Interventions parlementaires

Doit-on se faire de la bile pour les médecines complémentaires au CHUV ?

Interpellation

En janvier 2018, suite au départ du Dr Pierre-Yves Rodondi, responsable du centre de médecine intégrative et complémentaires du CHUV (CEMIC), le Conseil d’Etat Pierre-Yves Maillard a répondu à deux questions orales, l’une concernant l’enseignement et l’autre le calendrier pour la suite de la gestion du CEMIC. Près de 7 mois après la communication de départ du docteur Rodondi, l’annonce pour le poste vient seulement d’être publiée. Or, elle soulève de nombreuses inquiétudes sur le profil de la personne recherchée.

Contrairement à ce qui avait été annoncé, la direction du CEMIC n’est pas spécifiquement attribuée à un médecin chef. Or le statut de médecin chef est indispensable sur le plan décisionnel et pour attirer un candidat de haut rang (un médecin adjoint ne peut que seconder les décisions d’un médecin chef).

Le poste est ouvert aux médecins spécialistes en médecine interne ou en anesthésie. Or, on peut se demander pourquoi l’anesthésie, discipline tout de même très spécialisée et centrée sur la douleur a été choisie et pas d’autres spécialités.

Le poste est ouvert uniquement aux spécialistes en acupuncture ou en hypnose. De plus, le cahier des charges mentionne l’activité d’hypnose à de nombreuses reprises. Or, contrairement à d’autres spécialités non mentionnées, l’hypnose ne fait pas formellement partie des médecines complémentaires sur le plan fédéral et la formation d’un-e candidat-e potentiel-le dans d’autres spécialités de médecine complémentaire n’est pas possible selon le cahier des charges. Enfin, l’hypnose est déjà fortement développée au CHUV. En ouvrant le poste plus largement, on s’assurerait un plus grand nombre de postulations et certainement de pouvoir répondre aux développements futurs du CEMIC.

À nos yeux, la possibilité pour le CEMIC d’attirer une personnalité de haut vol sont affaiblies avec cette annonce. Par ailleurs, la médecine complémentaire ne se réduit pas à la prise en charge de la douleur, pour laquelle il existe déjà un centre spécialisé au CHUV. Ceci met à mal la qualité des soins en médecine complémentaire que pourra dispenser le CHUV, ainsi que les potentiels futurs développements.

Nous pensions également être rassurés par les réponses données au sujet de l’enseignement aux étudiants en médecine qui ne devait pas s’interrompre, mais il semblerait que 36 des 42 périodes annuelles de cours seront supprimées pendant la prochaine année académique 2018-2019. On peut dès lors s’inquiéter du décalage entre ce qui est transmis aux députés et ce qui se passe dans la réalité.

Il semblerait de plus que la Faculté de Biologie et Médecine n’a pas soumis le descriptif du poste concernant la future chaire de médecine complémentaire à la commission des médecines complémentaires, commission officielle du CHUV et de la FBM. Cette commission, composée notamment de plusieurs professeurs du CHUV et de représentants du domaine des médecines complémentaires est la seule instance qui suit le dossier des médecines complémentaires au CHUV depuis 2010. Elle n’aurait d’ailleurs pas non plus été sollicitée pour discuter de la diminution drastique du nombre d’heures d’enseignement. On peut se demander dès lors si le rôle de supervision du CEMIC par la commission des médecines complémentaires pendant cette période intérimaire, tel que cela a été annoncé aux députés le 16 janvier 2018, est bien réel ou s’il s’agit d’un alibi. Cette évolution du CEMIC donne plutôt le sentiment d’une rupture que de la continuité par rapport à ce qui a été mis en place depuis 2009 par la commission des médecines complémentaires.

  • Compte tenu de ces différents constats inquiétants, j’ai l’honneur de poser au Conseil d’Etat les questions suivantes :
  • Comment le descriptif du poste pour la future chaire de médecine complémentaire tient-il compte des recommandations de la commission des médecines complémentaires faites en janvier 2018 ? Quel regard la commission des médecines complémentaires a-t-elle ensuite eu sur le descriptif final ?
  • Comment le Conseil d’Etat répond-t-il aux inquiétudes soulevées par le contenu final de l’annonce, énumérées aux points a. b. et c. ?
  • Est-ce bien juste que le cours à option sur les médecines complémentaires a été supprimé pour la prochaine année académique ? Si c’est le cas, comment le Conseil d’Etat justifie-t-il cette décision ?
  • Y a-t-il eu d’autres changements en ce qui concerne les activités du CEMIC depuis le départ du Dr Rodondi ?
  • En particulier, des prestations auprès des patients ont-elles été modifiées, réduites, voire supprimées ?
  • De quelle manière la commission des médecines complémentaires a-t-elle été sollicitée pour donner son avis sur les décisions récentes concernant le CEMIC?
  • Comment le rôle de ladite commission peut-il être renforcé dans un rôle décisionnel, notamment dans cette période de transition, pour toute modification des activités du CEMIC, avec un suivi par le Conseil d’Etat ?
  • Quel est le calendrier, y compris sur le plan financier, du développement des médecines complémentaires au CHUV, conformément à l’annonce de son inclusion dans le plan stratégique du CHUV ?

Léonore Porchet