (L. Braat et P. ten Brink, the cost of Policy Inaction). Pour la Suisse également, le coût de l’inaction se révèle plus important que celui de la protection efficace de la biodiversité aujourd’hui. ». Est-ce que ces coûts incluaient des épisodes d’épidémie comme nous le vivons actuellement ?
  5. Dans quelle mesure les secteurs en lien direct avec la biodiversité (tels que l’agriculture, la gestion des forêts et des biotopes, etc.) doivent être repensés et soutenus afin d’inverser la tendance ?

Maurice Mischler

Communiqué 2020

Faire de la crise une opportunité de transformation

La crise du coronavirus a violemment mis en lumière les limites de notre système économique et social. Il s’agit désormais d’en tirer les leçons pour anticiper la prochaine crise, d’ores et déjà en marche : celle climatique. Pour transformer ces derniers mois en une opportunité de transformation qualitative et durable de notre société, les Vert.e.s interviendront dès le mois de mai dans les conseils communaux et au Grand conseil pour poser les jalons de ce revirement économique et social nécessaire. Ils annoncent, en outre, le lancement d’une initiative populaire « de renouveau » pour la fin de l’année allant dans le même sens. Au lieu de cimenter les structures actuelles, un nouveau départ est possible.

La crise du COVID-19 de ce printemps a engendré une catastrophe sociale et économique sans précédent qui a mis crûment en lumière certains dysfonctionnements de notre société. Elle a mis nombre de personnes, notamment les indépendant-e-s, dans une situation très délicate. Les Vert.e.s vaudois.es souhaitent que tout soit mis en œuvre pour soutenir celles et ceux qui sont durement frappé-e-s par cette crise, et veilleront à ce que les aides prévues par les pouvoirs publics soient suffisantes et réparties de manière équitable.

Au-delà de l’indispensable réponse à l’urgence, il s’agit pour les Vert.e.s de voir dans cette crise une opportunité à saisir pour remédier à ces dysfonctionnements et construire une société plus durable et résiliente. Notre modèle actuel s’est en effet révélé vulnérable et notre économie, en particulier, est peu résistante aux chocs car construite sur une volonté de profit à court terme plutôt que de qualité de vie à long terme. C’est d’autant plus préoccupant que la prochaine crise qui nous attend (et qui a déjà commencé) liée aux dérèglements climatiques, aura des effets bien plus néfastes et étendus sur le long terme.

Il faut donc apprendre de nos erreurs et profiter de l’arrêt forcé que nous avons vécu pour repartir sur de nouvelles et meilleures bases. Et ce dès maintenant ! Il est donc urgent de changer notre rapport au monde et à l’économie, et de réformer cette dernière pour sortir d’indicateurs tels que la production, la consommation et le PIB, et nous orienter vers des valeurs sociales et environnementales.

Pour ce faire, les Vert.e.s interviendront dès le mois de mai dans les conseils communaux de nombreuses communes ainsi qu’au Parlement cantonal pour réformer notre modèle économique et certaines de nos habitudes de vie, dans l’intérêt de notre qualité de vie et pour préserver de celle des générations futures.

Il s’agira, notamment :

  • de développer et d’ancrer le télétravail dans le monde professionnel. Ayant fait ses preuves pendant la crise, il représente une excellente opportunité de repenser notre rapport à la mobilité, mais aussi à notre travail et plus généralement à notre gestion du temps. Il doit donc être développé, moyennant la mise en place d’un cadre évitant de potentielles dérives.
  • promouvoir les circuits d’approvisionnements courts, mettant en contact directement consommatrices et consommateurs et productrices et producteurs.
  • réorienter la promotion économique vers plus de durabilité, le long terme, qui tienne compte des limites planétaires en termes de ressources.
  • instaurer un revenu de transition écologique.
  • prioriser la transition énergétique et la protection de l’environnement dans la politique d’investissements étatiques.
  • remplacer le PIB par des indicateurs plus qualitatifs pour quantifier le bien-être d’une société.

Pour accompagner cet effort de transformation de notre économie, les Vert.e.s envisagent de lancer en outre une initiative populaire cantonale d’ici la fin de l’année.