Actes Verts

Actes Verts n°51 – Le moment de la récolte

Bien souvent l’automne est perçu comme la saison durant laquelle la nature se prépare à l’hiver. Les feuilles tombent, les jours sont gris et humides. Les cerfs brament, les champignons font une dernière incursion sur les tapis de feuilles mortes et encouragent à la formation du si précieux humus et les soupes ronronnent à nouveau sur les feux crépitants. Aux Etats-Unis, l’automne est communément appelé « the Fall », la chute – celle des feuilles bien entendu… quoiqu’au vu des évènements des dernières semaines…

Mais l’automne, c’est aussi la période des récoltes, de l’abondance. Les vendanges, les patates, les courges et les pommes. Une période d’intense labeur et de célébration. La bonne nouvelle, c’est que pour le département dont j’ai la charge, c’est bien une période de récolte et non celle d’une chute qui marque cette entrée dans l’automne.

Après près de 18 mois compliqués : référendum L3PL, élections cantonales, requête pour la commission d’enquête parlementaire sur le SPEN, négociations avec les communes pour la mise en œuvre anticipée de la RIE 3, c’est également l’occasion de célébrer les projets et les dossiers qui sont mûrs et qui ont été cueillis par le Conseil d’Etat ou le Grand Conseil.

Premier plat de résistance, le crédit d’étude pour la construction d’un nouvel établissement pénitentiaire des Grands Marais. Comme son nom pourrait le faire penser, ce ne fut pas une traversée de tout repos, mais le voilà enfin lancé. Un établissement moderne, flexible, qui devrait permettre d’assurer une meilleure prise en charge des détenus et un apaisement sur le front de la chaîne pénale. En parallèle, le 10 décembre prochain, les Assises de cette même chaîne pénale devraient, je l’espère, permettre de faire un pas de plus envers une politique criminelle un peu moins prompte à remplir les prisons.

Plus discret dans le giron médiatique, néanmoins projet qui a été longuement préparé, c’est le futur centre ECAVENIR, dont les travaux gigantesques ont démarré à proximité de l’aérodrome de la Blécherette. Un nouveau bâtiment devisé à 128 millions de francs qui permettra d’avoir sous le même toit les centrales d’appel 114, 117 et 118 ainsi que le siège de l’Etat-Major de conduite cantonal (EMCC) et celui de la protection civile. A terme, ce ne sont pas moins de 300 collaborateurs qui devraient y travailler. Ce projet est un partenariat entre les deux départements concernés (DSAS et DIS) ainsi que l’assurance cantonal ECA qui a délié les cordons de la bourse.

Mais ces deux chantiers d’envergure n’ont rien à envier à d’autres projets d’importance. Tout d’abord, la révision complète de la loi sur l’exercice des droits politiques (LEDP) est maintenant finalisée à l’interne. Elle va partir en large consultation dès le début de l’année prochaine et promet d’intenses débats sur nos institutions démocratiques.

La réforme de la péréquation intercommunale, appelée la nouvelle péréquation intercommunale vaudoise (NPIV), elle aussi s’annonce corsée. Le Conseil d’Etat a validé à la rentrée de l’été les buts et les principes techniques qui doivent, selon lui, présider à cette refonte du système. Il appelle de ses vœux une péréquation simplifiée, équitable, stabilisée qui distingue mieux la péréquation des ressources (transfert des communes aisées vers des communes moins aisées) de la péréquation des besoins (transfert des communes avec peu de besoins vers celles en ayant plus). La question des communes centres aussi devrait être mieux pris en compte, ainsi que celle des factures partagées (facture sociale, réforme policière, accueil de jour, etc.). Ce sera bien entendu au moment où seront chiffrés les montants des efforts relatifs, au moment où chaque commune prendra sa calculette que les discussions deviendront rugueuses.

Alors au-delà de ces bourgeonnements de surface, à l’interne, le mycélium départemental est en intense activité. Un an après le début de législature, et avant un nouveau cycle d’élections à venir, c’est le moment de faire éclore un maximum de projets. Cela s’active de partout, et lorsque l’on se promène dans les couloirs du Secrétariat général du département dont j’ai la charge, on se croirait presque, par moment, en pleine forêt d’automne.

Béatrice Métraux