Interventions parlementaires

Mieux prévenir les épidémies en EMS

Interpellation

Si l’action des hôpitaux contre la pandémie s’est révélée exemplaire, des failles sont apparues dans les établissements médico-sociaux ainsi qu’en psychogériatrie. Selon une enquête de Tamedia parue le 18 mai 2020, Vaud a connu 60% des décès dus au nouveau coronavirus dans ce type d’établissements (état au 12.5.20). Les cantons de Zurich, Neuchâtel et surtout Glaris et Nidwald ont des proportions plus fortes encore. En Suisse, près de 28% des personnes de 80 ans et plus, sont mortes, testées positives à Covid-19. La Suède et d’autres pays ont également éprouvé une grande majorité de décès dans les homes pour personnes âgées.

Dans le canton, des EMS semblent avoir été frappés davantage que d’autres. Le dispositif cantonal s’est resserré dès la fin mars, et la Direction générale de la cohésion sociale a procédé à des contrôles sur place dès le 1er avril.

En vue des vagues suivantes et d’autres épidémies, il importe de clarifier les difficultés qu’ont connues plusieurs établissements au début du printemps. Nous posons dès lors les questions suivantes au Conseil d’Etat :

  1. En raison du matériel de protection encore insuffisant en mars, des EMS ont-ils manqué de masques, de surblouses et d’autres éléments protecteurs davantage que les hôpitaux ?
  2. Le personnel a-t-il disposé à temps du perfectionnement nécessaire quant aux comportements et pratiques à même de protéger les résidentes et résidents ?
  3. Avant leur interdiction, les visites des proches ont-elles propagé le virus dans une certaine mesure ?
  4. A l’inverse, l’absence de visites et l’isolement de personnes en grand âge ont-ils entraîné des détresses psychologiques nécessitant des accompagnements particuliers ? Devant d’autres vagues ou épidémies, ne faudra-t-il pas réguler plus finement les visites des conjoints et des plus proches, les physiothérapies voire les animations musicales ou thérapeutiques ?
  5. La pression sur les coûts des EMS a-t-elle freiné l’acquisition du matériel, la formation du personnel ou d’autres dispositions protectrices ?
  6. Comment améliorer le dispositif de prévention des épidémies dans les EMS et établissements apparentés, à partir des leçons apprises ce printemps ?

Pierre Zwahlen

Interventions parlementaires

S’il y avait un lien entre biodiversité et épidémie ?

Interpellation

Le 21 avril dernier, le professeur Calandra, chef du service des maladies infectieuses au CHUV, a fait une présentation à propos du COVID-19, au Bureau élargi de notre Grand Conseil . À la diapositive n° 6, il est présenté un graphique illustrant un lien entre réchauffement climatique, baisse de la biodiversité et augmentation des maladies infectieuses.

Le lien entre le réchauffement climatique et la baisse de la biodiversité est évident, bien connu et peu surprenant. En effet, la biodiversité marine dépend de l’acidification des océans, qui est liée à la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. La biodiversité terrestre, elle, dépend de la variabilité du climat, par exemple de phénomènes climatiques extrêmes (sécheresses ou inondations), qui influe directement sur les écosystèmes. Le phénomène est d’ailleurs tellement massif que l’on parle d’effondrement de la biodiversité.

En revanche, le lien entre la baisse de la biodiversité et l’augmentation des maladies infectieuses est moins intuitif et plus étonnant.

Dans de nombreuses publications scientifiques, mais également selon l’OMS et d’autres instances internationales, cette corrélation est expliquée par le fait que plus la biodiversité est forte, plus il y a de microbes circulant à faible bruit, c’est-à-dire que ces derniers se transmettent mal. Mais lorsque la biodiversité chute, souvent à cause de la réduction de l’habitat sauvage, nous favorisons les contacts et la transmission. Des dizaines d’exemples (Ebola, SRAS, Peste noire, maladie de Lyme, la grippe porcine, etc…) semblent avoir pour cause une perturbation de l’équilibre de la biodiversité et d’une diminution ou d’une modification de l’aire d’habitats de certains animaux sauvages, souvent à la suite d’interventions humaines.

L’élevage intensif est un facteur aggravant : la proximité entre animaux sauvages et d’élevage favorise  la transmission de pathogènes d’origine animale aux humains. De plus, l’élevage industriel est – directement ou indirectement (production de soja pour le fourrage) une cause majeure de la destruction des forêts tropicales ainsi que des milieux naturels chez nous (notamment à travers les émissions azotées et d’ammoniac ainsi que de méthane). 

Bien sûr, dans un futur très immédiat, la priorité absolue est de venir rapidement en aide aux personnes les plus défavorisés. Mais cela ne devrait pas empêcher de se poser des questions sur le mode de vie que nous souhaitons à l’avenir. Durant cette période de semi confinement, nous avons, je l’espère, réfléchi à notre futur. De nombreuses lettres de lecteurs et d’autres actions citoyennes témoignent du fait que les gens y ont effectivement réfléchi et ne souhaitent pas continuer comme avant. Il faut donc donner suite à ces souhaits tant de fois exprimés et les traduire en actions au niveau politique.

Rappelons de plus, que 60% des animaux sauvages ont disparu ces 40 dernières années. Vous conviendrez que ces chiffres incitent à l’action et qu’il serait certainement moins cher ni compliqué de prévenir que de guérir.

Nous avons donc l’honneur de déposer une interpellation invitant le Conseil d’État à répondre aux questions suivantes :

  1. Ce lien entre biodiversité et propagation des maladies infectieuses est-il connu et identifié par le Conseil d’Etat ?
  2. Si oui, quelles sont les mesures environnementales que le canton de Vaud doit prendre pour prévenir de nouvelles épidémies (sur son territoire, ou dans le cadre de collaborations internationales, par exemple pour l’aide au développement) ?
  3. Dans quelles proportions les budgets dédiés au plan et à l’application du plan d’action biodiversité doivent-ils être augmentés pour lutter contre ce problème ?
  4. L’office fédéral de l’environnement estime que : « Les coûts résultant du déclin de la biodiversité et des services écosystémiques de par le monde sont estimés à des milliards de francs par an. Dans l’Union européenne, les coûts annuels de l’inaction sont estimés à environ 7% du produit intérieur brut (L. Braat et P. ten Brink, the cost of Policy Inaction). Pour la Suisse également, le coût de l’inaction se révèle plus important que celui de la protection efficace de la biodiversité aujourd’hui. ». Est-ce que ces coûts incluaient des épisodes d’épidémie comme nous le vivons actuellement ?
  5. Dans quelle mesure les secteurs en lien direct avec la biodiversité (tels que l’agriculture, la gestion des forêts et des biotopes, etc.) doivent être repensés et soutenus afin d’inverser la tendance ?

Maurice Mischler

Communiqué 2020

Faire de la crise une opportunité de transformation

La crise du coronavirus a violemment mis en lumière les limites de notre système économique et social. Il s’agit désormais d’en tirer les leçons pour anticiper la prochaine crise, d’ores et déjà en marche : celle climatique. Pour transformer ces derniers mois en une opportunité de transformation qualitative et durable de notre société, les Vert.e.s interviendront dès le mois de mai dans les conseils communaux et au Grand conseil pour poser les jalons de ce revirement économique et social nécessaire. Ils annoncent, en outre, le lancement d’une initiative populaire « de renouveau » pour la fin de l’année allant dans le même sens. Au lieu de cimenter les structures actuelles, un nouveau départ est possible.

La crise du COVID-19 de ce printemps a engendré une catastrophe sociale et économique sans précédent qui a mis crûment en lumière certains dysfonctionnements de notre société. Elle a mis nombre de personnes, notamment les indépendant-e-s, dans une situation très délicate. Les Vert.e.s vaudois.es souhaitent que tout soit mis en œuvre pour soutenir celles et ceux qui sont durement frappé-e-s par cette crise, et veilleront à ce que les aides prévues par les pouvoirs publics soient suffisantes et réparties de manière équitable.

Au-delà de l’indispensable réponse à l’urgence, il s’agit pour les Vert.e.s de voir dans cette crise une opportunité à saisir pour remédier à ces dysfonctionnements et construire une société plus durable et résiliente. Notre modèle actuel s’est en effet révélé vulnérable et notre économie, en particulier, est peu résistante aux chocs car construite sur une volonté de profit à court terme plutôt que de qualité de vie à long terme. C’est d’autant plus préoccupant que la prochaine crise qui nous attend (et qui a déjà commencé) liée aux dérèglements climatiques, aura des effets bien plus néfastes et étendus sur le long terme.

Il faut donc apprendre de nos erreurs et profiter de l’arrêt forcé que nous avons vécu pour repartir sur de nouvelles et meilleures bases. Et ce dès maintenant ! Il est donc urgent de changer notre rapport au monde et à l’économie, et de réformer cette dernière pour sortir d’indicateurs tels que la production, la consommation et le PIB, et nous orienter vers des valeurs sociales et environnementales.

Pour ce faire, les Vert.e.s interviendront dès le mois de mai dans les conseils communaux de nombreuses communes ainsi qu’au Parlement cantonal pour réformer notre modèle économique et certaines de nos habitudes de vie, dans l’intérêt de notre qualité de vie et pour préserver de celle des générations futures.

Il s’agira, notamment :

  • de développer et d’ancrer le télétravail dans le monde professionnel. Ayant fait ses preuves pendant la crise, il représente une excellente opportunité de repenser notre rapport à la mobilité, mais aussi à notre travail et plus généralement à notre gestion du temps. Il doit donc être développé, moyennant la mise en place d’un cadre évitant de potentielles dérives.
  • promouvoir les circuits d’approvisionnements courts, mettant en contact directement consommatrices et consommateurs et productrices et producteurs.
  • réorienter la promotion économique vers plus de durabilité, le long terme, qui tienne compte des limites planétaires en termes de ressources.
  • instaurer un revenu de transition écologique.
  • prioriser la transition énergétique et la protection de l’environnement dans la politique d’investissements étatiques.
  • remplacer le PIB par des indicateurs plus qualitatifs pour quantifier le bien-être d’une société.

Pour accompagner cet effort de transformation de notre économie, les Vert.e.s envisagent de lancer en outre une initiative populaire cantonale d’ici la fin de l’année.