Interventions parlementaires

20 ans de GHB et toujours pas de solution pour les victimes ?

Tristement banalisé voire oublié depuis son arrivée dans nos boîtes de nuit il y a plus de vingt ans, le GHB n’a pas disparu. Le dernier rappel en date a eu lieu à Lausanne, par l’intermédiaire des médias, des associations et de plusieurs femmes au témoignage bouleversant.

En plus de vingt ans, le GHB a toutefois fréquemment refait parler de lui, sans qu’une réelle prise de conscience ne se développe auprès du grand public et des victimes potentielles. En fait, l’utilisation du GHB semble même avoir évolué et quitté les boîtes de nuit où il était catalogué pour atteindre les bars, les manifestations, et même quitter son image de “drogue du violeur” pour devenir une drogue festive, car à bas coût et facile d’acquisition.

Si certains bars et établissements de nuit ont tout de suite prise les devants, ce n’est visiblement pas le cas pour tous les établissements du canton et l’ensemble des acteurs concernés. D’éventuelles lacunes de longue date sont à soupçonner, notamment dans les méthodes de prise en charge des victimes. Peu en effet portent finalement plainte, et sans doute beaucoup renoncent à se faire soigner.

Le phénomène est grave et mérite un examen attentif. L’utilisation du GHB et de ses dérivés est toujours aussi présent dans les milieux festifs, de par son coût peu élevé et sa facilité d’utilisation – alors que ces méfaits parfois peu connus peuvent amener à de graves problèmes de santé, voir la mort.

Les spécificités du GHB sont pourtant connues. Difficilement détectable, il favorise celui qui l’emploie dans une perspective d’abus, ce qui ajoute à la détresse de la victime une forme de honte et de doute d’être prise au sérieux, qui les enferme parfois dans un silence coupable. Paradoxalement rentré dans l’inconscient collectif, le GHB est souvent confondu avec d’autres drogues ou malaises, qui entraînent un climat de suspicion redoutable: la rumeur a rapidement enflé lors du marché de Noël de Lausanne en 2019, et, plus récemment, dans un établissement du Flon qui a déposé plainte pour diffamation.

La persistance du phénomène interroge, et doit nous pousser à nous demander ce qui, dans tous les domaines sécuritaires ou médicaux d’urgence, n’est pas assez efficace.

Face à cette situation, je me permets de poser les questions suivantes au Conseil d’Etat :

1) Le Conseil d’Etat peut-il nous renseigner sur le nombre de cas de personnes ayant été intoxiqué au GHB (volontairement ou pas) au niveau cantonal et son évolution ces dernières années ? Comment sont établis ces statistiques et peuvent-elles être améliorées ?

2) Quelles mesures le Conseil d’Etat va-t-il mettre en place pour tenter de faire diminuer ce nombre de cas ?

3) Une analyse poussée des méthodes de prises en charge des victimes, entre la police cantonale, les polices communales, les hôpitaux, les structures d’urgence, les partenaires sécuritaires privés et les établissements eux-mêmes, est-elle envisagée ou prévue ? Si elle est en cours, quels sont les premiers résultats ?

4) Est-ce que des campagnes de prévention, notamment dans le cadre scolaie, sur les intoxications dues au GHB sont prévues ?

5) Est-ce qu’une campagne concertée avec les milieux spécialisés sur les prises volontaires du GHB est-elle prévue ?

Alice Genoud